‹ L'antéchristChapitre 20 sur 23 · ALEXIS · texte numérisé non relu

ALEXIS

Il regarda la mer, à travers la porle ouverte de la galerie. Le veQt du nord soufflait et la mer était bleue, écumeuse, fumante, avec des crêtes blanches et des voiles blanches gonflées comme des poitrines de cygnes. Il sembla au tzarévitch que c'était cette même mer que chantaient les bylines^ russes et sur laquelle vogua vers Constantinople Oleg le voyant, avec toute sa drougina ^.

Il retira de sa poche quelques feuillets de papier, recouverts de mots allemands qu'il avait tracés de sa grosse écriture naïve. En marge, une note : « Excusez-moi d'écrire si mal, mais j'ai fait démon mieux. » C'était une longue lettre au césar, un véritable réquisitoire contre son père. Il l'avait commencée depuis longtemps ; la corrigeait et n'arrivait jamais à la finir : ce qui semblait net dans sa pensée devenait faux lorsque c'était formulé. Entre la pensée et l'expression, un obstacle invincible surgissait ; en outre, l'essentiel était impossible à dire.

Il relut quelques passages :

(( L'empereur doit me sauver. Je ne suis point fautif envers mon père ; je lui ai toujours obéi, je l'ai aimé et honoré selon la loi de Dieu. Je sais que je suis faible. Mais c'est Menchikov qui m'a rendu tel par l'éducation : il ne m'a rien enseigné, il m'a toujours éloigné de mon père, il m'a traité comme si j'étais un chien ou un esclave. On m'a rendu ivrogne

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