AVANT-PROPOS
Les deux faits qui ont permis de soumettre la criminalité à Texamen scientifique sont, on le sait, d'un côté les variations régulières que, dépeuple à peuple et d'époque à époque, offre au statisticien le taux social des crimes et des faits similaires (suicide, faillite, divorce, prostitution), de Tautre les particularités que présente au psychologue et au biologiste l'individualité du criminel. De là sont sorties la statistique morale et Tanthropologie criminelle.
Mais le statisticien ne pouvait manquer de rapprocher des crises économiques et morales, ainsi que des révolutions politiques et religieuses, les variations que présente la criminalité des différents peuples ou celle d'un môme peuple observé à différentes phases de son existence. De son c6té, l'anthropologiste ne pouvait séparer l'individualité du criminel du milieu humain dans lequel il Tétudiait. Un examen de la population des prisons était un complément nécessaire de son investigation. Il était ainsi conduit à chercher en quels milieux sociaux cette classe d'hommes se recrute et à mettre à contribution les travaux des statisticiens. Le statisticien et l'anthropologiste étaient amenés à collaborer à une enquête sociologique dont la formation des différents types criminels était Tobjet.
Mais la sociologie criminelle, à peine ébauchée, était, en raison môme de sa faible individualité, condamnée à refléter Fétat de la sociologie générale et à accepter les hypothèses qui y prévalent temporairement. On sait quel rôle joue aujourd'hui en cette science la théorie du déterminisme économique ; la sociologie criminelle n'y a pas été soustraite. E. Ferri et la
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ANALYSES. — STATISTIOIE MORALE 403
brillante phalange qui rédige la Scuoia positiva^ Ta dès le premier jour assise sur celte hypothèse, assez profondément transformée par lui d'ailleurs.
Or de plus en plus prévalait parmi les sociologues Tidée que l'explication scientifique des faits sociaux doit être une explication gé^iétique ou tirée de la connaissance du passé social. Le déterminisme économique n'a pu échapper à Tobli gation de faire vérifier ses titres par la sociologie génétique. Il en résulte que, pour rendre compte des milieux criminels et de leurs différences, il est nécessaire de rattacher un état social à celui qui Ta immédiatement précédé et d'avoir présents à l'esprit les troubles de tout genre qui ont accompagné la dissolution de l'un et la naissance de l'autre. La sociologie criminelle ainsi entendue est une étude des crises qui accompagnent les transformations sociales. C'est un aspect de la sociologie comparée, ou, pour mieux dire, un moment nécessaire de cette science. Elle nous fait connaître le phénomène dont nous pouvons espérer modifier le plus complètement l'ampleur et l'intensité et, parla, est directement liée à la pratique sociale.
L'objet propre du sociologue et celui de l'anthropologiste ne doivent donc plus ici être confondus. Quant à la statistique morale, il faut évidemment cesser de la considérer comme une science indépendante et n'y voir qu'un procédé d'investigatipn au service de la sociologie.