‹ L'Année sociologiqueChapitre 61 sur 133 · X. — DIVERS Par MM. LAPIE et DUUKHEIM · texte numérisé non relu

X. — DIVERS Par MM. LAPIE et DUUKHEIM

LETOURNEAU. — L'Évolution de réducation dans s diverses races humaines, l^aris, Vigot frères, 1898, vol. iu-8°, xviii-584 pages.

ms ses nombreux ouvrages, tous conçus sur un môrae I, M. Letourneau étudie les origines plutôt que révolution sociétés, et il étudie plutôt encore Tétat actuel des sauîs que le*s origines de riiumanilé. C'est donc Torigine de icatiou, d'après Tétat de l'éducation chez les sauvages ierues, qu'il nous présente cette année, ms critiquer le principe même de cette méthode, nous )ns remarquer, dès le début de cette analyse, que l'emploi st souvent défectueux. M. Letourneau ne fait pas devant lecteur la critique de ses sources. Trop souvent il choisit iuteur sans dire les raisons de son choix et il le suit sans 'router ses renseignements avec ceux d'autrui : tel est le que joue l'abbé Grosier dans le chapitre sur la Chine, d'Or dans le chapitre sur les Arabes ; or, il arrive que matériaux aient vieilli. D'autres sources sont suspectes : il prudent de consulter Dézobry (Rome au siècle d'Aule) sur l'éducation romaine? En dépit des affirmations de Letourneau (p. 403), est-il sûr que la Cyropédie soit une îription simplement « embellie » de l'éducation persane ? comprendra qu'une méthode aussi dépourvue de critique ite la défiance du lecteur.

'auteur n'a pas la prétention de tirer de son étude des clusions ambitieuses. Les lois qu'il induit des nombreux 5 qu'il recueille sont modestes et indécises. Pour M. Letouru, l'éducation primitive est familiale et instinctivement ilitaire » : l'enfant imite ses parents et apprend par imi- [)n les métiers corporels qui lui donneront le moyen de venir à ses besoins : telle est la première période. Les iodes suivantes sont moins nettement caractérisées. D'une t, M. Letourneau dit que la première période dura « aussi

longtemps que les sociétés humaiaes ne dépassèrent point le stade de la tribu républicaine et même, sauf exceptions, celui de la petite monarchie ». Mais « durant le stade de la grande monarchie... on voit partout Téducation devenir à la fois autoritaire , théocratique et plus intellectuelle... Il s'agit alors de façonner des foules asservies, despotiquement gouvernées par un monarque déifié qui se solidarise avec un clergé organisé et une aristocratie héréditaire » (p. 561). A réducation physique et technique donnée dans la famille succéderait ainsi une éducation, à la fois morale et intellectuelle, donnée par TÉtat. Mais, d*autrepart, Tauteur distingue parfois la phase de l'éducation morale et la phase de l'éducation intellectuelle. La première est propre aux sociétés guerrières, la seconde n'apparaît qu'avec les sociétés religieuses : « Quand la religion est devenue une puissance, quand une certaine science s'est constituée , surtout quand la littérature et les arts ont pris ungrand développement, Téducation change d'allure, elle devient de plus en plus intellectuelle ». L'éducation serait donc tour à tour physique, morale et intellectuelle. Pour obéir à cette loi d'évolution, l'éducation de l'avenir n'aura qu'à devenir moins verbale, moins mnémonique, plus vraiment intellectuelle, sans oublier qu'elle doit être en même temps physique et morale. Telles sont, en bref, les conclusions du livre.

Peut-être n'est-il pas interdit , après avoir éliminé les renseignements suspects , de tirer des faits réunis par M. Letourueau des inductions plus précises.

Si nous voulons trouver une solution, nous devons d'abord changer les termes du problème : il nous paraît prématuré d'étudier l'évolution de l'éducation. Rien ne prouve que la préhistoire soit , comme le dit M. Letourneau, « partout uniforme » (p. 319) : évitons donc de généraliser les faits qui se produisent à la naissance d'une société particulière. Rien ne prouve non plus que la hiérarchie des races humaines soit celle qu'indique M. Letourneau et que tous les hommes aient connu d'abord l'état actuel des Australiens, puis celui des nègres, des Polynésiens, des Indiens d'Amérique, puis celui des anciens Mexicains et Péruviens, puis celui des Chinois modernes, des anciens Egyptiens, des Arabes, des Juifs, des Hindous, des Persans, pour arriver au stade des anciens Grecs et Romains et enfin à la civilisation moderne. Trouver la trace d'une évolution unique dans l'étude de ces sociétés hétéro-

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s, trouver même la loi générale de cette évolution paraît, loius provisoirement, impossible. Ce qui est moins impos- , c'est de trouver, dans cette foule de faits, des couples hénoraènessi étroitement unis que nous pourrions établir B eux des relations causales. Ce sont des lois de ce genre à Taide des documents fournis par M. Letourneau, nous ïs chercher.

jvons-nous demander où commence l'éducation ? Mais ication n'a pas de commencement. Dès que deux généms humaines, une mère et un enfant, sont en présence, ication commence. Partout où se trouve, si faible soit-il, idiment d'une famille, l'enfant imite soit son père soit sa B. Ce qui est plus intéressant, c'est de savoir quand et rquoi commence l'éducation extrafamiliale. Ce phénomène ortant a une origine historique et doit avoir des causes aies : quelles sont ces causes ?

a pourrait croire que l'éducation publique a pris naissance que, la famille n'étant plus l'unité sociale par excellence, ivision du travail fait son apparition. En effet, on comid que, tant que chaque famille doit se suffire à elle-même, [ant trouve dans sa famille les éducateurs nécessaires r apprendre à faire tout ce qui lui sera utile : chasseur, eur et maçon (si l'on peut employer ces termes trop lernes), l'homme primitif enseigne à son fils les trois iers qui lui assureront la nourriture, le vêlement et l'abri. 5 quand, par suite de la division du travail, le père se le à chasser, il ne peut plus enseigner à son fils la prépa- Dn des vêtements : l'enfant doit donc recourir à un éduur étranger à la famille. Cette déduction n'est pas véri- : la division du travail n'est pas la condition suffisante de ucation extrafamiliale. La difficulté est, en effet, tournée : que père enseigne son métier à son fils et des corporations éditaires se constituent. S'il existait une éducation publi- , les corporations ne se recruteraient pas constamment s les mêmes familles, mais l'impossibilité pour l'enfant pprendre un autre métier que celui de son père, puisqu'il pas d'autre éducateur que son père, est la vraie cause de redite des métiers. Ainsi la division du travail, le fait uel il semblait naturel d'avoir recours pour expliquer parition d'un enseignement extrafamilial , n'est pas la se cherchée, [ous trouvons au contraire une corrélation étroite entre

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l'existence d'une éducation collective et Texistence du militarisme. N'est-ce pas une nécessité pour les sociétés belliqueuses que Texercice en commun? On comprend donc que l'État intervienne, dans ces sociétés, pour donner aux enfants la force, Tendurance et le courage ; on comprend les institutions pédagogiques des Peaux-Rouges comme celles des Lacédémoniens. — Mais, si intelligible que soit le lien entre le militarisme et l'éducation publique , il n'est pas universel : des peuples aussi peu militaires que les Chinois ont une pédagogie très développée. Et, d'autre part, au moins dans les sociétés antiques ou primitives, on ne trouve jamais le militarisme associé à un système d'éducation intellectuelle. A Sparte en particulier, l'éducation intellectuelle était réduite au minimum (p. 423, 425j. Le militarisme n'explique donc pas l'apparition de toute espèce d'éducation publique, mais seulement celle de l'éducation physique : l'éducation intellectuelle et le militarisme sont à l'origine eu raison inverse. Il nous reste à chercher par conséquent la cause sociale de l'éducation publique intellectuelle.

Les sociétés qui, pour la première fois, connaissent ce genre d'éducation présentent l'un ou l'autre des deux caractères suivants: ou bien leur gouvernement s'occupe désintérêts populaires, ou bien leur religion s'occupe des âmes populaires : dans les deux cas, on tient compte du peuple. Au contraire, partout où le gouvernement ne semble fait que pour le gouvernant, partout où la religion ne semble faite que pour le prêtre, il n'y a pas d'éducation publique de l'intelligence. On trouve un tel système d'éducation dans la Grèce antique : c'est que le peuple y prend part aux affaires publiques. Il en est de môme dans des États moins démocratiques, chez les Polynésiens ou chez les Cafres, où le talent de parole, comme en Grèce, est une puissance politique. De même, les Chinois prennent soin de l'intelligence publique, et leur mandarinat est, en somme, une institution démocratique. Quand Charlemagne, dans l'école du palais, menace les nobles paresseux et promet des charges aux pauvres laborieux, il déclare par là môme que ses institutions scolaires ont en quelque manière un caractère démocratique. Notons encore une coïncidence curieuse, signalée, mais non expliquée, par M. Letourneau (p. 511) entre la création des écoles et la naissance des communes. Partout où le mérite individuel est apprécié par les gouvernants, partout où le caprice du monarque n'est pas

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la seule loi, l'éducation intellectuelle est instituée pour mettre en relief le mérite personnel. Réciproquement, si ce mérite est méprisé, si la volonté du chef décide seule des choix qu'il doit faire, il est inutile de chercher à promouvoir le mérite par une éducation générale. C'est ainsi que, au Dahomey, chaque fonctionnaire fait lui-même l'éducation de son futur successeur : il n*y a pas d'éducation publique.

Des remarques analogues s'appliquent à la religion. M.Letourneau croit trop volontiers que l'apparition de la religion est la condition suffisante de l'éducation publique intellectuelle. Tant que la religion demeure un ensemble de mystères, de recettes et de sortilèges, le sorcier peut bien faire l'éducation de son futur successeur, mais il n'est pas éducateur public; il fait des initiés, il ne fait pas d'élèves. C'est seulement quand la religion, au lieu d'être le monopole et le gagnepain du prêtre, intéresse toutes les consciences, qu'elle crée des écoles pour répandre ses dogmes et ses pratiques. C'est pour cette raison que la religion péruvienne, si prosélytique, est en même temps éducatrice. C'est pour cette raison que les écoles, inconnues des Arabes avant l'Islam, se multiplient après Mahomet. Et pi us sont nombreuses les classes de fidèles auxquelles s'adresse la religion, plus elle est éducatrice : les unes, comme le brahmanisme, se borneront à cultiver l'intelligence des classes les plus élevées ; les autres disCribueront des doses d'instruction proportionnées au rang social de leurs fidèles ; d'autres enfin donneront à tous la mêjne nourriture sacrée. Mais la loi générale est celle-ci : l'éducation intellectuelle est donnée en dehors de la famille quand le gouvernement ou la religion, au lieu d'être la chose des gouvernants ou des prêtres, devient plus ou moins la chose du peuple.

Nous pourrions nous poser maintenant d'autres problèmes : Comment naît l'éducation intellectuelle chez les peuples qui n'y arrivent pas par un développement spontané? Quel est, en ce cas, le rôle de l'imitation volontaire (cas des Juifs après la captivité de Babylone, cas des Romains imitant les Grecs), quel est celui de la contrainte? On pourrait chercher aussi comment s'est modifié l'enseignement' primitif : tantôt des sciences d'abord accessoires comme l'astronomie , simple auxiliaire de la religion du feu, deviennent les pièces maltresses d'une pédagogie ; tantôt c'est la littérature qui devient prédominante parce que les hymnes sacrées ont donné naissance à des genres littéraires. On verrait se retourner les rap-

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ports qui existaient à l'origiae entre certains faits sociaux : la religion qui a provoqué l'éducation scientifique fait parfois, obstacle dans la suite à cette même éducation; le militarisme d'abord eu raison inverse de la culture scientifique, exige aujourd'hui une culture scientifique. Mais toutes ces questions, suggérées par le livre de M. Letourneau, sont trop importantes pour être traitées au pied levé. Contentons-nous, comme Tauteur, de Tétude des origines.

S.-R. STEINMETZ. — Oli antichi scongiuri giuridici contro i debitori {Moyens primitifs de coercition contre les débiteurs). liivista ilaliana <ii Sociologia, 1898, n^ 1.

Il s'agit du dhàrna ou de Tusage indou, qu on retrouve également en Irlande, eu vertu duquel le créancier, pour contraindre le débiteur à s'acquitter, vient s'installer à la porte de ce dernier et menace de s'y laisser mourir de faim si on ne le rembourse pas. Pour que la menace ait pu être considérée comme sérieuse, il a fallu évidemment que, le cas échéant, le jeûneur soit allé résolument jusiju'au bout. Suivant St., cette coutume aurait son origine dans les croyances relatives aux morts. L'esprit du défunt est redouté, surtout si ou lui suppose quelque colère contre les survivants. Le dhàrna aurait donc |)our objet de menacer le débiteur récalcitrant d'une vengeance d'outre-lombe à laquelle on ne s'exposait pas volontiers ; ce serait un suicide par vengeance. En fait, on rencontre dans les sociétés inférieures nombre de suicides qui sont de véritables vendettas : l'auteur en cite de multiples exemples. Le mépris que le primitif a pour l'existence lui fait paraître très naturel ce procédé d'intimidation ou de répression qui déconcerte nos idées. — Quant aux autres variétés du dhàrna, — sorte de duel de jeûne entre les deux parties, intervention de la foule ou des tribunaux, soit pour s'opposer il ce que le débiteur laissât le suicide se consommer ou, après coup, pour venger la mort du créancier, — elles ne seraient que des formes dérivées et ultérieures.

Les preuves que cette pratique a des origines religieuses nous paraissent très démonstratives. Peut-être l'auteur fait-il jouer un rôle trop considérable aux sentiments personnels qui sont prêtés à l'esprit du mort. La preuve, c'est que, parfois, le créancier se substitue une autre victime, ou même en immole de force une qui le remplace. Il semble dans ce cas qu'il ait plus à redouter l'hostilité du mort que son débiteur, puisqu'il a causé cette mort. L'action de l'esprit n'est pas primitivement connue sous une forme aussi humaine et psychologique. Les ûmes des morts sont en partie des forces aveugles, comme des forces physiques, qui, une fois déchaînées.

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produisent leurs effets tout autour d'elles sans discernement. A noter également que le sacrifice doit avoir lieu ou sur le seuil de la maison, ou sur le champ contesté. Il s'agit surtout de contaminer un endroit en y suscitant une force redoutée. E. D.

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Étude sur la nature, la valeur des sources respectives du droit musulman : le Qoran, la tradition, les décisions de la communauté. Eu montre le caractère originellement religieux et la laïcisation progressive.

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Article considérable rappelant Thistorique du Code civil allemand et analysant ses principales dispositions.

Kristokfer NYROPP. — Kulturhistoriske Skitser. I Kysset og dits historié {Le baiser et son histoire). Copenhague, i898, p. 292, in-8^

Nous intéressent les chapitres sur le baiser de paix, le baiser respectueux, d'amitié, sur l'origine du baiser.

E. DcRKHEiM. — Année sociol., 1898. 26

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