PROPORTION
SUR l'effectif
M. Albanel constate que « les délits principaux commis par les mineurs de seize ans sont en général le vol, la mendicité et le vagabondage. Le vol est le délit le plus souvent pratiqué par les garçons, le vagabondage, ayant poursuite la prostitution, celui que pratiquent les filles » (p. 39).
Quant au rôle de Técole, la statistique du département de la Seine démontre : 1** que jusqu'à Tàge de douze ans l'influence de Técole réussit généralement à préserver Tenfant; 2° que parmi les enfants renfermés dans les colonies pénitentiaires beaucoup étaient illettrés lors de leur entrée; 3''que sur une population scolaire de 250.000 enfants astreints par la loi à suivre l'école (publique ou libre, neutre ou confessionnelle), 45.000 environ n*y viennent pas et sont considérés comme absents (p. 49-51). L'auteur a donc le courage d'écrire que « l'école est le grand moyen de préservation de Tenfant >» et que « la statistique constate que c'est à partir du moment où il échappe à son action tutélaire, c'est-à-dire à partir de treize ans que la criminalité des enfants se développe » (p. 49). — On avait presque réussi, on le sait, à ériger en dogme l'assertion contraire. La statistique était, il est vrai, abaissée ainsi au rôle de servante complaisante des passions politico-religieuses.
L'auteur peut conclure que « la répression à Tégard de l'en-
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fant doit être toute différente de celle pratiquée à Têtard de Tadulte », que « la justice ne doit ratteindre que du moment où tout autre moyen d'amendement est reconnu impuissant ». A notre avis la sociologie criminelle peut tirer d'une expérience aussi bien instituée une induction plus hardie. Si Ton réfléchit que la tentative a été faite à Paris, c'est-à-dire en l'un des points du monde où la dissolution de la société domestique a été poussée le plus loin, où l'enfant est le plus abandonné à lui-même et soumis aux suggestions les plus dangereuses, on se convaincra non seulement que la criminalité infantile est d'origine sociale et non atavique, mais que le plus énergique des facteurs sociaux de cette criminalité, c'est le régime répressif traditionnel. Le tribunal de la Seine conclut à la substitution de l'école et de l'assistance à la répression, c'est-à-dire qu'il adopte la doctrine des substitutifs de la peine. Sans doute, il n'étend point son induction des enfants aux adultes, mais si l'on se souvient que la multiplication des petits délits est la forme menaçante que revêt la criminalité contemporaine, que cette multiplication est l'œuvre des délinquants de profession et d'habitude, ou récidivistes, et que la criminalité infantile est la source avérée de la récidive, on voit que l'impuissance du régime répressif est solennellement proclamée par la statistique la plus exacte.
Hugo HEIM. — Die Jûngsten und die aeltesten Verbrecher {Conscrits et vétérans du crime), 1 vol. in-8'', 223 p. Berlin, Wiegand et Grieben, 1897.
Cet ouvrage est consacré à l'étude des rapports entre la récidive et la criminalité infantile ou juvénile dans le royaume de Prusse. L'auteur, qui fut longtemps aumônier dans une prison de la Prusse rhénane, a eu pour objet d'élucider à l'aide de ses observations personnelles les données de la statistique judiciaire de la Prusse. 11 est amené par là à des conclusions hardies sur la réforme du régime répressif et préventif.
Dans le royaume de Prusse, la criminalité infantile et la récidive croissent parallèlement depuis un demi-siècle: mais il y a eu accélération de l'un et de l'autre phénomène depuis vingt ans et notamment depuis une décade. Le nombre des condamnés ayant de 12 à 18 ans était de 30.719 en 1882, de o6.790 en 1886, de 46.078 en 1893. La contribution des enfants
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s'est élevée en sept ans de 50 p. 100 (en 1883, i0.o44 ; en 1888, 11.741 ; en 1890, lS.6o4). « Sur 1000 condamnés, on trouvait, en 1882, 93 enfants ou jeunes gens, 107 en 1890, 110 en 1892. De 1883 à 1889, le nombre de tous les condamnés s'accroissait de 12 p. 100, celui des jeunes condamnés de 20 p. 100, celui des enfants âgés de 12 à 15 ans de 26 p. 100. De 1882 à 1890, le progrès de la criminalité infantile est de 33 p. 100 ; de 1882 à 1890, il est de 50 p. 100 (p. 76). » D'un autre côté, le nombre des récidivistes croît relativement au nombre des autres condamnés, celui dés récidivistes comptant plus de onze condamnations, à celui des autres récidivistes. De 1884 à 1892, le chifïre total des condamnations à l'emprisonnement correctionnel (Zuchthaus) est tombé de 8.069 à 7.534, soit de 6, 6 p. 100. Là-dessus le nombre des détenus ayant préalablement subi une condamnation était de 27,2 p. 100; 25,4 p. 100 avaient subi deux condamnations ; 12, 5 p. 100 en avaient subi quatre ou cinq. Le nombre de ceux qui comptaient plus de dix condamnations avait plus que doublé (p. 185).
Or si, comme l'a fait M. Heim, on consacre une étude monographique à la population d'une prison en distinguant les jeunes criminels et les vétérans du crime, on constate que la seconde classe n'est que le prolongement de la première (p. 133). L'accroissement de la récidive n'est donc que le contre-coup delà criminalité infantile. Bref, la peine est sans efïet sur l'enfant et l'adolescent et cette simple constatation pose deux problèmes : la préservation de l'enfance et la réforme du régime pénal.
L'auteur ne juge point malaisé de découvrir les causes de la criminalité infantile. Bien qu'il se laisse dominer par les habitudes de la chaire et sacrifie la précision à l'éloquence, on le voit ramener à trois les facteurs de cette criminalité : 1*" la disparition du sentiment religieux ; 2^ la désagrégation de la famille qui se dissout dans des cercles sociaux plus étendus, 3** l'alcoolisme, conséquence de la surexcitation des appétits. Des mesures légales prises dans l'intérêt delà morale religieuse favorisent indirectement cette corruption; tel est le repos dominical légalement obligatoire. L'action de l'école est contrariée par remploi prématuré de l'enfant dans le commerce ou l'industrie, même pendant les années d'étude. D'ailleurs, de 13 à 18 ans, entre l'école et le régiment, Tenfant est livré à lui-même, à Tàge où les passions commencent à prendre toute leur force. La législation prussienne ne s'oc-
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cupe de lai qu'après une première condamnation et les associations éducatives sont en Prusse beaucoup trop rares.
L'auteur est avant tout soucieux d'étudier la genèse du récidiviste et de prouver que le remède ici ne doit pas être demandé exclusivement à la répression. Aussi la seconde partie de son ouvrage, présente-t-elle plus d'originalité. Les récidivistes forment, d'après lui, deux classes distinctes : les professionnels et les criminels d'habitude. La diflérence, qui échappait totalement au juriste, est toute psychologique. Le professionnel est un parasite satisfait du genre de vie qu'il a adopté. Il gagne sa subsistance autrement que Taumônier de la prison, mais chacun vit comme il peut I La loi lui semble punir son défaut d'expérience, non son injustice. Le criminel d'habitude est caractérisé par l'absence de volonté, aboulie qui est déterminée en grande partie par Tinfluence de la prison. Il cherche à rentrer dans la vie sociale ; il accueille le patronage qui s'offre, mais en vain. Un penchant violent l'enchaîne au vagabondage et la moindre occasion, l'ascendant de quelque criminel professionnel, ancien compagnon de geôle, le pousse à un nouveau méfait. Il rentre donc en prison, plus déprimé que jamais.
Beaucoup d'esprits en Allemagne souhaitent une aggravation du régime répressif. Un séjour plus long dans des prisons administrées plus sévèrement, tel est, à les en croire, le remède. L'auteur consacre les dernières pages de son livre à prouver l'inefficacité de ces mesures. Sans nommer l'école italienne, il se rallie à la solution d'E. Ferri : la relégatiou indéterminée dans une colonie agricole dont il nous décrit assez minutieusement l'organisation. Les détenus seraient répartis en trois classes, dont la dernière serait astreinte aux travaux les plus pénibles. Il faudrait avoir appartenu à la première classe pour être remis en liberté. La mauvaise conduite dans la colonie pourrait être punie par la réintégration dans une classe inférieure.
Bref ce livre, clairement et agréablement écrit, prendra place à côté de ceux de Ferriani et de Douglas Morrison. Il élucide sans prétention un grave problème de criminalité; il confirme à certains égards la valeur des inductions de l'école italienne. Le pasteur allemand conclut comme les positivistes de Fiésole. L'observation sociologique réconcilie et unit ceux que la thèse anthropologique diviserait irrémédiablement.
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SoLDBviLLA CARRERA. — La infancia y la crixninalidad.
Lerida, José, A. Pages, 240 p.