PARIS
Or au miel 1 , Dicx vous doinst santé !
Et puis après, pois chaus pilez’,
Et fèves chaudes pardelez 3 .
Aus et oingnons à longue alaine*.
Puis après, cresson de fontaine,
Gerfueil, porpié tout de venue 5 .
Puis après porete menue 6 .
Letues fresches demanois 1 ,
Vez ci bon cresson orlenois 8 .
Li autres crie par dalez :
J’ai bons inellens 9 frès et salez,
L'aguille pour le viez fer ai l0 ,
1 On l’employait en guise de sucre.
2 C’était de la purée de pois, mets alors fort recherché.
— La Taille de 1313 cite sur le Petit-Pont « Pierre du Tref, pileur de pois » (p. 166), et Rabelais, parlant de Quaresmeprenant, nous apprend que « s’il baisloyt, c’estoyent potées de pois pilez ». (Liv. IV, ch. 32.)
3 A côté.
4 Aulx et oignons dont l’odeur se conserve longtemps.— Les légumes à saveur âcre portaient le nom d’aigrun ou égrun , type latin de acrumen. Voy. dans le Livre des métiers (titre X) les statuts des « Regratiers qui vendent fruit et aigrun, c’est à savoir aus, oingnons, eschaloignes (échalotes), etc. »
8 Cerfeuil, pourpier tout de suite.
6 Herbes menues : persil, ciboulette, thym, laurier, etc.
7 Laitues fraîchement cueillies.
8 Est-ce cresson d’Orléans ou cresson alénois?
9 Merlans.
10 Peut-être : J’offre des aiguilles en échange de vieux fer.
— Du Haillan écrivait en 1586 : « 11 y a six vingts ans, nous ne trafiquions en lieu du monde, sinon entre nous, mais c’estoit seulement de marchandise à marchandise, comme de bled à vin et de vin à bled, et ainsi des autres. »
Or ça, bon marchié en ferai.
L’eve porpain 2 3 4 , qui veut si praingne.
J’ai bonfrommagedeChampaingne,
Ori afroinmagc de Brie*.
Àubuire frès 3 n’oublie mie.
Or i a gruel et forment 4 Bien pilé et menuement.
Farine pilée, farine.
Au lait, commère, çà voisine.
Cras pois i a 5 , aoust de pesches*,
Poires de Chaillou 1 * et nois fresclies; Primes ai pommes de rouviau 8 9 ,
Et d’Auvergne le blancduriau 0 ..
Al balais si com je l’enten,
(Discours sur les causes de l'extresme cherté qui est aujourd'hui en France.) — Il y avait à Paris en 1292 seize ateliers où l’on fabriquait des aiguilles.
1 Sans doute levain destiné à faire lever la pâte. Mais le mot levain est déjà employé dans les premiers statuts des Boulangers ( Livre des métiers , titre I), qui sont contempo-
2 Celui qui se faisait à Chaillot, près Paris, était aussi trèsestime.
3 Beurre frais.
4 Gruau et froment.
5 S’agit-il de pois au gras ou de la baleine salée qui se nommait alors craspois? (Voy. le Ménagier de Paris , t. II, p. 136, et ci-dessus, p. 77.)
6 Pêches mitres. — On ne connaissait encore que les pêches de vigne.
1 Poires de Caillaux en Bourgogne. C’est un fruit à pelure brune, fort pierreux et bon à cuire.
8 Pommes de rouveau ou calville rouge. Au quatorzième siècle, on écrivait de rouvel.
9 Le blandureau d’Auvergne ou calville blanc.
L’autres crie qui veut le ten '?
L’autres crie la busclie bone*
Vinaigre de moustarde i a.
Diex, ail point délié là*?
J’ai cerises. Or au verjus 5 .
Or à la porée ça jus»;
Ghaus pastez i a, cbaus gastiaus.
Chaudes oublées renforcies Galetes chaudes, eschaudez, Roinssoles, çà denrée aus dez M .
Cote et la chape par covent ’,
Clerc i sont engané sovenl 2 .
Cote et sorcot rafeteroie 3 ,
Et le cuvier relieroie 4 .
Huche et le banc sai bien référé,
Je sai moult bien que je sai fère.
J’ai joncheure de jagliaus 5 ,
Herbe fresclie. Les viez housiaus 6 , Les sollers viez 7 . Et soir et main 8 :
Aus Frères de Saint Jaque 9 pain, Pain por Dieu aus Frères Menors Cels tieng-je por bons prenéors 1 Aus Frères de Saint Augustin 12 .
Icil vont criant par matin :
1 La cotte était la robe du dessous, le vêtement de dessus était le seurcot (sur cotte). La chape est ici offerte aux religieux.
2 Les clercs y sont souvent trompés. Voy. ci-dessus,
s Je raccommoderai.
4 Je remettrai des cercles au cuvier.
B On jonchait les appartements avec de la paille pendant l’hiver, avec des herbes et des fleurs pendant l'été. Le jagliau était, je crois, notre glaïeul.
6 Les houseaux étaient de longues et larges bottes.
7 Les vieux souliers.
8 Soir et matin.
9 Li s Dominicains, établis en haut de la rue Saint-Jacques, d’où leur vint le nom de Jacobins.
10 Les Cordeliers ou Frères Mineurs, établis dans la rue de l’École de médecine actuelle.
11 Je tiens ceux-là pour bons preneurs.
12 Les religieux Augustins, sans doute encore près de la porte Montmartre, qu’ils quittèrent vers 1293.
Du pain aus Sas 1 , pain aus Barrez 3 , Aus povres prisons enserrez 3 ,
A cels du Val des Escoliers 4 .
Li 1 avant, li autre arriers,
Aus Frères des Pies 5 demandent,
Et li Croisié 6 pas nés atandent 7 ,
A pain crier metent gjrant paine.
Et li avugle à haute alaine,
Du pain à cels de Champ porri 8 , Dont moult sovent, sachiez, me ri 9 .
Les Bons Enfanz 10 orrez crier :
Du pain, nés vueil pas oublier.
1 Les Frères Sacs ou Sachets, sur le quai des Augustins actuel, emplacement qu’ils cédèrent vers 1293 aux Augus-
2 Les Carmes, établis alors près du port Saint-Paul. Ils avaient un vêtement rayé de noir et de blanc, qui les fit pendant longtemps nommer les Barrés,
! Le geôlier ne leur fournissait que le pain et l’eau.
4 Les chanoines réguliers de Sainte-Catherine du Val-des- Ecoliers, dans la rue Saint-Antoine.
5 Les chanoines réguliers de la Sainte-Croix, établis depuis 1258 rue de la Bretonnerie, Dans une pièce du treizième siècle, intitulée lesMonstiers de Paris , on lit ces deux
La novele ordre de la Pie Qui sont en la Bretonnerie.
(Voy. A. F., Les rues de Paris au treizième siècle, p. 189.)
6 Peut-être les gens prêts à partir pour la Terre Sainte.
1 Ne sont pas en retard.
8 Voy. ci-dessus, p. 18.
9 Nom qui très-souvent me fait rire.
10 Le collège des Bons-Enfants, dans la rue Saint-Honoré.
Les Filles Dieu 1 sevent bien dire :
Du pain, por Jhesu nostre Sire.
Ça, du pain, por Dieu, aus Sacliesses 2 .
Par ces rues sont granz les presses
Je vous di de ces genz menues 3 .
Orrez crier parmi ces rues :
Menjuepain 1 ! Diex, qui m’apèle?
Yien ça, vuide ceste escuele.
Or viengne avant gaaigne pain :
J’esclairciroie pos d’estain,
Je relieroie hanas 5 .
Du poivre por le denier qu’as*.
Or aus poires de liastivel 7 .
Jorroises 8 ai à grantrevel.
Frès jonc à moult grant alertée 9 .
1 Lear couvent était encore situé hors de l’enceinte.
2 Ou Sachettes, pauperes mulieres Saccitœ ou de Saccis. Établies sur la rive gauche, elles avaient donné leur nom à une rue qui devint dans la suite la rue du Cimetière-Saint- André. Elles.portaient un vêtement en forme de sac.
3 II y a par les rues un grand nombre de ces pauvres gens.
4 Mendiants.
6 Les Gagne-pain, Gagne- maille ou Gagne-néant parcouraient les rues en criant: «Faites raccommoder vos hanaps (vases à boire) avec des fds d’or et d’argent. » (Voy. ci-dessus, p. 15.) Il paraît qu’ils se chargeaient également de faire reluire les vases d’étain.
8 Cette fin de vers ne se concilie guère avec le vieux proverbe : Cher comme poivre. Le poivre venait encore des Indes, car c’est au seizième siècle seulement que l’on eut l’idée d’introduire sa culture en Provence.
7 Le hâtiveau, petite poire précoce.
8 II faut sans doute lire jarroce; c'est le nom vulgaire
9 Jonc frais et très-long.
Or ça à la longue denrée.
Noël, Noël 1 , à moult granz cris.
J’ai raïs de l’archaut, raïs *.
Cil qui crie, Mau se déporté :
Qui vent le viez fer, si l’aporte 3 .
Li autres dit autres noveles :
Qui vent viez pos et viez paieles 4 ?
Li autres crie à grant friçon 5 :
Qui a inantel ne peliçon °,
Si le m’aport à rafetier 7 .
Li autres crie son mestier.
Chandoile de coton 8 , chandoile,
Qui plus art cler que nule estoile 9 .
Aucune foiz, ce m’est avis,
Crie-on le ban 10 le roi Loys.
Si crie l’en en plusors îeus 11 Lebon vin fort à xxxij,
A xvj, à xij, à vj, à viij 13 ;
1 Peut-être des noëls, des livres de cantiques.
2 II faut sans doute lire l’Arcliant, et traduire ainsi :
J’ai radis de l’Archant, radis !
3 Celui-là s’amuse à crier : Que celui qui a du vieux fer à vendre me l’apporte.
4 Vieux pots et vieilles poêles.
5 D’une voix perçante.
6 Voy. ci-dessus, p. 15, note 2.
7 Qu’il me le donne à raccommoder.
8 Les mèches des chandelles étaient donc, alors comme aujourd’hui, faites de coton.
9 Chandelles à mèche de coton, et qui éclairent plus qu’une étoile.
10 Le banvin. Voy. ci-dessus, p. 25.
11 En plusieurs lieux.
12 Voy. ci-dessus, p. 19.
Moult mainent Griéor grant bruit *.
Crier orrez qui a à moudre 1 ?
J’aporte boues nois de coudre 3 .
Les flaons chaus * pas nés oublie.
J’ai chasfaingnes 5 de Lombardie, Figues de Mélite sanz fin 8 ;
J’ai roisin d’outre mer, roisin 7 .
J’ai porées 8 , et s’ai naviaus 9 .
J’ai pois en cosse toz noviaus l0 .
L’autres crie feves noveles ",
Si les mesure à escueles.
Hanni d’aoust flerant com bausme 3s .
L’austres crie : Chaume, i a chaume’ 3 .
J’ai jonc paré por métré en lampes u .
I Les Crieurs font grand bruit.
3 Qui a du blé à moudre.
3 Des noisettes.
4 Tarte très-estimée déjà sous lès mérovingiens. Fortunat raconte que sainte Badegonde, pour sè mortifier, se contentait de manger la pâte des flans qu’on lui servait et laissait la crème qu’ils contenaient.
6 Châtaignes. — Les marrons de Lyon leur ont succédé.
6 Figues de Malte à foison. — La figue est originaire de la Grèce.
7 Des raisins secs, venant sans doute de Damas.
8 Voy. la note 6, p. 137.
10 Tout nouveaux.
II Les fèves ont été déjà mentionnées plus haut
13 L’anis du mois d’août était donc renommé pour son
P > 3 Paille. — Voy. la note 5, p. 138.
14 On employait alors comme mèche pour les lampes la moelle d’une espèce particulière de jonc. Cette mèche pion-
LES GRIS DE PARIS
Bones eschaloingnes d’Estampes '.
J’ai savon d’outremer 5 , savon.
Des poires de Saint Riule avon 3 .
L’autres crie sanz delaier ,
Je sers de pingnes [à] resoier 1 .
Quant mort i a, homme ne famé,
Crier orrez : proiez por s’ame,
À la sonete par ces rues 5 .
Dont orrez autres genz menues Poires d’angoisse 6 crier haut.
L’autres, pommes rouges qui vaut’?
Àiglentier 8 por du pain l’en crie.
Verjus de grain °, à fère aillie 10 .
Li uns borgons, li autres veilles".
geait dans un godet rempli d’huile, et son autre extrémité débordait un peu le bec saillant de la lampe.
1 Les échalotes d’Étampes étaient regardées comme excellentes.
2 Ce savon d’outre-mer venait sans doute de Naples. Celui de Paris n’était pas moins apprécié, si l’on en croit ce vers du Dit d'un Mercier :
J’ai le bon savon de Paris.
3 Dites aussi de Saint-Rieule ou de Saint-Rigle.
3 Peut-être des peignes pour raire ou raser les tonsurés. On se servait, eu effet, pour cela de peignes spéciaux.
5 Voy. ci-dessus, p. 18.
6 Elles portent encore ce nom, qu’elles doivent à leur âcreté. Pour en adoucir le goût, on mettait du foin dans le vase ou elles cuisaient.
I Qui veut?
8 Églantier.
9 Sans doutede blé vert. Voy. ci-dessus la note 5, p. 137.
10 Voy. ci-dessus la note 8, p. 134.
II Peut-être deux espèces de champignons.
Cornilles méures, cornilles Àlies i a d’aliïer*;
Or i a boutons d’aiglentier ; Proneles 1 * 3 * de haie vendroie.
Oiseles por du pain donroie *.
Nates i a et naterons 5 .
Cerciaus de bois 6 vendre volons.
L’autres crie : gastiaus rastis,
Je les aporte toz fetis ;
Chaudes tartes et siminiaus 7 .
L’autres crie : chapiaus, chapiaus.
Gastel à fève 8 orroiz crier.
Charbon le sac por I denier.
Nèfles méures ai à vendre.
Le soir orrez sanz plus atendre,
À haute voiz, sanz delaier :
Diex ! qui apele l’oubloier?
Quant en aucun leu a perdu,
De crier n’est mie esperdu
1 Fruit du cornouiller.
* Fruit de l’alisier.
3 Prunelles. On en faisait une boisson appelée prunellée.
1 Pour du pain, je donnerai des petits oiseaux.
B Les Nattiers formèrent plus tard une corporation assez importante.
6 La Taille de 1292 mentionne un Cercetier ou faiseur de cerceaux pour les tonneaux.
7 Seminiaux, simeniaus, symeniax, etc., et par corruption chemineaux, sorte d’cchaudés très-estimés dans le nord de la France. Voy. Dücahge, Glossarium, au mot Simenellus, et Vigneul-Maiiville (Bonav. d’Argonne), Mélanges d'histoire, t. II, p. 91.
8 Gâteau pour tirer les rois.
Près de l’uis crie où a esté :
Aide, Diex de Maïsté !
Com de male eure je fui nez !
Com par sui or mal assenez 1 !
Et antres choses assez crie,
Que raconter ne vous sai mie.
Tant i a danrées à vendre,
Tenir ne me puis de despendre 3 , Que se j’avoie grant avoir,
Et de cbascun vousisse avoir De son mestier une denrée,
Il auroit moult corfe durée.
Tant poi i a mis que j’avoie,
Tant que povretez me mestroie 3 .
Après mise ma robe jé,
Lecberie m’a desrobé 4 .
Si ne sai mès 5 que devenir,
Ne quel chemin puisse tenir.
Fortune m’a mis en sa roë,
Chascuns me gabe et fet la moë ;
Si ferai, puis que sui en quèche, Du meillor fust que j’aurai flèche 0 .
Expliciunt les Crîeries de Paris.
• Sur tout ce passage, voy. ci-dessus, p. 17. s II y a tant de choses à vendre que je ne puis m’empêcher de dépenser.
3 Pauvreté me maîtrise, m’arrête.
4 Gourmandise m’a ruiné.
ü Puisque je suis ruiné, je ferai flèche du meilleur bois possible.
Les Cris de Paris 1 .
Le Verrier.
Verres jolys, verres troussez !
C’est pour ces musequins 2 coiffez ;
Verres tien larges et bien longs !
C’est pour ces gentilz biberons.
La crieresse d’arens.
Harens soretz appétissant !
Ce sont petis morceaux frians Pour desjuner au matinet Avec vin blanc, clair, pur et net.
Le patalagueille.
J’achepte vieux fer, vieux drapeaux !
Aussi la mesnagère sage En ramassant petis lambeaux Fait tout servir à son mesnage.
1 Celte pièce paraît dater du commencement du seizième siècle. Le seul exemplaire connu est conservé à la Bibliothèque de l’Arsenal ; il se compose de deux feuillets de texte et de dix-huit planches gravées. Le texte et les planches ont été publiés sous ce titre : Les cris de Paris au seizième siècle. Dix-huit planches gravées et coloriées du temps, reproduites en fac-similé d’après l’exemplaire unique de la Bibliothèque de l'Arsenal, par Adam Pilinski, avec une notice historique par M. Jules Cousin.
2 Minois, petit museau, terme d’amitié.
Mes bons baletz.
J’ay des baletz de plusieurs sortes, Faitz de verges douces et fortes,
De janet de bied ou bouleau !
J’en ay icy un gros fardeau, Somme je vends mes beaux baletz.
Le crieur d'oubiies.
Oublie, oublie ! Hoye à bon pris, Pour les grans et pour les petis.
Mes dez charmeront le billon,
Je n’y lairray mon corbillon,
Mais je chanteray la chanson 8 .
Les cris des marchandises que Von crie parmy Paris 1 2 3 .
A Paris tout au plus matin L’on crie du laict, pour les nourrices Subvenir sans quelque avertin 4 5 Es enfans nourris sans obices 6 .
1 De jonc.
2 Voy. ci-dessus, p. 17. — « On fait dire des chansons à l’oublieur quand on va vuider son corbillon d’oubiies. » Furetière, au mot Oublieur.
8 Imprimés à la fin des premières éditions des Antic/uitei de Paris par Corrozet.
4 Avertin signifie opiniâtre, colère. On disait des enfants criards et mutins qu’il fallait les vouer à saint Avertin.
5 Du latin obex, obstacle. Il s’agit ici des enfants gâtés.
Après, un g tas de chassieux S’en vont criant parmy Paris Les vieulx soulliers, tournant les yeux, Dont souvent se font plusieurs ris.
Soit eu destour ou en embusclie On va criant semblablement,
À jeun ou yvre : Busclie ! busche !
Pour soy chauffer certainement.
Puys vous orrez à haulte voix Par ses rues matin et soir,
Charbon, charbon de jeune boys !
Très fort crier pour dire voir.
Après orrez sans nulz arrestz Parmy Paris plusieurs gentz,
Portans et crians les cotretz ;
Où ilz gaignent de l’argent.
Puis vous orrez sans demourée ',
Parmy Paris à l’estourdy,
Fort [crier] : Bourrée, bourrée 2 !
Pour vérité cela vous dy.
Puis ung tas defrians museaulx Parmy Paris criez orrez Le jour : Pastez cliaulx, pastez cbaulx!
Dont bien souvent n’en mangerez.
Puis après sans villennie Parmy Paris crier on voit
Petit fagot pour allumer le feu.
D’après les Cris de Paris de la Bibliothèque Seizième siècle.
Pour bon fourmage de Brve.
Tout chascun cela congnoist.
Puis courroucé 1 ou tout allaigre Parmy Paris on va criant Tant comme on peult : Bon vinaigre 1 Dont qui en veult si vienne avant.
Après, par sens ou par folie,
À Paris l’on crye très liault,
Jeunes ou vieulx : Lye ! lye 3 !
Ausquelz elle prouffite etvault.
Sans vous musser 3 ne cacher Gryer orrez sans nul faintise A Paris : Yiculx fer et acier!
Ce qu’on ne fait pas à Venise.
Gryer orrez tout à deux saulx,
Parmy Paris tout de plain vol,
Le vieil fer et les vieulx drappeaulx 4 !
A quelque ung le bissac au col.
Puis orrez cryer, sans qu’il tarde,
Parmy Paris en plusieurs lieux.
Pour chose certaine : Moustarde !
Qui a maint faict pleurer les yeulx.
Gonsequemment, par entrefaictes,
A gens de diverses manières
Variante : pource.
Variante : amuser.
Vieux chiffons.
Orrez crier : Les allumettes !
Auquel mestier ne gaigneut guères.
Après orrez ung loricart *,
Qui est plus orgueilleux qu’ung pet *, Criant deux manequins* pour ung liard, Qui ne vallent pas ung nicquet 4 .
Puis, se vous avez appétit D’entendre crier ung chascun,
Tantost orrez Gaigne-petit,
Dont suis suppost sans nul desrun 5 .
Après, orrez sans nulle espace 6 Crier rubis et turquie 7 .
Or de ce bassin en ceste place Et en espinglesje vousaffie 8 .
Et se crier vous entendez Pat in y Paris tretous 9 les cris,
1 Nom donné par dérision aux soldats, aux porteurs de cuirasse. Il signifie ici un bravache, un fanfaron.
2 Dans la Comédie des proverbes (1616), Philippin dit de son rival : « II est plus glorieux qu’un pet. » Voy. Ancien Théâtre français, t. IX, p. 35.
4 Petite monnaie de cuivre, qui valait environ trois mailles.
8 Presque aussitôt.
7 Turquoise? — Variante : Crier rubis de Tourquie.
Après orrez sans long espace,
De ce, fault que murmurion,
Espingles cryer sans fallace,
Tous.
Crier orrez les eschauldez
Qui sont aux oeufs et beurre peslris.
Aussi on crye les tartelettes À Paris pour enfans gastez,
Lesquelz s’en vont par les luettes * Pour les bouter dessoubz le nez 2 .
On crye sans quelque obice,
De cela ne fault point doubter,
Le pain qui est pestry d’espice,
Qui flumes 3 faict dehors bouter.
A Paris, on crye maintesfois,
Voyre de gens de Paris 4 ,
Houssues 5 à manckeurs de boys 6 , Lesqiielz ne sont pas de pris.
Puis vous orrez ung bonkommeau 7 Qui faict merveilles d’entreprendre, Qui va jusques à Sainct Marceau, Tousjours cryant : Casses 8 à vendre
Après toutes les matinées,
Vous orrez ces villageoys
Petites rues.
Variante : Pour les menger, jà n'en doublez.
Variante : Voire de gens de pial pays.
Sorte de plumeau.
Variante : Houssouers emmenchez de bois.
Petit homme.
Peut-être des casseroles.
Qui vont, pour couvrir les buées, Criant : Couvertouez, couvertouez 1
Puis vous verrez parmy les rues, Sur ckevaulx à longues oreilles, Paniers plains d’herbes et lectues, Et filles criantes belles ozeilles.
Puis verrez des Piemontoys,
A peyne saillys de escaille 2 ,
Crians : Ramona liault et bas Voz cheminées sans escaille 3 !
D’aultres cris on faict plusieurs, Qui longs seroient à reciter.
L’on crie vin nouveau et vieulx, Duquel on donne à tatter i .
Explicit.
Couvercles pour les cuviers à lessive.
Encore tout jeunes.
Variante : sans escalle. — Sans échelle.
A goûter.