XXXII LES APOTRES
de départ; on veut que sa doctrine soit tellement identique à celle des apôtres, qu'il ait pu en quelque sorte les remplacer dans la prédication ; on réduit son premier apostolat aux synagogues de Damas ; on veut qu'il ait été disciple et auditeur, ce qu'il ne fut jamais ^ ; on resserre le temps entre sa conversion et son premier voyage à Jérusalem ; on allonge son séjour dans cette ville; on l'y fait prêcher à la satisfaction générale; on soutient qu'il a vécu intimement avec tous les apôtres, quoique lui-même assure qu'il n'en a vu que deux ; on montre les frères de Jérusalem veillant sur lui, tandis que Paul déclare qUe son visage leur est inconnu.
Le désir de, faire de Paul un visiteur assidu de Jérusalem, qui a porté notre auteur à avancer et à allonger son premier séjour en cette ville après sa conversion, semble l'avoir induit à prêter à l'apôtre un voyage de trop. Selon lui, Paul serait venu à Jérusalem avec Barnabe, porter l'offrande des fidèles, lors de la famine de l'an 44 (Act.j, xi, 30 ; xii, 25). Or, Paul déclare expressément qu'entre le voyage qui .eut lieu trois ans après sa conversion et le voyage pour l'affaire de la circoncision, il ne vint pas à Jérusalem (GaL y I et ii). En d'autres termes, Paul exclut
I . C'est lui qui le déclare avec serment. Lire surtout les chap. i et II de l'épître aux Galates.
INTRODUCTION. xxxiii
formellement tout voyage entre- Act., ix, 26 et AcL, XV, 2. Nierait-on, contre toute raison, l'identité du voyage raconté Gal.^ ii, 1 et suiv., avec le voyage raconté Act.^ xv, 2 et suiv., on n'obtiendrait pas une moindre contradiction. « Trois ans après ma conversion, dit saint Paul, je montai à Jérusalem, pour faire la connaissance de Céphas, Quatorze ans après, je montai de nouveau à Jérusalem... » On a pu douter si le point de départ de ces quatorze ans est la conversion, ou le voyage qui l'a suivi à trois ans d'intervalle. Prenons la première hypothèse, qui est la plus favorable à celui qui veut défendre le récit des Actes. Il y aurait donc onze ans, au moins, d'après saint Paul, entre son premier et son second voyage à Jérusalem; or, sûrement, il n'y a pas onze ans entre ce qui est raconté Act.^ ix, 26 et suiv. et ce qui est rapporté Act.j, xi, 30. Et le soutiendrait-on contre toute vraisemblance, on tomberait dans une autre impossibilité. En effet, ce qui est rapporté i4c^.^ xi, 30, est contemporain de la mort de Jacques , fils de Zébédée*, laquelle nous fournit la seule date fixe des Actes des Apôtres^ puisqu'elle précéda de très-peu de temps la mort d'Hérode Agrippa P% arrivée l'an 44 ^.