‹ L'antéchristChapitre 18 sur 23 · PIERRE · texte numérisé non relu

PIERRE

Il fut, en même temps, insinué au césar que, s'il ne livrait pas le tzarévitch de plein gré, le tzar se mettrait à la recherche de son fils comme d'un malfaiteur, avec la force armée.

Chaque nouvelle qui lui arrivait de son fils était une insulte au tzar. Sous une hypocrite sympathie, l'Europe manifestait une joie maligne.

« Un certain général-major, arrivé ici de Hanovre, écrivait Vessélovsky, me fit ouvertement, à la Cour, en présence de l'ambassadeur de Mecklembourg, ses doléances au sujet de votre maladie, causée par des chagrins parmi lesquels le plus grand serait la disparition du tzarévitch. 11 a dit en français: « Il s'est » éclipsé I » Je lui demandai d'où venait ce bruit mensonger. Il me répondit que le bruit était vrai et bien fondé, et qu'il le tenait des ministres de Hanovre. Je répondis que c'était une calomnie due à la malveillance de la cour de Hanovre.

» Le césar a une bonne raison pour seconder le tzarévitch, si l'on en croit les racontars des cours étrangères. On maintient que le tzarévitch n'est nullement fautif envers son père, et qu'il fut obHgé de

quitter vos domaines. On prétend, Votre Majesté, qu'aussitôt après la naissance de Pierre Pélrovitch vous avez obligé Alexis Pétrovitch à signer un papier suivant lequel il renonçait à la couronne et se retirerait dans un couvent jusqu'à la fin de ses jours. Lorsque, étant en Poméranie, Votre Majesté s'aperçut que le tzarévitch ne tenait pas sa promesse, vous imaginâtes un nouveau moyen : vous appelâtes le tzarévitch en Danemark sous prétexte de l'instruire. Mais l'ordre était donné de l'embarquer sur l'un de vos vaisseaux, d'engager un combat avec un vaisseau suédois qui se trouverait à peu de distance et de faire tuer le tzarévitch. Sachant cela, il fut réduit à fuir. »

On rapporta aussi au tzar les pourparlers secrets du césar et du roi d'Angleterre Georges P"" :

« Le césar, obéissant aux traditions chevaleresques de sa maison qui l'obligent à protéger les opprimés, ému de pitié envers le tzarévitch, son parent maltraité, a donné asile au fils du tzar et demande au roi d'Angleterre, « comme à un prince et allié de la » maison de Brunswick », de protéger le tzarévitch ; il attire l'attention du roi sur la « miseranda conditio » du bon tzarévitch et sur l'évidente et incessante tyrannie du tzar, « clara et continua patcrna tyrannis »; On parle aussi de poison et d'autres « galanterien » russes... ».

Le fils s'érigeait en juge et accusateur du père.

Qu'arrivcrait-il encore? Le tzarévitch pouvait devenir une arme entre les mains des ennemis, souffler la révolte en Russie, soulever toute l'Europe...

37^ l'antéghrist

— Il mérite plus que la mort I songeait le tzar en fureur.

Mais cette fureur était étoufPée par un autre sentiment, imprévu celui-là : le père avait peur de son fils.

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