XXX LES APOTRES
histoire, les documents ont d'autant plus de poids qu'ils ont moins la forme historique. L'Sutorité de toutes les chroniques doit céder à celle d'une inscription, d'une médaille, d'une charte, d'une lettre authentiques. A ce point de vue, les épîtres d'auteurs certains ou de dates certaines sont la base de toute l'histoire des origines chrétiennes. Sans elles, on peut dire que le doute atteindrait et ruinerait de fond en comble même la vie de Jésus. Or, dans deux circonstances très-importantes, les épîtres mettent en un jour frappant les- tendances particulières de l'auteur des Actes et son désir d'effacer la trace des divisions qui avaient existé entre Paul et les apôtres de Jérusalem ^.
Et d'abord, l'auteur des Actes veut que Paul, après l'accident de Damas (ix, 19 et suiv. ; xxii, 17 et suiv.), soit venu à Jérusalem, à une époque où l'on
1 . Les personnes qui ne peuvent Tire sur tout ceci les écrite allemands de Baur, Schneckenburger, de Wette, Schwegler, ÏJeller, où !es questions critiques relatives aux Actes sont amenées à une solution à peu près.déûnitive, consulteront avec fruit les Études historiques et critiques sur les origines du christianisme , par A. Stap (Paris, Lacroix, 1864), p. 116 et suiv.; Michel Nicolas, Études critiques sur la Bible, Nouveau Testament (Paris, Lévy, 1864), p. 223 et suiv.; Reuss, Histoire de la théologie chrétienne au siècle apostolique, 1. VI, ch. y ; divers travaux de MM. Kayser, Scherer, Reuss dans la Revue de théologie de Strasbourg, 1« série, t. II et III; 2* série, t. II et III.
INTRODUCTION. xxxi
savait à peine sa conversion, qu'il ait été présenté aux apôtres, qu'il ait vécu avec les apôtres et les fidèles sur le pied de la plus grande cordialité , qu'il ait disputé publiquement contre les Juifs hellénistes, qu'un complot de ceux-ci et une révélation céleste l'aient porté à s'éloigner de Jérusalem. Or, Paul nous apprend que les choses se passèrent très-différemment. Pour prouver qu'il ne relève pas des Douze et qu'il doit à Jésus lui-même sa doctrine et sa mission , il assure (GaL^ i, 11 et suiv.) qu'après sa conversion il évita de prendre conseil de qui que ce soit^ et de se rendre à Jérusalem vers ceux qui étaient apôtres avant lui ; qu'il alla prêcher dans le Hauran de son propre mouvement et ^ans mission de personne; que, trois ans plus tard, il est vrai, il accomplit le voyage de Jérusalem pour faire la connaissance de Céphas ; qu'il resta quinze jours auprès de lui, mais qu'il ne vit aucun autre apôtre, si ce n'est Jacques, frère du Seigneur, si bien que son visage était inconnu aux Églises de Judée. L'effort pour adoucir les aspérités du rude apôtre, pour le présenter comme le collaborateur des Douze, travaillant à Jérusalem de concert avec eux, paraît ici avec évidence. On fait de Jéi'usalem sa capitale et son point
4. Pour la nuance de où 7rpo<jav6ôsu.y,i cjapxl xal ataaTi, com[). Matth., XVI, 17.