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LE RAMONEUR DE CHEMINÉES

D’après les Cris de Paris de la Bibliothèque de l’Arsenal. Seizième siècle.

LES CUIS DE PARIS

Les cent et sept cris que l'on crie journellement à Paris.

De nouveau composé en rhimme française pour resjouir les esperits.

El fut achevé d’imprimer le cinquiesme jour de may mil cinq cens et quarante-cinq 1 .

[Par Anthoine Truquet, painctre.]

La Laictière au matin.

Je crie du laict pour les nourrices, Pour nourrir les petis en fans Disant : Ça tost le pot, nourrice 2 !

La veille des Roys.

Quand des Roys approche la fesle Sachez à quoi je m’embesoigne :

Je m’en vois criant des couronnes Pour mettre aux Roys dessus leur teste Le Pâtissier.

Et moy, pour un tas de frians,

Pour Gautier, Guillaume ou Michaut,

Tous les matins je vois crians :

Eschaudez, gasteaux, pastez chaus s !

Le Crocheteux.

Je crie cottrez, bourrée et busche !

Aucunes fois fagotz, falourdes !

Quand voy que point on ne me huche,

Je dy achetez femme lourde.

L’Oublieux.

Et moy qui suis un oublieux 1 2 3 4 ,

Les portans en toute saison *,

1 11 s’agit ici, bien entendu, de couronnes de fleurs ou de feuillage.

2 Une sentence de police du & mars 1678 défendit aux Pâtissiers « d’envoyer à l’avenir vendre et débiter par leurs apprendfs, compagnons, domestiques ou autres dans les rues, marchez, carrefours, places publiques », etc.

5 Voy. ci-dessus, p. 17. — Une ordonnance du 10 janvier 1702 défendit « à toutes personnes de crier, ny de porter des oublies par les rues, s’ils ne sont avouez d’un maître de la communauté, duquel ils seront tenus de prendre un certificat par écrit ».

4 Variante : Portant oublie a la saison.

s les Cris de Paris de la Bibliothè^e de l’Arsenal. Seizième siècle.

Pas ne dois estre oubliez,

Car j’en suis, c’est bien la raison.

Le Chastreux.

Moy Chastreux je ne crie guère.

Je ne vois que jouer proprement,

Car de cry il ne m’en chaut guère’.

Je ne veux que mon instrument.

Les Allumettes.

Pour quelque peine que j’y mette, D’enrichir je n’ay pas appris ;

J’ay beau crier mes allumettes 2 ,

Car ilz sont à trop petit pris.

La malle tache.

À la malle tache 3 ,

1 II ne m’importe guère.

2 Panurge avait toujours dans une de ses poches « ung fouzilgarny d’esmorche, d’allumettes, de pierre à feu, et de tout aultre appareil à ce requis ». Pantagruel , liv. II, ch. xvt.

3 On lit dans une des pièces suivantes (n° vu) !

Coslrcls secs ! A la male tache !

Sygogne écrit dans le Pourpoint d’un courtisan, satire imprimée à la suite des œuvres de Régnier :

Maintes fois le maislrc bravache Eust appelle la malle tache

Et de la Ronce dans le Bas de soye d’un courtisan :

Elles te firent mainte tache Où le crieur de male-tache A bien perdu tout son latin.

Enfin Régnier a fort tourmenté les commentateurs par

La sueur du bonnet gras 1 !

A profiter voluntiers tasclie,

Et si je n’en suis pas plus gras.

Sablon d’Estampes.

Sablon d’Estampes 3 à la mesure !

Je vous en feray bon marché.

Ça tost, femmes, approchez s .

Venez en quérir tant qu’il dure.

.il graissa mes chausses pour mes bottes

En si digne façon que le frippier Martin Avec sa malle-tache y perdrait son latin.

Brossette s’est donné beaucoup de peine pour expliquer ce que pouvait être cette male (mauvaise) tache, et il finit par déclarer qu’on nommait ainsi « le fripier ou le dégraisseur qui levoit les taches » (p. 1671.

M. Viollet-Leduc est plus près de la vérité quand il dit que ces mots désignent « une pierre à détacher ou un savon à dégraisser inventé par le fripier Martin, et analogue aux ingrédiens de même nature que nous voyons vendre sur les places publiques » (p. 139).

Cependant la male-tache n’était ni une pierre ni un savon. En effet, dans une des dix-huit planches gravées que je cite plus haut (p. 146), figure le crieur de malle tache; or, il porte de la main droite une bouteille à gros ventre et de la gauche un bâtonnet qui servait sans doute à frotter l’étoffe pour la dégraisser.

1 Pour enlever les taches de graisse sur les étoffes de soie, on se servait aussi de la craie de Briançon.

2 Sable fin et très-blanc dont on se servait pour écurer la vaisselle. Celui qu’on recueillait aux environs d’Étampes était le plus recherché. — Dans les Jaloux, comédie de Larivey (1579, acte III, scène iv), Mathieu dit à Fierabras :

« On y trouve moins de cette marchandise que de sablons à Estampes. »

3 Variante : Ça, femmes, de moi approchez.

Beaux A. B. C, en parchemin !

Le premier livre des docteurs.

Tandis que je suis en chemin,

A qui en vendrai je un ou deux?

Pierre noire.

J’ay de bonne pierre noire Pour pantoufle et souliers noircir 1 !

Si j’avois vendu j’yrois boire,

Je ne serois plus guère icy.

Espiciers d'enfer.

Nous n’avons que faire de cry Entre nous, Espiciers d’enfer 4 .

Nostreveue descouvre le faict,

Nous le demonstrons par èscrit.

Sablon à çouvrir les vins.

Je suis un pauvre homme d’Àblon,

11 y a long temps que je vins À Paris pour crier sablon 3 Qui sert à bouter sur les vins.

J’ignore ce que pouvait être cette pierre noire. Le cirage connu dès le dixième siècle. Yoy. J. QuicheRAT, Hisdu costume , p. 141.

Ainsi nommés parce que leurs épices brûlaient la bou- Variante :

Il y a longtemps que je viens A Paris vendre mon sablon.

Charbon du basteau.

Charbon, charbon de jeune boys !

Il n’est qu’à trois solz le minot 1 .

Il est en Grève 3 sur un basteau.

Qui en voudra le vienne voir 3 .

Charbon des champs.

Charbon de jeune boys !

J’en amenay encore hyer.

Sur tout ne crains que le gruyer 4

Le rencontrer par où je vois.

De la croye.

Charbon blanc, charbon blanc 5 !

Il sert à beaucoup de personne.

La marchandise est belle et bonne.

Baille ma charge pour six blancz.

1 En 1666, le prix du minot était monté à trente-deux sous.

3 Au port de la Grève.

3 « Pourront les marchands forains qui amènent charbon, le vendre aux bourgeois et artisans par les rues et sur leurs chevaux, dans des sacs qui seront de la mnison (mesure) et continence de mine, minot ou demi-minot, et au prix qu’il y sera mis par les Prévost des marchands et eschevins. » Ordonnance de décembre 1672, chap. XXI, art. 4.

I Officier des eaux et forêts, qui jugeait les délits fores-

5 La craie ou charbon blanc était employée pour nettoyer les étoffes de laine, les cuirs, l’argenterie, etc. On la nomma plus tard blanc de Troyes, blànc d'Orléans, puis blanc d’Espagne. Le premier se fabriquait aux environs de Troyes ; le second venait de Cavereau sur la Loire, et le blanc d’Espagne était originaire du Bas-Meudon, près Paris, où il s’en fabrique encore aujourd’hui.

LES CUIS DE PARIS

Terre à laver.

Terre à laver pour degresser 1 !

Je la prens dedans les carrières.

Qui n’en voudra se tire arrière,

Qui en voudra j’en ay assez.

Semelle.

Semelle à bouter dans les bottes !

Hz sont bonnes pour la froidure.

Prenez en doncques tant qu’il dure,

J’en ay icy de plusieurs sortes 2 .

Pourceaux.

N’y a il rien pour les pourceaux S. Antoine 3 * ? Chambrières, regardez y.

Que Dieu vous doint vostre désir i ,

Et vous garde de toute essoigne 5 6 !

Fines esquilles,

J’ay un cry qui m’est bien duysant 8 ,

Il est pour moy très bien utile,

Amoureux et si plaisant

Qu’il me fait vendre mes esguilles 7 .

1 C’était sans doute de la terre à foulons. Le Ménagier de Paris (t. II, p. 65) la nomme terre de robes et indique la imanière de s’en servir.

2 Variante : Car j'en ai de toutes sortes.

3 Voy. ci-dessus, p. 74.

* Satisfasse votre désir.

6 Nécessité, besoin.

6 Agréable.

1 La fabrication des aiguilles était alors assez prospère, et

Naveiz.

Quand Tus mariée rien n’avois,

Mais (Dieu mercy) j’en ay pour l’heure, Que j’ay gaigné à mes naveiz 1 :

Qui veut vivre faut qu’il labeure.

Le Mercier.

Esguillettes 2 , les longs lasselz,

Et les beauz pignes de bouys 3 !

Regardez les,, ilz sont faictis 4 .

Achetez, vous voyez que c’est.

les maîtres Aiguilliers firent renouveler leurs statuts en 1599. Mais la cherté de la main-d’œuvre rendit bientôt par trop inégale la lutte que soutenait Paris contre les fabricants de Rouen, d’Évreux, d’Aix-la-Chapelle et surtout d’Angleterre, en sorte qu’à la fin du dix-septième siècle, cinq ou six maîtres parisiens seulement s’efforçaient encore de soutenir la

1 « Les Parisiens aiment beaucoup les navets ; ils en mettent dans la plupart de leurs ragoûts, et cette denrée est pour eux ce que sont pour les Limousins les grosses raves. Ils estiment surtout ceux de Maisons, de Saint-Germain, de Vaugirard et d’Aubervilliers. »

9 Leur vogue commença vers la fin du quatorzième siècle, et à cette époque Paris comptait 26 maîtres Aiguilleders ou Ferreurs d’aiguillettes. Elles devinrent l’occasion d’un luxe inouï au seizième siècle, et leur décadence est contemporaine de la dévotion de Louis XIV ; elles se virent alors remplacées par le bouton, d’aspect plus sévère.

3 Les statuts accordés aux Peigniers-Tabletiers en juillet 1507 leur interdisent de fabriquer aucun peigne « sinon que d’yvoire, de bouis (buis) ou de corne ».

4 Faits avec soin, excellents.

Couvertoirs à lessive.

Beaux couvertoirs à lessive 1 2 !

De les bien faire fay devoir.

Pource, qui en voudra avoir

Vienne après moy, qui me suive.

Le Natier.

Esnaltes, esnattes 8 , torcbe à chaudière 3 !

J’ay encore un beau bouclier 4 .

Aujourd’hui je n’en vendis guière,

Je n’en vendrai pas tant que hyer.

Tonnellier.

Tinette, tinette, tinette 5 * * !

A beaucoup de gens sont propice,

Et si font beaucoup de service.

Regardez dedans, ilzsont nettes.

1 Sans doute couvercles pour les cuviers à lessive.

2 Pendant bien longtemps, les nattes de paille tinrent lieu de tapis sur le sol, de tapisseries sur les murs, de stores en été et de bourrelets en hiver. En 1650, les Nattiers formaient encore une corporation importante composée de plus de cent maîtres; leur nombre était réduit à douze en 1718.

3 Bouchon de paille avec lequel on nettoyait les chaudières.

4 Paillasson de forme ronde.

B La tinette était un petit tonneau plus large du haut

que du bas. Elle était munie de deux sortes d’oreilles percées d’un trou dans lequel on pouvait passer un bâton qui

maintenait le couvercle. La tinette servait surtout à conser¬

ver les beurres salés et les beurres fondus.

Ramoneux.

Ramoner voz cheminées 1 !

Jeunes dames haut et bas ;

Faictes moy gaigner ma journée,

A bien houlser je m’y esbas 2 .

Gupillons.

Assez en a qui pilleront Pour estre riche tout soudain,

J’ayme mieux vendre gupillons 3 ,

Et laisser là l’honneur mondain.

Houssouers.

Depuis le matin jusques aux soirs,

Contre un bon jour c’en est la guise 4 Je vois crians les houssouers 5 Qui servent à housser l’eglise.

Chaudronnier.

Chaudronnier, chaudronnier 0 !

1 Les Ramoneurs étaient déjà presque tous originaires du Piémont. En été, ils colportaient dans les rues des petits objets de cristal taillé, de la quincaillerie, etc., ce qui attirait sur eux les rigueurs des jurés de la mercerie.

2 « Ton père boussoit les cheminées », dit l’un des personnages de la Farce du savetier (v. 1540). Ancien Théâtre françois, t. Il, p. 130. — Voy. aussi le Sermon joyeux d’un ramoneur, dans A. de Montaiclon, Anciennes Poésies françaises, t. I, p. 235.

3 Sorte de lavette dont on se servait pour la vaisselle.

4 Variante : Comme aux bons jours c'est la guise.

6 Balais de houx ou d’autre branchage. C’est l’origine de

6 Les Chaudronniers ambulants se nommaient maignens,

Je mets la pièce auprès du trou'.

N’est ce pas faict d’un gentil tour?

Un mal faict ne se peut tiyer.

m LA VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS.

Balais.

Quant hasard est sur les balais Dieu sçait comme boy* à plein pot.

Il ne m’en chaut : soyent beaux ou laiz Si les vendray je à mon mot.

Du fien.

N’y a il point de fien*?

S’il vous plaist d’y regarder,

Ne me faictes plus cy tarder,

J’en ay autrefois eu céans.

Fuzis •

Bons fuzis 3 4 qui veut acheter ?

Et bons tresbuclietz *, je les vens.

Je viens en ce quartier souvent,

Je les baille à seureté les bons fuzis.

autorisent à fabriquer des souricières ; mais elles étaient déjà connues depuis longtemps. Voy. le Ménagier de Paris, t. II, p. 64.

1 Je bois.

s De fumier. —L’ordonnance de novembre 1539, art. 15, défend « à toutes personnes de vuider et mettre en la rue aucun feurre (paille), liens, boues ni autres immondices », et ordonne de les « serrer et mettre dedans les maisons en panniers ét mannequins, pour après les faire porter hors de

3 Sans doute le petit morceau d’acier avec lequel on frappe le caillou pour en tirer du feu. Voy. ci-dessus la note 2, p. 163.

4 S’agit-il de pièges à prendre des oiseaux, ou de balances pour les monnaies? Peut-être ni des uns ni des autres.

LES CUIS DE PARIS

Du sel.

Du sel, du sel ! j’en ay assez,

C’est bonne sauce, bon appetis.

Il n’y a ne grans ne pelis Qui de ce sel ce sceust passer.

Nicquetz.

Qui a des targes et des nicquetz,

Et aussi de vieille monnoye 1 2 ?

A les crier n’aypas acquetz,

Pas n’en amasse grand monnoye.

Manequins.

Deux manequins s pour un liart !

Hz servent bien à la maison.

Je les vens en toute saison,

Je vous les pluvis à fiat 3 .

Peau de connin.

Soit pour un ouy ou pour nennin.

Quand veux parler aux chambrières,

Je vay criant : Peau de connin 4 !

A moy venir n’arrestent guières.

1 Les targes et les niquets étaient de vieilles monnaies dépréciées. — Voy. ci-dessous dans la pièce VII :

Argent cassé, vieille monnoye !

2 Paniers. Voy. la note 2, page 174.

3 Je vous les vends de confiance, à garantie.

4 Peau de lapin. —. On recherchait surtout alors les lapins de Vincennes.

De l’eau.

Qui veut de l’eau 1 2 ? A chacun duict 3 ,

C’est un des quatre elemens.

Nul ne s’en passe pour le jourd’hui.

Croyez moy, car point je n’en mens 3 .

A curer le puys.

À curer le puys 4 !

C’est peu de practique,

La gaigne est petite,

Plus gaigner ne puis.

Librairie.

Prognostication nouvelle,

Beaux almanacliz nouveaux.

Hz sont aussi bonne que belle Que ceux de maistre Jean Thibaut 5 .

1 II était défendu aux Porteurs d’eau d’en puiser dans le petit lit de la Seine depuis la place Maubert jusqu’au pont Neuf, « à cause de l’infection et impureté des eaux qui y croupissent ».

2 Plaît, convient.

3 Variante :

On n’en vend pas à un chacun,

Parquoije n'en crie pas souvent.

4 Les Cureurs de puits appartenaient à la corporation des Vidangeurs. Un arrêt du 25 mai 1671 leur défendit « de plus à l’avenir aller dans les rues crier à curer les puits, à peine de prison ».

5 Pionostication nouvelle de frère Thibault, Lyon, sans date, in-S°, goth. — Jean Thibault, rival de Nostradamus, a publié beaucoup d’autres pronostications. La Croix du Maine cite celles des années 1539,1540, 1542,1543 et 1544. Celle

VEsmouleur.

Argent m’y faut gaigner petit >,

Au mestier n’a pas grand rescousse*,

Mon acquest est si petit

Que je ne puis emplir ma bourse.

Le cry des corps.

Or dictes voz patenostres Quand vous oyez que je sonne Pour honorable personne Qui a esté frère nostre 5 .

Confrairie.

C’est à Marly 4 le cliastel,

La confrairie Sainct Vigoust 5 .

D’y aller chascun prenne goust,

Les pardons sont au grant autel.

Nouvelle.

Aucune bonne certaine nouvelle !

C’est d’une fille gente et belle,

de 1514 a été réimprimée par M. A. de Mont-aiglon, dans son Recueil de poésies françaises, t. XIII, p. 12.

1 Les Rémouleurs ambulants ou Gagne-petit. — « Pauvre compagnon Coutelier, qui roule devant soi ou qui porte sur son dos une petite boutique garnie d’une meule, d’un marteau et d’une pierre à affiler, pour aiguiser et raccommoder les divers ouvrages de menue coutellerie. On l’appelle Gagne-petit, du gain médiocre dont.il se contente. »

a Variante :

Le mestier n'a pas grand ressource.

3 Voy. ci-dessus, p. 18 et 73.

4 Quelques textes donnent Mardy.

5 Voy. ci-dessus, p. 73.

Qui n’a que l’aage de quinze ans Qui s’est égarée en dançant.

Du vin.

C’est du gentii vin vermeil 1 2 3 4 .

Aussi du gentil vin blanc.

A l’enseigne du barillet La pinte n’est qu’à deux blancs 3 .

Les prisonniers.

Aux prisonniers du Palais

On dict : Les motz ne sont pas laiz;

Aux prisonniers de Chastelet Qui sont en un lieu ort et laid*.

Fouarre.

Fouarre nouveau, fouarre 5 6 !

C’est un cry qui est tant commun.

Je viens à Paris grand erre 0 Pour en vendre à un chacun.

Les mandians.

Nous sommes quatre mandians Qui sont toujours près pour presclier, Remonstrant le vice et péché,

Qui n’ont noz vies qu’en mandians 7 .

1 Voy. ci-dessus, p. 38.

2 Des textes plus récents portent vermeillet.

3 Voy. ci-dessus, p. 39.

4 Voy. ci-dessus, p. 74. —Variante : Qui sont très bien en suretés.

8 Paille.

6 En hâte.

7 Voy. ci-dessus, p. 17 et 74.

Des sachelz.

Des sacz, des sacz 1 ! c’est pour sacez s .

De vendre j’ay bon appetis.

J’en ay de grands et de petis,

Qui en voudra j’en ay assez.

L’herbe verte.

A ma belle herbe, à ma belle herbe !

Pour ce que c’est toute gayeté Je ne la crie qu’en esté 3 .

A qui vendray je ma grosse gerbe?

Le verre.

Gentil verre jolys !

A un liard les verres de pierre *.

Il me faut retourner grand erre En quérir dedans mon logis.

Anis.

Anis fleury, mon bel anis !

Il est bon dedans la maison Quand il estcueilly de saison 6 ,

De bonne heure s’en faut garnir.

1 Nous verrons plus loin crier des sacs pour les plaideurs ; il s’agit donc ici de sacs ordinaires.

2 Variante : Sasser.

8 Voy. ci-dessus, note 5, p. 138.

4 Les verres à boix-e en veire et en piei-re étaient d’usage fort ancien; mais est-ce bien de cela qu’il est question ici ?

On trouve dans des réimpressions :

Gentils verres, verres jolis,

A deux liards les verres de bière.

5 Cette saison, c’était le mois d’août. (Voy. ci-dessus,'

Le Savetier.

Houzeaux 1 vieux et souliers vieux!

Il est temps de penser de boire,

Devant que plus avant je voise,

De bon vin, fust 3 fort ou vieux.

Vieux drapeaux.

Le vieux fer, vieux drapeaux 3 !

C’est marchandise que j’assemble.

Si j’avois faict mon troupeau 4 ,

Nous en yrions boire ensemble.

Pour le cheval.

Du foin, du foin, du foin 5 !

C’est pour chevaux et pour mulle,

Je vous le dy sans faute nulle,

D’en manger ont toujours besoing.

p. 142.) L’anis faisait partie du commerce de l’épicerie ; les anis les plus estimés étaient ceux d’Alicante, de Malte, de Tours et de Chinon.

1 Voy. ci-dessus, la note 6, p. 138.

2 Fût-il. — Variante : De bon vin suis fort curieux.

3 Les Crieurs de vieux fers et de vieux drapeaux furent constitués en corporation en 1686. Leur nombre, qui était alors de douze seulement, fut plus tard porté à vingt-quatre. Ils ne faisaient pas d’apprentis ; les maîtres pourvoyaient par l’élection aux vacances qui se produisaient dans leurs rangs. Ils n’y admettaient guère, d’ailleurs, que des fils de

4 Variante : mon trousseau.

5 Le bottelage des foins destinés à Paris devait être fait à trois liens du même foin. Au commencement du dixhuitième siècle, on estimait la consommation de Paris à six millions de bottes.

Selles de boys.

A mes belles selles de boys 1 2 !

llz duysent aux nouveaux mesnages, Car il lui faut tant de bagages, D’aucuns n’en ont pas pour les seoir.

Pauvre garson.

Qui baille argent du ganivet a ?

Gaigner me faut par le menu Pour me revestir : qu’en hyver Je ne demeure pauvre et nud.

Mailletz.

A sçavoir fais à un chacun Que j’ay de bons mailletz de boys.

Je vous le crie à haute voix,

En disant : je n’en ai plus qu’un.

Esventoire.

A ma belle esventoire 3 !

En karesme sont bien duysans.

Ce que je dis est tant notoire,

C’est pour esventer les liareus.

1 Sorte de tabouret.

2 Canif. On écrivait plus souvent canivet.

3 « Panier plat, presque quarré, sur lequel les petites marchandes de fruits, de poissons et autres menues denrées étalent devant elles la marchandise qu’elles portent vendre par les rues de Paris, On dit plus communément inventaire.» Esventoire et inventaire sont devenus éventaire.

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