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ANALYSES. — ÉCONOMIE DES PEUPLES PRIMITIFS

salion, l'usage du feu. Il faut néanmoins rechercher les traits principaux de Thomme primitif d'après les observations positives faites sur les peuples sauvages que nous connaissons, en se gardant d'interpréter cette vie primitive avec nos idées ou habitudes de civilisés.

Les peuplades les moins élevées ne présentent pas ces communautés qu'on nous donnait pour primitives. Les hommes vivent par petits groupes assez instables. Le mode de satisfaction de leurs besoins a pour caractères essentiels d'être individuel, et d'être anti-économique. Les traits dominants de la psychologie de ces sauvages sont un égoïsme naturel et général, et une insouciance ou imprévoyance extrême. Chacun cherche la nourriture pour soi. A cet égoïsme se rattachent leur dureté pour les autres, et notamment pour les faibles, la pratique fréquente de détruire les enfants et d'abandonner les vieillards. Leur insouciance complète est bien des fois prouvée, et aussi leur incapacité de prévoir les besoins du lendemain, de faire des provisions, d'économiser. Leur indolence extrême les empêche même d'accomplir un effort qui serait largement compensé. — A ce niveau, il est clair qu'il n'existe pas pour eux de « biens » au sens économique ; les choses n'ont pas de valeur proprement dite ; ils se détachent des choses ^vec la même facilité qu'ils les désirent, et quelle qu'en soit d'ailleurs l'utilité ultérieure possible. De plus les progrès dus soit au hasard soit à l'industrie d'un individu ne subsistent pas et ne profitent pas à la société pour en permettre d'autres, par la raison que les biens (animaux, armes, objets de luxe, etc.) périssent avec leur propriétaire.

Comment de cet état individuel et de cette négation de l'économie s'est fait le passage aux communautés pastorales ou agraires dont est partie notre civilisation, et à la pratique du principe économique ? La question, qui est le nœud de l'évolution économique, est obscure. L'application de l'activité à un but commence par être jeu avant d'être travail : il est très remarquable par exemple que la première domestication d'animaux est faite pour l'agrément et non pour l'utilité. L'imitation, les expériences ont dû avoir un grand rôle. — Il est en tout cas fort important de constater, dans les sociétés déjà plus avancées, les traces de l'état primitif, c'est-à-dire de la satisfaction individuelle des besoins. Souvent chez les peuplades demi-avancées, les deux sexes ont une vie économique tôui à fait distincte et indépendante. Dans d'autres cas où il

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existe uae eeminiiQauté de logement, il subsisie pourtant uae préparatton iadividuellede la nourriture. Ainsi, même chez les sauvages avancés, est encore loin d'être réalisée cette uuité de réconomie familiale dont semble être parti notre développement occidental.

2*" La fiériation des peuples primitifs en peuples chasseurs, peuples pécheurs, peuples pasteurs, et peuples agrioulteurs, n'e«t rien moins qu'exacte. Sans doute, la recherche de la nourriture est le premier et principal mobile de l'activité humaine ; mais partout se rencontre, lorsqu'elle est possible, l'utilisation en même temps des diverses ressources aaimales ou végétales. La division du travail entre les deux sexes, qui semble assez primitive, fait souvent vivre l'homme d'ammaux attrapés à la chasse ou à la pêche, la lemme de rabanes et de fruits recueillis. 11 n'est guère de peuple où ne se reûcontre à quelque degré l'usage des produits du sol. M^oibe une agriculture rudimentaire est assez fréquente pour qu'il y ait lieu de caractériser par elle un stade d évolution : mais il faut pour cela bien distinguer le Uackbcut du ÀckerOau, ou le travail de ta terre au boyau, du travail agricole auquel nous pensons ordinairement et qui est en effet indice de civilisation (population sédentaire, iostruments importants, charruiesi roues, bétail de trait). Cette agriculture grossière dénote surinent un état moins avancé que certaine chasse avec des instruments déjà assez perfectionnés qui exigent une industrie habile et exercée. De plus la chasse comme la pêche portent à une civilisation supérieure par l'association du travail qu'elles demandent et provoquent souvent. Quant à la domesticatMU des animaux, elle semble être à Torigine une œuvre de luxe, et non une œuvre économique qui marque forcément i&n progrès.

Les besoins ne se bornent pas au besoin de nourriture. La parure, l'habitation, la fabrication des instruments appellent une transformation des matières premières dont le mode est à étudier. La technique en reste très grossière. L'organisation économique n'arrive que par exception à Torganisation d'industries distinctes: la famille, dans la tribu, tend à se constituer en unité économique, et la tribu à se suffire.

Ou constate cependant des relations d'échange entre les tribus, des marches établis et périodiques. Mais il n'y a point là de commerce au sens présent du mot chez nous. — L'origine de réchange, notion si difficile à acquérir pour des

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