‹ L'annonce et la réclame - les cris de ParisChapitre 14 sur 21 · CRIS I)E PARIS · texte numérisé non relu

CRIS I)E PARIS

De crier je suis hors d’alaine.

C’est viande de karesme,

Elle est bonne à gens qui l’ayme 1 .

Saulce verte.

Vous faut il point de sauce verte 3 ?

C’est pour manger carpe 3 et limande.

Ça qui en veut qui en demande Tandis que mon pot est ouvert?

Chervis.

otte, chervis 1 et panes U viande à gens de bie etez, regardez les bien

Oignons.

Je vens oignons 1 2 et escballottc*, Que l’on crie bon appetis.

Mes acquestz y sont si petis,

Et si je fais petiie botte 3 4 .

Orenge.

Oronge, orenge 3 , beaux marrons 5 6 !

Je vous les pluvy à fiat °.

Je vendray la pièce un liart,

Je vous le dy en un mot rons.

Verjus.

Verjus vert, verjus 7 En karesme crie !

Plus la lye ne crie,

Je l’ay rué jus 8 .

1 Tous les ans, au mois do septembre, la foire aux oignons se tenait au parvis Notre-Dame. C’est là que les bourgeois venaient faire leur provision pour l’hiver. Au dix-septième siècle, elle fut transférée sur le quai Bourbon. — Les oignons de Corbeil étaient célèbres.

2 Les plus estimées étaient celles d'Étampes.

3 Aussi fais-je mes bottes petites.

4 On recherchait surtout celles de Portugal, qu’on trouve souvent nommées Vommes d’orange. Au dix-septième siècle, les oranges se servaient avec le rôti. Voy. Ant. de Couhtis, Civilitéfrançoise, p. 108.

5 Les marrons de Lyon étaient déjà célèbres.—Variante: Oranges, beau citions!

6 Voy. ci-dessus la note 3, page 175.

7 Voy. ci-dessus la note 5, p. 137.

Pruneaux.

Pruneaux de Tours pruneaux !

Ça qui en veut qu’on se délivre.

Je les vens huict tournois la livre,

Aussi bon marché que dans Tours.

Gruau sec.

J’ay de bon gruau sec %

Pour potage et poisson.

Il n’a qu’une saison,

En karesme bien le sçay.

Raisins.

Raisins 1 2 3 à la livre !

J’en feray marché.

Qui en veult approche

Que je m’en délivre.

1 On vantait encore les pruneaux de Reims, de Brignoles, de Privas et de Saint-Antonin.

2 Le meilleur venait de la Bretagne et de la Touraine.

2 « Il est défendu d’apporter et d’exposer en vente à Paris des raisins dans les saisons qu’ils commencent à meurir, par deux raisons. La première que cela peut causer des dissenteries et autres maladies fort dangereuses. La seconde parce que cela donne occasion aux païsans de se voler les uns les autres dans leurs vignes. Quelques règlemens le tolèrent néanmoins, en apportant un certificat du curé etmarguilliers de la paroisse que le raisin a été cueilly dans la vigne de celuy qui l’expose en vente. » Les magnifiques treilles établies dans les jardins de l’hôtel Saint-Paul firent donner le nom de Beautreillis à la rue ouverte sur leur emplacement.

Merlu.

Merlu, merlu 1 , merlu !

Eu karesme bonne viande.

Ça qui en veulf, qui en demande?

Que quelcun me porte bon heur.

pour l’esté et nouveau temps.

AmesbeauXcerneaux, à mes beaux cerneaux !

Tout cecy pour deux tournois.

Je crie à si haute voix

Que j’en suis quasi tout en eau.

Cerise.

Cerise douce, prunes.de Damas 5 !

Guigne douce en la saison.

On n’en peut faire garnison,

Parquoy je n’en fay point d’amas.

Salade.

A ma belle salade d’esté !

Je ne la vens qu’après disner.

Pour quelcun qui veut ressiner 3 Cela le faict mettre en gayeté.

1 Ou merluche. Sorte de morue.

2 Alors la plus estimée de toutes, avec la Royale et le Perdrigon. Il y avait dans les jardins de l’hôtel Saint-Paul une célèbre allée de cerisiers, sur l’emplacement de laquelle, après que l’hôtel eut été aliéné, fut ouverte la rue de la Ce-

Souper.

Rave douce, rave, rave !

Je les prens dedans la Cour neufvc 1 .

Je les bailleray à l’espreuve, Regardez les quelle sont brave.

Febves et pois.

Les pois vers*, febves de maraiz!

Tlz se vendent bien au Lendit 3 ,

A y vendre j'ay bon crédit,

Aller m’y faut sans plus tarder.

Fourmage de Brie.

Fourmage à la livre 4 !

Fourmage de Brie 5 !

Tant plus haut je crie,

Et moins j’en delivre.

190 la VIE PRIVÉE D'AUTREFOIS.

Les herbes.

A mabelle poiréc à mes beaux espinars*!

À ma belle lectues 8 , à ma belle ozeille 1 2 3 4 !

Du persil 5 6 , cerfeuil 0 à merveille,

De ce que j'ay n’espargnez pas.

Petis aulx.

Pigeons de maraîz Donne apetis A grans et petis,

Avec beurre fraiz 7 8 .

Angelotz de Brie.

Angelotz 8 de Brie,

De grandz et petis !

1 Voy. ci-dessus la note 6, p. 137.

2 A cette époque, les Pâtissiers vendaient des pâtés ou boulettes d’épinards, dont les écoliers étaient très-friands.

3 Ou en cultivait déjà quatre sortes : la petite, la commune, la frisée et la romaine. Cette dernière avait été introduite dans le nord de la France par Bureau de la Rivière, le célèbre favori de Charles V. Voy. le Ménaqier de Paris, t. H, p. *6.

4 On en connaissait déjà quatre sortes : la rouge, la ronde, l’oseille dite d’Angleterre et celle de Tours.

5 Le plus estimé était le persil dit de Macédoine.

6 On ne le mangeait guère qu’en salade.

Pendant le seizième siècle, c’était une coutume universelle de manger au mois de mai de l’ail avec du beurre frais. Ce mets ou plutôt ce remède était regardé comme affermissant la santé pour toute l’année. — Je n’ai pu découvrir d’où vient ce nom de pigeons de marais donné aux aulx.

8 Fromage très-estimé, mais qui ne pouvait se conserver. Les angelots du pays de Bray étaient fort renommés; ceux

Bibliothèque

D’acheter vous prie,

Ilz sont d’apetis.

Vinaigriers.

Vinaigre vinas, cendre gravellée *, Moutardas 2 , lalye* !

Que chacun de nous s’allie 4 ,

Pour aller boire à la gallée 5 .

Cliaslaigne.

Chastaigne à rostir, chastaigne 6 !

Ilz sont bonnes aux pastez aussi,

Et font la personne engressir,

Croissant aux boys près les montaigne.

de Pont-l’Évèque ne l’étaient pas moins. Leur nom a été l’objet de savants commentaires. Suivant les uns, ils avaient la forme d’une monnaie anglaise, dite angelot ; suivant d’autres, il faudrait lire augelots, nom dérivé de la vallée d’Auge. Il est bien probable que ces étymologies sont toutes deux inexactes.

1 Cendre faite de lie de vin calcinée, et dont on se servait surtout pour les lessives.

2 Au seizième siècle, la plus recherchée était celle de Di-

J 3 De vin.

4 Se rassemble?

5 Pour aller boire à la santé de la compagnie? Voy. le Dictionnaire de Trévoux, au mot Gallée .— Le verbe galler se prenait dans le sens de se réjouir, s’amuser. —Variante : A la galilée.

6 Nous avons vu (p. 142) qu’au treizième siècle, on estimait surtout les châtaignes de Lombardie ; au seizième, on donnait la préférence à celles de Lyon. .

Pomme.

Pomme de capendu*, capendu !

C’est la pomme la plus royalle.

Je vous la vens bonne et loyalle,

A qui vendray-je le résidu?

Des oeufs.

J’ay des oeufz fraiz 2 , des oeufs fraiz !

La marchandise tousjotirs duict.

IIz ne sont chers pour le jourd’huy.

C’est marchandise de gros fraiz.

Mure.

Mure 3 4 , douce mure !

Ça qui en veut, qui veut taster?

Qui en voudra se faut haster,

Je ne veux point que l’on murmure*.

Poire.

Poire de Dagobert 5 !

1 Ou court-pendu. Au seizième siècle, on aimait fort son odeur, et les femmes enfermaient de ces pommes dans les armoires pour parfumer leurs robes.—Charles V fit planter en une seule fois,dans ses jardins des Tournelles et de Saint- Paul, 115 pommiers, 100 poiriers, 150 pruniers et 1,125 cc-

2 On connaissait déjà environ vingt manières de les accommoder.

3 u Ce fruit n’est d’aucun usage dans lesalimens. On l’abandonne aux oiseaux; les enfans des gens de la campagne ne laissent pas que de courir les buissons pour manger de ces mûres par gourmandise. «

4 Variante : Que l'on m'amuse.

5 Peut-être est-ce l 'angouberl que l’on veut désigner ici.

LES GRIS DE PARIS. 105

Or ça qui en demande?

Ilaster me faut de vendre,

Je suis minse de haubert Amande.

Assez mal vit qui n’amende.

Bonnes femmes où estes-vous?

Amendez-vous, amendez-vous,

Amande douce, amande 2 !

Grès à escurer.

Qui veut de bon grès, de bon grès?

En voicy de bon delyer 3 .

Porter le faut au chandelier,

Ce sont ceux qui vendent le grès 4 .

Le chandelier.

Du chandelier la guise est telle :

11 va marchant sans dire mot,

Mais sa balance quant au lot Tout présentement on l’appelle 5 .

1 Variante :

Je suis mesme de haubert.

Ce qui ne rend pas la phrase plus claire.

2 « Les amandes que l’on débite à Paris nous viennent de Provence ; les meilleures sont celles que l’on tire du comtat Venaissin, près d’Avignon. »

3 Variante : En voici du bon et délié.

4 Les Chandeliers vendaient, en effet, une foule de petits objets de ménage, amidon, empois, clous, épingles,

5 Je ne puis expliquer ces deux derniers vers, dont le texte a sans doute été altéré. —Une réimpression de 1724 porte :

Mais la balance r/uand on l'oit.

Cresme.

Cesle crie fromage de cresme *,

Pour manger avec des fraizetle,

Et d’antre fromage en karesme

Qui se faict de chardonnerette 2

Poireaux.

A mes beaux poireaux Qui cuysent en eaux !

C’est un bon polage Avec du laictage.

A mes beaux choux blancz 3 !

Bons sont en vendange.

Que chacun en mange.

La pomme à ung blanc 4 !

Poire.

De dame janne 5 , poire à deux teste !

1 Les cœurs de Gournay et du pays de Bray, *"

2 Le fromage de carême dit à la chardonnette était caillé avec des œufs de brocliet.

3 « Choulx blans et choulx cabus est tout un », dit l’auteur du Menât]ter de Paris, t. II, p. 48.

Jusqu’à la fin du dix-septième siècle, on attribua au chou de merveilleuses propriétés. Il passait pour donner du lait aux nourrices, pour arrêter la chute des cheveux, pour guérir la migraine, les ophthalmies, l’asthme, la pierre, la rage, la jaunisse, la goutte, la paralysie, etc., etc. Voy. L. Guton, Diverses leçons (1625), t. II, p. 65.

4 Variante : En beuvanl du vin blanc.

5 Variante : Des damas, jeunes poires à deux têtes.

Avec des poires de certeau 1 !

Le fruit est assez bon et beau.

Prenez en tous à ma requeste.

Selle à cuvier.

Soit pour dame ou pour ancelle 2 ,

Depuis le moys de janvier Je vous ay faict de bonne selle 3 .

Pour mettre dessouz le cuvier.

Lardouere, faucetz.

Parler fort d’autruy je me garde 4 ,

Mais qui me picque, je le larde.

J’ay lardouere 5 et des faussetz Achetez, regardez que c’est.

Du pain.

Demye douzaine de pain clialant 7 !

D’un moys n’en eustes, non pas de l’an D’aussi bon et de belle sorte.

Regardez, à vous m’en rapporte.

Ou certau.

Servante.

Petit seau, baquet.

Variante :

Par les faits d’autrui je m’aide.

Voy. ci-dessus la note 2, p. 2i.

Pain très-blanc, fait de pâte broyée. Engenéral, nait ce nom aux pains et aux gâteaux venant des en de Paris, celui de Gonesse excepté.

Fuzeaux.

Fuzeaux delioux, fuzeaux de houx!

Où estes vous, dame ou fille 1 ?

J’en ay vendu puis le mois d’aoust Plus d’un cent dedans ceste ville.

Cendre.

Cendre à lavandière 3 , cendre à lavandière ! Hz sont à six blancs le boisseau A la grande rue de Sainct Marceau,

Tout auprès de la Barbodière.

Estuves.

C’est à l’image saincte Jame Où se vont baigner ces femmes.

Et baignez et estuvez, allez.

Bien servies vous y serez De varleiz, de chambrière,

De la dame, bonne chère.

Allez tost les baings sont prestz.

Images.

A mes belles images,

Images pour du pain !

Achetez les aujourd’hui,

Je m’en vois demain.

Pain d’espice.

Pain d’espice 1 pour le cueur !

1 Variante : Où êtes-vous, dames, pour filer?

2 Cendre pour la lessive.

3 Les Paind’épiciers étaient constitués en coi

u-poration. Le

Dans Senlis je le vois quérir,

Qui d’avoir en aura désir

Je luy en donneray de bon cueur.

Voirre cassez.

Yoirre cassez*, voirre cassez !

Chambrières regardez y.

Si en trouvez beaucoup d’amassez,

Vous me ferez un grand plaisir.

Beurre fraiz.

Beurre fraiz 1 , beurre fraiz !

Il est bon pour la morue.

Pour afin de sauver mes fraiz J’en vendis liyer en cesle rue.

Pourpié.

A mon beau pourpié !

Ne trouverayje point quelque sire Pour en acheter pour confire 2 3 ?

Tout en est beau jusques aux piedz.

Concombre.

Aller me faut souz Petit pont

nombre des maîtres, qui avait été de 50 à 60, était réduit à 12 ou 15 au commencement du dix-huitième siècle.

2 Le beurre le plus estimé était alors celui de Vanves. Au siècle suivant, c’était celui que vendaient les religieuses de l’Enfant-Jésus établies dans la rue Notre-Dame des Champs. Voy. ci-dessus, p. 75.

3 On confisait les côtes du pourpier avec du sel et du vinaigre, de manière à en faire une salade d’hiver.

En allant criant mes concombres.

Pour vendre cecy et des pompons 1 Qnelcun me porte bon encombre 2 .

Les babiolles 3 .

Livres nouveaux,

Chansons, balades et rondeaux,

Le passetemps Micbaut 4 ,

La farce du mau marié 5 ,

La patience 0 des femmes Obstinées contre leurs maris 7 !

Les Musniers.

Entre nous, Musniers 8 , nous sommes faschez Qu’on crie après nous que avons dansé.

Pour conclusion C’est bien la raison.

Deussions nous en crever Puis qu’avons mangé Ainsi le cochon.

J’ignore ce que peuvent être ces pompons.

Aller me faut sur te petit pont.

En allant crier des concombres ;

Pour vendre ici et des pommes,

Quelqu'un me porte bonne rencontre.

Bagatelles.

Voy. ci-dessus la note 1, page 79.

Voy. ci-dessus la note 2, page79.

Voy. ci-dessus la note 3, page 79.

D'après Jost Amman Seizième siècle.

Des brides.

Des brides à veaux 1 Pour frians museaux !

Ça qui en demande,

Il faut que je vende.

A monsieur le Prévost de Paris ou son Lieutenant criminel.

Supplyeliumblement Anthoine Truquel, painclre, demourant à Paris, comme ainsi soyt qu’il ayt recouvert et faict depuys demy an en ça ung petit livre appelé les Cris de Paris par dictons et joyeulx motz.

Lequel livre il vouldroit voluntiers faire imprimer s’il vous plaisoit luy en donner vostre permission. Requérant icelle. Ce considéré, monsieur, il vous plait permettre à icellui suplyant de pouvoir faire imprimer ledit livre, et deffence estre faicte à tous aultres libraires, imprimeurs, de non imprimer ledit livre, à aultreque icelui qui aura fait l’impression, jusquesau terme qu’il vous plaira ordonner, et vous ferez bien.

Il est permis audit suppliant de faire imprimer ledit livre, et deffence à tous aultres libraires de ne le faire imprimer d’ung an, sur peine de confiscation des livres et d’amande arbitraire.

Faicte ce XVI avril mil c'mq cens et quarante cinq, après Quasimoclo.

J. Segijier .

1 On nommait bridaveaux une pâtisserie légère du genre des gaufres. — Les brides à veaux étaient des naïvetés, des moqueries à l’usage des sots; elles représentaient assez bien les âneries mises aujourd’hui sur le compte de Calino.

Les cris qui ont esté adjoustez de nouveau outre les cent et sept.

Non encore imprimez jusques à présent.

Il y en a vingt et un d’adjoustez comme s'ensuyl .

[Année 1545J

Les varletz de Gentilly.

À Gentilly Sainct Saturnin 1 11 sera mercredy la feste.

Venez, il y a de bon vin Pour vous mettre la corne en ti

La brioche.

Quatre pains pour un tournois.

Je gaigne peu de monnoys,

Et si vay tousjours parlant.

Beurre de Vanve.

Beurre de Vanve. 1 ! c’est du meilleur Qui onc entra dedans Paris.

Achetez le, dame d’honneur,

Et le salez 2 pour voz maris.

Groseille.

À mes belles groseilles M Ça tost, mes demoiselles,

Achetez, que je vende,

C’est pour femme friande.

Choux gelez.

Choux gelez, les bons choux gelez 4 !

Ilz sont plus tendres que rosées.

Ilz ont cru parmy les poirées,

Et n’ont jamais été greslez 5 .

Pesches.

Pesclies de Corbeil °, les pesehe !

2 Variante : Et le laisses.

3 Les plus recherchées étaient la Hollande rouge et la Hollande blanche.

4 C’est le chou commun, celui de tous qui craint le moins le froid. 11 passait même pour plus tendre après les gelées. « Les meilleurs choulx sont ceulx qui ont esté férus de la gelée. » (JHénag ier.de Paris, t. II, p. 142.)

5 Variante : Graissez.

6 Suivant La Framboisière, médecin de Louis XIII, « la

Qui en prend une, l’on pesclie; Encore pesclie il mieux.

Celuy qui en pesclie deux.

Prunes de Damas.

Prunes, prunes de Damas 1 !

On en faict les bons pruneaux.

Mais qu’on revienne aux nouveaux J'en feray grand amas 8 .

Fraize.

Fraize, fraize, douce fraize 3 !

Approchez, petite bouche,

Gardez bien qu’on ne les froisse,

Et gardez qu’on ne vous touche.

Raisins.

Raisins, raisins doux !

On les mange avec du pain.

Je mourrois plustost de faim Que j’y sceusse prendre goust.

meilleure pesclie est celle de Corbeil, qui a la chair sèche et solide, tenant aucunement au noyau. » L’invention des espaliers, au siècle suivant, détrôna la pêche de Corbeil.

1 La prune est originaire de Syrie.

8 Variante :

Mais quand reviendront les nouveaux ,

J'en ferai plus grand amas.

3 Vers 1364, Charles V fit planter 12,000 fraisiers dans le jardin du Louvre. Voy. Le Roux de Lincy, Compte des dépenses de Charles V, p. 12.

lRIS.

Escargolz.

Escargolz, les escargolz !

C’est une grand viande au beurre 1 Avec un feu de fagotz.

C’est pour gens qui fort labeurre s .

Cousteaux et cizeaux.

Les cousteaux de Flandres,

De Moulins cizeaux 3 !

Voilà de nouveaux,

Si en voulez prendre.

Haren blanc.

Haren blanc, haren blanc I 11 n’est pas pourry dedans,

11 n’est pas trop dessalé,

Mais il est un peu haslé.

Chandeliers et martinetz.

Les chandeliers, les martinetz 4 !

Ils servent bien pour la boutique.

A ceux qui sont de la practique,

Il les faut tousjours tenir netz.

* On les mangeait frits ou bouillis, et on les servait parfois enfilés dans une petite broche d’argent, comme les rognons. 9 Qui ont un travail pénible. — Variante : Qui font le

8 La coutellerie de Moulins était encore célèbre au dixhuitième siècle.

4 Petit chandelier plat muni d’un manche.

Fourmage d’Auvergne.

Fourmage d’Auvergne !

Griffons de montagne 1 Sont ceux qui les font Et l’argent en ont.

Sacz de toille.

Ce sont des sacz pour plaideurs 2 , Pour demandeurs et defendeurs !

Tenez, pour mettre yoz procès,

Il vaut deux solz sans point d’excès.

Au Palais.

Qui aura trouvé un sac Depuis vendredy en ça,'

Le rapporte au Chastellet, "

Aura le vin du varie! 3 .

OEilletz.

A mon pot d’oeilletz !

Il est plantureux,

Pour faire bouquetz Pour les amoureux.

Coulevrée.

A ma coulevrée tant belle !

Pour faire un jardinet,

1 Oiseaux de proie.

8 Ce sont ces sacs à procès qui ont verbe : Votre affaire est dans le sac.

3 Un pourboire, une récompense.

donné lieu au pro-

Pour monslrer le cabinet A la jeune damoyselle *.

P ignés.

Pignesde bouy a , la mort aux poux!

C’est la santé de la teste,

Et aux enfans faire feste,

Et guarirles cliatz de la toux.

Voulez ouïr

les Cris de Paris

Par Clément Jannequin.

[Année 1550.]

Clément Jannequin fut un des plus célèbres compositeurs du seizième siècle. Il est connu surtout par sa Défaite des Suisses à Marignan, où il réussit à imiter le cliquetis des armes, le bruit du canon, tout le tumulte d’une grande bataille. Comme devaient le faire, trois cents

1 La couleuvrée ou bryoneest, en effet, un purgatif assez énergique. Variante :

Pour mettre au cabinet A la jeune damoiselte.

Voy. ci-dessus la note 3, page 170.

210 LA VIE PlîlVÉE D’AU T [SEFOl S.

ans plus tard, l’Allemand Mainzer 1 et M. Georges Kastner 2 , il entreprit de traduire en musique les cris des petits marchands qui parcouraient les rues de Paris,

Je n’ai rien à dire de la musique, quatuor qui serait sans doute peu goûté aujourd’hui. Il est probable que Jannequin est aussi l’auteur des paroles, et il s’en montrait fier, il avait tort. Mais Jannequin était musicien, non poëte, et il est clair que, d’un bout à l’autre de la pièce, la poésie est volontairement sacrifiée à la musique. J'ai fait ici le contraire. Je donne en entier le texte des quatre premières strophes, et j’élague ensuite toutes les redondances rimées qui allongent le morceau sans aucun profit pour l’étude des cris de Paris.

Ce petit poème n’a jamais été réimprimé depuis le seizième siècle, et il est d’une extrême rareté. J’ai fini par en trouver une copie moderne au Conservatoire de musique, après de longues recherches, au cours desquelles j’ai

1 Dans les Français peints par eux-mêmes.

2 Les Foi* de Paris. Essai d’une histoire littéraire et musicale des cris populaires de la capitale. Précédé de considérations sur l'origine et le caractère du cr,i en général, et suivi de les Cris de Paris , grande symphonie humoristigue, vocale et instrumentale. Paris, 1857, gr. in-4°.

constaté que celte pièce curieuse n’existe, ni en original ni en copie, dans les bibliothèques suivantes :

Nationale,

Mazarine,

Arsenal,

Institut,

Université,

Beaux-Arts,

Opéra.

Sainte- Geneviève,

Ville de Paris.

Elle ne figurait pas non plus dans la magnifique bibliothèque musicale qu’avait réunie M. Fétis, et qui a été acquise par le gouvernement belge.

A celte occasion, je rappelle que la Bibliothèque nationale et celle de la Ville possèdent un grand nombre de gravures originales relatives aux cris de Paris. J’en donne ici quelques spécimens, et presque toutes ont été reproduites dans deux ouvrages récemment publiés par la maison Didot, les Rues du vieux Paris, de M. Victor Fournel, et les Institutions et costumes de la France, de M. Paul Lacroix.

Laissons maintenant la parole à Jannequin.

[Le soprano commence :]

Petits pâtés chauds, très-cliauds,

A qui l’aura, je les vends !

Je les donne pour l’argent Allègrement.

[ L'alto suit, disant :]

Où sont-ils ces pefils pâtés?

Yin clairet à dix deniers,

A six deniers le pot,

A l’enseigne du bourreau!

Pour l’argent Je les vends, je les donne.

[Le ténor chante :]

Tartelettes friandes et la belle gaufre,

Et la belle gaufre !

Faut-il point de sauce verde >?

Arde bûche !

[La basse répond :]

Beaux cache-museaux 1 2 * tout chauds,

Bien rissolés !

Je les donne, je les vends.

Hareng frais, hareng saur, hareng de la nuit Souliers vieux, vieux habits !

Cotrez secs, cotrez !

Arde chandelle 4 !

Qui veut du lait?

Pois verts, artichaux !

2 Ou cassemuseaux, sorte de croquet, qui devait doute son nom à sa dureté.

5 Voy. ci-dessus, p. 182.

i Voy. ci-dessus, p. 16.

Cresson, ma belle poirée 1 , mes belles laitues, mes beaux cibots 2 3 4 , mes beaux épinards!

Haut en bas, ramoner la cheminée !

Choux gelez !

Mes beaux poireaux, mon beau persil !

Ma belle oseille!

Guignes douces, guignes !

Faut-il point de sablon?

Gagne-petit, argent me duitM Faut-il point d’agrez*?

Allumettes sèches!

Choux, petits choux 5 6 tout chauds t Verres jolis!

Houseaux 0 vieux !

Pruneaux de Saint-Julien !

2 Ce mot ne se trouve dans aucun des dictionnaires suivants :

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