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ment un morceau singulier, et qui tranche sur les lieux communs des autres épîlres attribuées à Tévèque d*Àntioche. L'épître aux Romains tout entière est-elle l'œuvre du saint martyr? On en peut douter; mais il semble qu'elle renferme un fond original. Là, et là seulement, on reconnaît ce que M. Zahn accorde trop généreusement au reste de la correspondance ignatienne, l'empreinte d'un puissant caractère et d'une forte personnalité. Le style de Tépltre aux Romains est bizarre, énigmatique, tandis que celui du reste de la correspondance est simple et assez plat. L'épttre aux Romains ne renferme aucun de ces lieux communs de discipline ecclésiastique oîi se reconnaît l'intention du faussaire. Les fortes expressions qu'on y rencontre sur la divinité de Jésus-Christ et sur l'eucharistie ne doivent pas trop nous surprendre. Ignace appartenait à l'école de Paul, où les formules de théologie transcendante étaient bien plus de mise que dans la sévère école judéo-chrétienne. Encore moins faut-il s'étonner des nombreuses citations et imitations de Paul que présente l'épttre d'Ignace dont nous parlons. Nul doute qu'Ignace ne fit sa lecture habituelle des grandes épitres authentiques de Paul. J'en dis autant d'une citation de saint Matthieu (§ 6), qui, du reste, manque dans plusieurs traductions anciennes, et
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d*une allusion vague aux généalogies des synoptiques (S *7)* Ignace possédait sans doute les Ae^^Oevra ti Tfoc/^érca de Jésus, tels qu'on les lisait de son temps, et, sur les points essentiels, ces récits différaient peu de ceux qui sont venus jusqu'à nous. Plus grave assurément est l'objection tirée des expressions que l'auteur de notre épître parait emprunter au quatrième Évangile *. Il n'est pas sûr que cet Évangile exist&t déjà vers l'an 115. Mais des expressions comme ô op^^ciiv avûvoç toutou, des images comme u^op Iwi pouvaient être des expressions mystiques employées dans certaines écoles dès le premier quart du II* siècle, et avant que le quatrième Évangile les eût consacrées.
Ces arguments intrinsèques ne sont pas les seuls qui nous obligent à faire, pour Tépître aux Romains, une catégorie à part dans la correspondance ignalienne. A quelques égards, cette épître contredit les six autres. Au paragraphe 4, Ignace déclare aux Romains qu'il les présente aux Églises comme voulant lui enlever la couronne du martyre. On ne trouve rien de semblable dans les épîtres à ces Eglises. Ce qui est bien plus grave, c'est que r épître aux Romains ne semble pas nous être par-