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ANALYSES. — ÉCONOMIE DBS PEUPLES PRIMITIFS 4S

hommes primitifs, se rattache sans doute à Thabitade des présents, et aussi au vol, au tribut de guerre, à la peine pécuniaire, etc. L'hospitalité entraîne un échange de présents. La vente garde des traces de cette origine (par exemple refuser une offre de vente sans motif est une injure, à peu prés comme refuser un présent chez nous). L'échange, une fois pratiqué, porte sur les spécialités naturelles ou industrielles des diverses tribus. La monnaie est, pour chaque tribu, la marchandise d'échange qu'elle ne produit point, mais qu'elle reçoit régulièrement des étrangers. Un développement de spécialisation professionnelle se produit selon le même mode (les forgerons en Afrique par exemple formant une tribu à travers les tribus). — Les communications se développent aussi et même une remarquable transmision des nouvelles. — L'organisation publique reste toujours rudimentaire ; les ressources des chefs sont les dons, ou bien les contributions des étrangers, ou bien les corvées des sujets.

— Les documents et les faits précis utilisés par M. Bûcher sont nombreux. Mais on voit qu'ils sont employés non à une description strictement historique, mais à .une construction par grands traits de la vie économique primitive. La valeur de pareilles constructions dépend évidemment de Tabondance et de la qualité des matériaux, et aussi du fondement de l'analogie présumée entre les divers objets concrets d'observation. Ces résultats sont donc toujours relatifs et sujets à correction. Mais la méthode est sociologiquement bonne. Quant à l'intérêt de ces recherches pour notre science économique elle-même, il n'a pas besoin, sembie-t-il, d'être démontré.

H. SCHURTZ. — Grundriss einer Entstehungsgeschichte des Geldes {Abrégé d*une histoire des origines de la monnaie). Weimar, Felber, 1898 (Beitrâge zur Volks und VOlkerkunde, Bt*^»- Baud) 1 vol. in-8«, 185 p.

La conception de la mounaie qui nous est familière est en réalité fort complexe : notre monnaie est, par exemple, à la lois mesure des valeurs, moyen d'accumulation, instrument des amendes et impôts, moyen d'échange. Cette complexité est le résultat d'une longue évolution. Ces fonctions et d'autres encore peuvent se rencontrer séparées ou faire défaut dans les sociétés primitives.

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Il semble d'abord nécessaire de distinguer entre la monnaie intérieure valant dans les limites de la tribu ou de la peuplade, et la monnaie extérieure. La monnaie intérieure se constitue d'abord non pas avec les choses utiles, et notamment les objets de consommation et de nourriture, lesquels ne sont pas appropriés, mais avec les objets de caprice, de luxe, de parure, choses soumises à Tappropriation individuelle. La valeur s'attache à ces objets et par suite le désir de les posséder. Cette monnaie n'est point encore un moyen de circulation des biens ni un facteur du commerce; et pourtant c'est là l'origine de notre monnaie civilisée. L'usage de cette monnaie pour les amendes et les impôts est fort remarquable. On peut même trouver une monnaie représentative, une monnaie de signe, non pas sans doute sous la forme avancée de notre monnaie fiduciaire actuelle, mais sous des formes préparatoires. Le caractère religieux et le rôle mystique de certains objets de monnaie est également à remarquer. L'accumulation des biens entre les mains d'individus est déjà possible, et certaines entraves y sont mises plus ou moins consciemment.

L'appréciation des objets formant monnaie, étant en ce sens bornée à la tribu, les relations entre les tribus arrivent à établir une monnaie extérieure. Cette forme de monnaie réagit sur la monnaie intérieure (et, en fait, actuellement nous ne connaissons pas de monnaie intérieure non influencée). Le progrès des relations et le développement général des sociétés amènent une confusion des monnaies intérieure et extérieure.

M. Schurtz passe en revue les diverses espèces de monnaies rencontrées, réunissant et discutant les exemples en des chapitres pleins de faits : monnaie de coquillages, autres formes des monnaies de parure, monnaie de métal (qui se rattache plutôt à la parure) , monnaie de vêtements (peaux , etc. ». Cependant, les objets de consommation et même les objets de nourriture arrivant à être appropriés, on rencontre des monnaies de choses utiles, produits alimentaires et surtout objets de jouissance (vin, tabac), monnaie de fer (distincte à cet égard de la monnaie de métal auparavant étudiée) et d'autres formes encore.

Comment les systèmes de monnaie s'ordonnent-ils entre eux ? Comment s'établissent les rapports de valeur ? Ces questions assez compliquées sont ici brièvement examinées.

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