‹ L'Antechrist (volume 3)Chapitre 20 sur 369 · XXVIII LES A POT H ES · texte numérisé non relu

XXVIII LES A POT H ES

légende est très-mûre, arrondie en quelque sorte dans toutes ses parties. Tout se passe chez lui avec une mise en scène étrange et un grand déploiement dé merveilleux. 11 faut se rappeler que l'auteur écrit un demi-siècle après les événements, loin du pays où ils se sont passés, sur des faits qu'ij n'a pas vus, que son maître n'a pas vus davantage , d'apfès des traditions en partie fabuleuses ou transfigurées. Nonseulement Luc est d'une autre génération que les premiers fondateurs du christianisme ; mais il est d'un autre monde; il est helléniste, très-peu juif, presque étranger à Jérusalem et aux secrets def la vie juive; il n'a pas touché la primitive société chrétienne^ à peine en a-t-il connu les derniers représentants. On sent dans les miracles qu'il raconte plutôt des inventions a priori que .des faits transformés ; les miracles de Pierre et ceux de Paul forment deux séries qui se répondent*. Ses personnages se ressemblent; Pierre ne diffère en rien de Paul, ni Paul de Pierre. Les discours qu'il met dans la bouche de ses héros, quoique habilement appropriés aux circonstances, sont tous du même style et appartiennent à l'auteur plutôt qu'à ceux auxquels il les attribue. On y trouve même des

. 1 . Comparez Act.j m, 2 et suiv. à xiv, 8 et suiv. ; ix, 36 et suiv. à XX, 9 et suiv. ; v, \ et suiv. à xiii, 9 et suiv. ; v, 4 5-16 à xïx, 12; XII, 7 et suiv. à xvi, 26 et suiv. ; x, 44 à xix, 6.

INTRODUCTION. xxix

impossibilités*. Les Actes, en un mot, sont une histoire dognîatique, arrangée pour appuyer les doc- 'trines orthodoxes du temps ou inculquer les idées qui souriaient le plus à la piété de l'auteur. Ajoutons quMl ne pouvait en être autrement. On ne connaît l'origine de chaque religion que par les récits des croyants. Il n'y a que le sceptique qui écrive l'histoire ad narrandum.

Ce ne sont pas là de simples soupçons , des conjectures d'une critique défiante à l'excès. Ce sont de solides inductions : toutes les fois qu'il nous est permis de contrôler le récit des Actes , nous le trouvons fautif et systématique. Le contrôle, en effet, que nous ne pouvons demander à des textes synoptiques, nous pouvons. le demander aux épîtres de saint Paul, surtout àl'épître aux Galates. Il est clair que, dans les cas où les Actes et les é'pîtres sont en désaccord, la préférence doit toujours être donnée aux épîtres, textes d'une authenticité absolue, plusanciens, d'une sincérité complète, sans légendes. En

I. Dans un discours que Fauteur prête à Gamaliel, en une circonstance qui est de l'an 36 à peu près, il est question de Theudas, dont l'entrepriâe est expressément déclarée antérieure à celle de Juda leGaulonite (AcLj v, 36-37). Or, la révolte de Theudas est de Tan 44 (Jos., Ant., XX, v, 1), et en tout cas bien postérieure à Xîelle du Gaulonite (Jos., Ant., XVIIÏ, i, 1 ; B. J., II, viii, \).

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