JOURNAL DU TZARÉVITCH ALEXIS
Répands ta grûce, Seigneur, sur l'année qui com-
mence.
Lorsque je fus en Poméranie, pour l'approvisionnement, selon la volonté de l'auteur de mes jours (Note de mademoiselle Arnheim : le Izarévllch désigne toujours ainsi son père), j'appris qu'à Moscou, dans la cathédrale d'Ouspensky, le métropolite de
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Riazan Stépane, parlant de l'ukase relatif aux délateurs laïques ou cléricaux, et autres lois contraires à l'église, criait au peuple :
(( Ne vous étonnez point de ce que notre Russie troublée s'agite encore dans une tempête de sang. Oh ! que les lois humaines sont loin des lois chrétiennes! »
Messieurs les sénateurs vinrent trouver le métropolite et l'accusèrent de semer la révolte dans le peuple et de porter atteinte à l'honneur du tzar. On fit aussi un rapport au tzar sur cette affaire.
Je dis au métropolite de se réconcilier avec mon pcrc, comme il le pouvait : quel avantage y a-t-il à cette discorde? Je souhaitais beaucoup une réconciliation; car, si Stépane est dépossédé, on ne retrouvera pas pour le remplacer un autre qui le vaille.
Avant ce sermon, nous étions en correspondance, peu fréquente, il est vrai, et sur des sujets graves. Mais, depuis, je ne lui écris plus et je ne vais plus le voir et ne l'invite plus, parce qu'il est détesté par l'auteur de qies jours : ce serait un danger que de lui écrire. On dit qu'il perdra son poste.
Stépane terminait son sermon par une prière, en faveur de moi pécheur, à Alexis, homme de Dieu :
« Saint agréable à Dieu ! n'oublie pas ton homonyme, singulier zélateur des lois de Dieu et ton serviteur fidèle. Tu as abandonné ta maison : lui non plus n'a pas de demeure; tu étais dépourvu d'esclaves et de sujets, d'amis et de parents : lui aussi ; tu es l'homme de Dieu : il est un vrai esclave du Christ. Nous t'en prions, saint de Dieu, couvre ton homonyme
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de tes ailes, comme uq oisillon aimé ; préserve-le de tout mal, comme la prunelle de tes yeux! »
Lorsque je fus en terres étrangères, selon la volonté de l'auteur de mes jours, afin d'apprendre la navigation, la fortification, la géométrie et autres sciences, j*avais une très grande crainte de mourir sans confession. J'en écrivis à Moscou, au père Jakov, mon confesseur.
« Nous n'avons pas de prêtre auprès de nous et ne savons où en trouver un. Je prie Votre Sainteté de me trouver un pope à Moscou qui veuille bien me rejoindre secrètement, après s'être départi des attributs du prêtre : c'est-à-dire qu'il se rase les moustaches et la barbe, laisse pousser les cheveux sur sa tonsure, ou se rase toute la tête et metle une perruque. Il se ferait passer pour mon ordonnance. Je te supplie. Père I Sois miséricordieux envers mon âme, ne me laisse pas périr sans confession. Jl'ai besoin de ce prêtre en cas de mort, et aussi pour me confesser secrètement si je suis en bonne santé. Je voudrais que cet homme fût sans avoir, sans famille et jeune, qu'il quittât Moscou comme s'il disparaissait. Il ne faut pas qu'il ait de scrupules à se raser la barbe : lorsque la nécessité s'impose, on peut enfreindre la loi. Il est même préférable de l'enfreindre en de petites choses plutôt que de laisser périr une âme.
Fais cela sans paresse; et, si tu ne désires pas le faire, tu rendras compte à Dieu de notre âme. »
Lorsque j'arrivai de l'étranger à Pétersbourg, chez l'auteur de mes jours, il m'accueillit gracieusement et me demanda si je n'avais point oublié ce que j'avais appris. Je répondis que non, et il m'ordonna de lui apporter des plans tracés par moi. Mais je craignis qu'il ne me fît dessiner en sa présence et, ne sachant pas dessiner, je projetai de me blesser la main droite de manière à ne pas pouvoir m'en servir. Je chargeai un pistolet, le tins dans la main gauche et tirai contre la paume droite pour la transpercer. La balle glissa, mais j'eus une forte brûlure de poudre. La balle s'enfonça dans le mur de ma chambre où elle est encore visible. L'auteur de mes jours s'aperçut que ma main était brûlée et m'en demanda la raison. Je lui dissimulai la vérité.
Article 63 du code militaire, chapitre vu : « Quiconque se rend malade, se casse ou s'endommage les membres et les met hors d'état de servir doit avoir les narines arrachées et être envoyé aux travaux forcés. »
Code d'Alexis Mikhaïlovilch, article G. chap. xxii : « Si un fils porte plainte contre son père, il con-
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vient de ne donner aucune suite à sa plainte, mais de le punir avec le knout et de le rendre à son père. »
Gela n'est pas très juste. Les enfants doivent être soumis à leurs parents, mais non comme des bêtes stupides. Avoir des enfants ne rend pas les parents vertueux.
J'ai appris que l'auteur de mes jours n'aimait pas que l'on construisît des maisons à Moscou ; en efifet, il désire demeurer à Pétersbourg.
Nous ne pouvons seuls transformer les coutumes de tout un peuple.
Le pays qui défait ses coutumes ne vivra pas longtemps.
Les Russes dédaignent l'eau de leurs citernes et s'abreuvent avidement aux troubles eaux étrangères.
Job, l'archiprêtre de Novgorod, m'a dit :
« Le malheur t'attend à Pétersbourg; mais Dieu
te délivrera, je l'espère. Tu verras ce qui se passera
par là. »
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Dieu a permis que les étrangers nous commandassent à leur guise;
Nous sommes atteints de xénophilie. C'est une maladie mortelle ; l'amour forcené des choses et des peuples étrangers a infecté tout notre peuple. Le prophète Baruch a raison : « Souffre qu'un étranger s'installe chez toi, et tu es ruiné. »
Les Allemands ont ce dicton : « Que celui qui désire être nourri à ne rien faire aille en Russie. » Ils nous appellent des barbares et nous comptent plutôt pour des animaux que pour des êtres humains. Ils nous méprisent comme des chiens crevés.
Il y a certaines de leurs entreprises qu'il serait bon d'enrayer. Nous pourrions faire aussi bien tout seuls. Ils nous abêtissent, et nous nous humilions nousmêmes: nous nous rendons ridicules.
La pureté slave est couverte de cendres par les peuples étrangers. Je ne comprends pas quel besoin nous avons d'employer des mots étrangers ! Serait-ce vantardise? L'honneur n'est pas si grand. Parfois on parle de telle façon que ni Soi-même ni les autres n'y entendent rien.
Les Allemands nous ont dépassés de beaucoup en sciences ; mais, par l'acuité de l'esprit, nous ne leur sommes point inférieurs et ils ont tort de faire fi de nous. Je sens que Dieu ne nous a pas créés inférieurs à eux.
Je doute que tout le bonheur de l'homme réside dans les sciences. Dans l'ancien temps, on étudiait beaucoup moins ; mais la prospérité était plus grande que de nos jours, en dépit de toutes ces sciences. Avec beaucoup de culture, on peut quand même être un grand scélérat. La science, dans un cœur perverti, est une arme redoutable pour le mal.
Nous autres. Russes, n'avons pas besoin de nourriture : nous nous entre-dévorons et cela nous suffit.
Les boyards sont des arbres pourris. La foule des boyards masque au tzar le peuple.
Mon père est extrêmement intelligent : cependant, Menchikov le berne toujours.
Ceux qui dirigent sont tous, sans exception, cupides. Les anciennes lois sont tombées en désuétude ; les nouvelles sont négligées. Combien on en décrète ! et quel en est le résultat? En cela, rien de changé. Pour l'avenir non plus je ne prévois rien de bon.
Sur les devoirs d'un tzar.
Ne pas se laisser aveugler par son esprit brillant, mais songer à la terre et au peuple ; aimer en Christ les déshérités, les soigner, connaître leurs besoins.
Les grands et les puissants seront jugés sévèrement. Les petits seront pardonnes ; les forts expieront fortement.
Il faut bien nous souvenir de cela, si Dieu veut que nous soyons tzar.
Le jour du martyr Eustache. on s'est réuni en grand nombre pour les réjouissances et l'on a bu beaucoup. Des visages furent endommagés. Gibanda eut l'œil poché, Zakhlioustka perdit une dent. Je ne me souviens de rien. C'est à peine si je pus m'en aller. J'avais abusé des dons de Bacchus.
A Rogedestvène, je restai seul. Les journées coi lèrent comme de l'eau. Il n'y avait rien que la pai
cou-
Le temps passe et nous conduit à la mort ; la fm de nos jours approche sans cesse.
Reconnaissant la chétivité de mon e^^istence, Je n'ai ni désirs ni craintes ; j'attends la mort.
Un peu gris.
Mon épouse est enceinte.
Eremka, Eremka, dieu païen I Depuis mon adolescence les passions m'assaillent. Je blâme la mauvaise vie des autres et je suis pire que tous.
Afrossinia. Je connais mou iniquité et je ne rachète point mon péché. Ta main lourde est sur moi, Seigneur ! Quand comparaîtrai-je devant le visage de Dieu? Mes larmes sont ma nourriture, jour et nuit. Mon âme désire pénétrer dans le? palais du Seigneur.
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Mon père m'étonne. Pourquoi aime-t-il Fédoska? Est-ce parce que celui-ci introduit dans le peuple les coutumes luthériennes et qu'il autorise tout? C'est un véritable athée, ennemi de la croix du Seigneur.
J'ai rarement vu un malin si subtil ! Il est habile et ne fait pas le mal ouvertement. Mais il faut être sur ses gardes avec lui et ne le contrecarrer qu'hypocritement, lorsqu'on est obligé d'être sous ses ordres.
Fédoska l'hérétique et ses semblables commencent ouvertement à démolir l'Eglise ; ils abolissent les carêmes; les pénitences, la mortification de la chair deviennent quelque chose de légendaire ; le célibat et la pauvreté volontaire sont regardés comme ridicules; les sentiers pénibles et étroits du christianisme pur sont transformés en des routes planes et larges. Ils enseignent hardiment la vie débauchée et relâchée, ne trouvent de péché à rien ; tout est saint à leurs yeux, et leurs discours impies poujjscnt les hommes à une telle effronterie que beaucoup professent des opinions épicuriennes : mange, bois, jouis, il n'y a pas de comptes à rendre après la mort.
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Les saintes icônes sont appelées idoles; le chant d'église, un beuglement. On démolit les chapelles, et celles dont les murs restent debout servent d'asile aux marchands de tabac ou aux barbiers. Les icônes miraculeuses sont emportées sur des télègues puantes, couvertes de nattes sales ; on les insulte hautement devant le peuple. On s'attaque à toute la foi orthodoxe sous prétexte d'en extirper la superstition nuisible à la chrétienté. Oh I combien de clercs ont été détruits, défroqués, martyrisés ! Si tu demandes pourquoi, on te répondra : « C'était un homme superstitieux, un bigot, un scélérat et qui débitait de vains propos. » Qui observe les jeûnes est un bigot; qui prie, un vain parleur; qui honore les icônes, un hypocrite.
Tout cela est fait par ruse, dans le dessein de détruire en Russie le clergé russe et d'introduire la religion luthérienne ou calviniste des « sans-prêtres » ,
Insensé, qui ne découvre pas en eux l'esprit d'athéisme I
La sonnerie des cloches est changée. On sonne vilainement, comme un tocsin ; et en tout il y a des changements. Les icônes ne sont phis en planches, mais en toile et copiées de personnes allemandes. Vois l'icône du Christ Emmanuel. Il est en tout pareil à un Allemand, gros et obèse, fait d'après une idée terrestre. On aime les corps gras, on méprise ce qui
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est élevé. Et les temples ne sont plus bâtis comme par le passé ; on les fait pointus à l'imitation des églises allemandes ; et la sonnerie des cloches imite les orgues luthériennes. -
Oh I pauvre, pauvre Russie I Pourquoi souhaitestu des coutumes et des actes allemands ?
On ne veut plus de moines. On prépare un ukase qui défendra désormais de contracter des vœux ; on enverra, aux places laissées libres dans les cloîtres, des soldats en retraite.
Et cependant il est dit dans Tévangilc : Je ne chasserai point celai qui vient à moi.
Mais les Ecritures ne comptent plus.
Il y a maintenant un code de foi, comme il y a un code militaire.
Mais que sera la prière qu'on fera par ordre, sous peine d'amende?
(( Les pauvres seront conduits au poste, battus sans merci et envoyés aux travaux forcés, afin qu'ils ne mangent pas leur pain gratuitement. »
Tel est l'ukase du tzar, mais l'ukase du Cliribt
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est différent : « J'eus faim et vous ne me donnâtes point à manger ; j'eus soif et vous ne me donnâtes point à boire; j'étais nu et vous ne m'avez point habillé. Amen, amen, vous dis-je : puisque vous ne l'avez point fait à l'un de ces petits, vous ne me l'avez point fait à moi. »
Tout le peuple russe meurt de faim morale.
Le semeur ne sème pas ; la terrç ne fructifie pas ; les prêtres abandonnent leurs ouailles et les hommes s'égarent. Les prêtres des villages ne se distinguent en rien des paysans : le paysan laboure, le prêtre aussi. Et les chrétiens meurent comme du bétail. Les popes ivres prononcent des jurons et des grossièretés à l'autel même. Sur leurs épaules est le vêtement d'or, tandis qu'aux pieds ils ont de sales chaussures d'écorce ; les pains bénits sont faits de farine noire ; les sacrements augustes du Seigneur sont conservés en des vases impurs, pleins de punaises, de grillons, de blattes.
Les moines sont devenus ivrognes et voleurs.
Tout le clergé aurait besoin de réformes ; il n'y a plus trace de véritables prêtres ni de véritables moines.
Tous sont des déchus. ?ïous tremblons dans potre piété, comme les feuilles des arbres au vent. Nous
inclinons à des enseignements bizarres et divers, quelques-uns au catholicisme, d'autres au luthérianisme ; nous boitons des deux pieds, nous sompies des païens baptisés. Nous nous sommes détournés des mamelles de notre mère l'Eglise, et nous cherchons les mamelles égyptiennes, étrangères, hérétiques. Gomme des petits chiens aveugles, nous errons chacun de notre côté, sans savoir où nous allons.
Dans le monastère de Tchoudov, le barbier Fomka, iconoclaste, a tailladé avec une faux l'icône d'Alexis homme de Dieu, disant que lui, Fomka, ne vénère ni les saintes icônes, ni la croix vivifiante, ni les pieuses reliques ; les pieuses reliques et la croix vivifiante sont l'ouvrage des hommes et ne lui font aucun bien à lui, Fomka ; il renie aussi les dogmes et les traditions de l'Église, et ne croit point à l'Eucharistie : la chair et le sang du Christ ne seraient que du pain bénit et du vin d'l:]glise.
Stépane, le métropolite de Uiazan, a prononcé l'anathème contre Fomka et l'a fait brûler vif sur la Place rouge.
Alors, messieurs les sénateurs appelèrent a Pétersbourg le métropolite, afin de lui demander des comptes, et ils encouragèrent les hérétiques : le maître de Fomka, le médecin iconoclaste Mitka Tvéritinov, fut estimé innocent, tandis que le saint évoque fut chassé
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de la salle de justice avec opprobre ; il s'en allaitpleurant et disant :
« Seigneur Dieu, notre Sauveur ! Tu as dit : Si l'on vous chasse, on me chasse. Voici qu'on me chasse, mais ce n'est pas moi, c'est toi-même qu'on chasse. Tu vois, Omnivoyant, que leur jugement est inique ; juge-les toi-même ! »
Lorsque l'évêque sortit du Sénat sur la place, tout le peuple se serra autour de lui et pleura.
Et l'auteur de mes jours est de plus en plus courroucé contre Stépane.
L'Église est plus que le pouvoir du tzar. Mais aujourd'hui le tzar domine l'Eglise.
Les anciens tzars saluaient jusqu'à terre les patriarches. Aujourd'hui, celui qui remplace le patriarche signe ainsi ses lettres au tzar : a De Votre Majesté l'esclave et le marchepied, l'humble Stépane, petit pasteur de Riazan ».
La tête de l'Église est le marche-pied de l'Empereur.
Dmitry, métropolite de Rostov, était un très saint homme ; lorsque l'auteur de mes jours lui fit boire du vin de Hongrie et commença de le questionner sur la politique cléricale, le saint vieillard ne
répondit point : il se signa sans cesse et signa aussi le tzar, en silence. Ainsi il conjura, avec la croix, le danger,
On ne nage pas contre le courant, disent les Pères; on ne casse pas un poteau avec un fouet.
Mais les saints martyrs n'ont-ils pas répandu leur sang pour l'Eglise?
Les archevêques sont les commensaux du tzar on est de l'avis de celui dont on mange le pain,
Les anciens pontifes étaient les protecteurs de toute la terre russe ; ceux d'aujourd'hui n'intercèdent point auprès du tzar. Ils l'adulent et l'aWlissent.
Si le peuple pèche, le tzar répare la faute ; si le tzar pèche, le peuple n'y peut rien. Dieu châtie toute la terre pour la faute du tzar.
Naguère, à un banquet, le « petit pasteur de Riazan » dit à lauleur de mes jours :
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— Vous autres tzars êtes des dieux sur terre, semblables au Tzar céleste.
Et le priQce-pape, bouffon ivre, se moqua du pontife :
— Bien que je sois un patriarche pour rire, je ne dirais pas au tzar une semblable parole ! Dieu est plus grand que le tzar.
Et le tzar loua le bouffon.
Au même banquet, lorsque les évêques se mirent à parler du veuvage de l'église et du besoin d'avoir un patriarche, l'auteur de mes jours, en grand courroux, tira sa dague, de sorte que tous tremblèrent, croyant qu'il allait tuer ; mais il frappa la table du plat de la lame et cria :
— Je suis votre patriarche ; les deux ne font qu'un, le patriarche et le tzar !
Fédoska conseille à l'auteur de mes jours de prendre Ip titre d'Empereur, à l'exemple des anciens Césars romains.
A Moscou, sur la Place Rouge, le clergé a élevé, en 1703, lors d'une entrée triomphale, une sorte de
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temple romaia avec un autel en l'honneur de l'Apollon russe et de Mars, c'est-à-dire en l'honneur de l'auteur de mes jours. Et, sur ce temple païen, il est écrit :
Basis et fandamenlam reipuhllcae, religio.
Quelle religion ? de quel Dieu ou de quels dieux ?
Lors de cette même entrée triomphale, fut représentée « l'Apothéose politique de l'Hercule russe », c'est-à-dire de l'auteur de mes jours, qui terrasse hommes et bêtes .
Après ces exploits, l'Hercule s'éleva au ciel dans le char du dieu Zeus, traîné par des aigles sur la voie lactée : Viamqnc affectât Olympo. Il désire un chemin vers l'Olympe.
Dans une brochure du moine Joseph, préfet de l'Académie, il est dit de cette Apothéose : « Il importe de savoir que ce n'est pas un temple ou une église, en l'honneur de quelque saint, mais une cérémonie politique, civile ».
Nous professons que le Christ est seul tzar des tzars et seigneur des seigneurs, et qu'il n'y a pas d'homme qui soit seigneur de toute la terre.
Pierre merveilleuse tombée d'une montagne mereilleusc, Jésus Christ frappa et détruisit l'empire
romain et réduisit en poussière les pieds d'argile. Nous érigeons à nouveau ce que Dieu détruisit. N'estce point là lutter contre Dieu?
Voir l'histoire romaine. Le césar Galigula dit : Omnia licent; tout est permis à l'empereur.
Or, cela est permis non seulement aux césars romains, mais à tous les filous et vendus, ainsi qu'aux quadrupèdes.
Nabuchodonosor, roi de Babylone, dit: « Je suis Dieu ».
Il ne devint pas Dieu, mais fut transformé en bete.
Sur le Vassili-Ostrov , dans la maison de la tzarine Praskovia Matvéevna, demeure un vieux, Timoféé Arkhipitch, refuge des délaissés, espoir des désespérés, un fou aux yeux du monde, mais non aux siens propres. Il connaît les consciences humaines.
J'allai le voir, une nuit; nous causâmes. Arkhipitch dit que l'Antéchrist est un faux tzar, un vrai maudit : et que ce maudit approche.
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J'ai lu les Signes de l'approche de l'Antéchrist, par le métropolite de Riazan, et je fus effrayé de ce maudit.
On brûla Grégory Talitzky à Moscou, parce qu'il annonçait au peuple l'arrivée de l'Antéchrist. Talitzky était un homme d'une grande intelligence. Vassili Lévine, le capitaine de dragons qui fit avec moi le voyage de Lemberg à Kiev, en 171 1, le pope Lébedka, directeur du prince Menchikov, le clerc Larion Dokoukine et d'autres, ont les mêmes idées sur l'Antéchrist.
Dans les forêts et les déserts, des hommes se font eux-mêmes brûler par crainte de l'Antéchrist.
Un certain raskolnik a jeté à terre l'eucharistie et il l'a piétinée.
Près de Lioubétch, a passé un vol de sauterelles, de midi h minuit. Sur les ailes, il était écrit : Courroux de Dieu.
Les jours sont courts et lugubres. Les vieilles gens
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disent que le soleil ne se lève plus de la même façon que par le passé.
Nous avons bu; l'eau-de-vie fut abondante. Dieu voit que c'est la crainte qui nous fait boire, le désir d'oublier.
La terreur de la mort m'oppresse. La mort est proche, la hache est au pied de l'arbre; la faux de la mort menace ma tête.
Sauvez, Seigneur, la terre russe I Intercédez, mère très pure de Dieu... Amen!