T. m, 30 D. et 938 A, édit. de La Rue
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gue pas entre Tépître aux Romains et les six autres. Il lisait répître de Polycarpe avec le posl-scriptum.
Un sort particulier semblait désigner le nom d'Ignace aux fal^ricateurs d'apocryphes. Dans la deuxième moitié du iv' siècle, vers 375, une nouvelle collection d'épîtres ignatiennes se produisit : c'est la collection de treize lettres, à laquelle la collection de sept lettres a notoirement servi de noyau. Comme ces sept lettres offraient beaucoup d'obscurités, le nouveau faussaire se fit aussi înterpolateur. Une foule de gloses explicatives s'introduisirent dans le texte et le chargèrent inutilement. Six nouvelles lettres furent fabriquées d'un bout à l'autre,, et, malgré leurs choquantes invraisemblances, se virent universellement adoptées. Les remaniements que Ton fit ensuite ne furent que des abrégés des deux collections précédentes. Les Syriens, en particulier, se complurent dans une petite édition de trois lettres abrégées, à la confection de laquelle ne présida aucun sentiment juste de la distinction de l'authentique et de l'apocryphe. Quelques ouvrages indignes de toute discussion vinrent plus tard encore grossir l'œuvre ignaticnne. On ne les possède qu'en latin.
Les Actes du martyre de saint Ignace n'offrent pas moins de diversité que le texte même des épîtrcs qu'on lui attribue. On en compte jusqu'à huit ou
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neuf rédactions. Il ne faut pas attribuer beaucoup d'importance à ces récits ; aucun n'a de valeur originale ; tous sont postérieurs à Eusèbe et com-t posés avec les données fournies par Eusèbe, données qui n'ont elles-mêmes d'autre base que la collection des épitres et surtout Tépitre aux Romains. Ces Aelesy dans leur forme la plus ancienne, ne remonteût pas au delà de la fin du ï\^ siècle. On ne saurait en aucune manière les comparer aux Actes du martyre de Polycarpe et des martyrs de Lyon, relations vraiment authentiques et contemporaines des faits rapportés. Ils sont pleins d'impossibilités, d'erreurs historiques et de méprises sur la situation de l'empire à l'époque de Trajan.
Dans ce volume, comme dans ceux qui précèdent, on a cherché à tenir le milieu entre la critique qui emploie toutes ses ressources à défendre des textes depuis longtemps frappés de discrédit, et le scepticisme exagéré, qui rejette en bloc et a priori tout ce que le christianisme raconte de ses premières origines. On remarquera en particulier l'emploi de cette méthode intermédiaire en ce qui concerne la question des Cléments et celle des Flavius chrétiens. C'est à propos des Cléments que les conjectures de l'école dite de Tubingue ont été le plus mal inspirées. Le défaut de cette école, par-
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fois si féconde, est de rejeter les systèmes traditionnels, souvent il est vrai bâtis en matériaux fragiles, et de leur substituer des systèmes fondés sur des autorités plus fragiles encore. Dans la question d'Ignace, nVt-on pas prétendu corriger les traditions du ii' siècle avec Jean Malala? Dans la question de Simon le magicien; des théologiens d'ailleurs sagaces n'ont-ils pas résisté jusqu'au dernier moment à la nécessité d'admettre l'existence réelle de ce personnage? Dans la question des Cléments, on passe de même, aux yeux de certains critiques, pour un esprit borné, si on admet que Qément Romain a existé et si on n'explique pas tout ce qui le concerne par des malentendus et des confusions avec Flavius Clemens. Or ce sont, au contraire, les données sur Flavius Clemens qui sont indécises, contradictoires. Nous ne nions pas les lueurs de christiar nisme qui semblent sortir des obscurs décombres de la famille flavicnne ; mais, pour tirer de tout cela un grand fait historique au moyen duquel on rectifie les traditions incertaines, il a fallu un étrange parti pris, ou plutôt ce manque de mesure dans l'induction qui nuit si souvent, en Allemagne, aux plus rares qualités de diligence et d'application. On repousse de solides témoignages, et on y substitue de faibles hypothèses ; on récuse des textes satisfaisants, et on accueille presque sans examen les combinaisons hasardées
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d'une archéologie complaisante. Du nouveau, voilà ce que Ton veut à tout prix, et le nouveau, on l'obtient par l'exagération d'idées souvent justes et pénétrantes. D'un faible courant bien constaté dans quelque baie écartée, on conclut à l'existence d'un grand courant océanique. L'observation était bonne, mais on en tire de fausses conséquences. Loin de moi la pensée de nier ou d'atténuer les services que la science allemande a rendus à nos difficiles études ; mais, pour profiter réellement de ces services, il faut y regarder de très-près et y appliquer un grand e^rit de discernement. Il faut surtout être bien décidé^àjie tenir aucun compte des critiques hau- Uûnes d'hommes à système, qui vous traitent d'ignorant et d'arriéré, parce que vous n'admettez pas d'emblée la dernière nouveauté, éclose du cerveau d'un jeune docteur, et qui peut être bonne tout au plus à servir d'excitation à. la recherche, dans les cercles d'érudits.
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