Inter se nihil inlicitum. » Tac, Hist., V
comme étrangère et absurde. L'histoire ne doit parler qu'avec respect des politiques honnêtes et courageux qui tirèrent le monde de la boue où l'avaient jeté le dernier Jules et le dernier Flavius; mais ils eurent les imperfections qui étaient une f' suite naturelle de leurs qualités. C'étaient des aristocrates, des hommes à traditions, à préjugés, des espèces de torys anglais , tirant leur force de leurs préjugés mêmes. Ils furent profondément Romains. Persuadés que quiconque n'est pas riche ou bien né ne saurait être honnête homme, ils ne ressentaient pas pour les doctrines étrangères ces faiblesses dont les Flavius , bien plus bourgeois , ne savaient pas se défendre. Leur entourage, la société qui arrive au pouvoir avec eux, Tacite, Pline , ont le même mépris pour ces doctrines barbares. Un fossé semble creusé durant tout le ii* siècle entre le christianisme et le monde officiel. Les quatre grands et bons empereurs y sont nettement hostiles, et c'est sous le monstre Commode quç nous retrouverons, comme sous Claude, sous Néron et sous les Flavius, des tt chrétiens de la maison de César » . Les défauts de ces vertueux empereurs sont ceux des Romains eux-mêmes, trop de confiance en la tradition latine, une fâcheuse obstination à ne pas admettre d'honneur hors de Rome, beaucoup d'orgueil et de dureté
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pour les petits, pourries pauvres, pour les étrangère, pour les Syriens, pour tous les gens qu'Auguste appelait dédaigneusement a les Grecs », et à qui il permettait des adulations interdites aux Italiotes ^ Ces dédaignés prendront leur revanche, en' montrant qu'eux aussi ont leur noblesse et sont capables de vertu.
La question de liberté se posait comme elle ne s'était posée dans aucune des républiques de l'antiquité. La cité antique, qui n'était que la famille agrandie, ne pouvait avoir qu'une religion, celle de la cité elle-même; cette religion était presque toujours le culte des fondateurs mythiques, de l'idée même de la cité. En ne la pratiquant pas, on s'excluait de la cité. Une telle religion était logique en se montrant intolérante; mais Alexandre eût été déraisonnable, Ântiochus Épiphane le fut au plus haut degré, en voulant persécuter au profit d'un culte particulier, puisque leurs États, résultant de conquêtes, se formaient de cités diverses, dont l'existence politique avait été supprimée. César comprit cela avec sa merveilleuse lucidité d'esprit. Puis l'étroite idée de la cité romaine reprit le dessus, faiblement et par courtes intermittences au i*' siècle,
i. Dion Gassius, LI, ÎO. Cf. Suétone, Aug., 98.
d'une manière beaucoup plus suivie au u* siècle.
Déjk, sous Tibère, un Yalère Maxime, faiseur de livres médiocres, doublé d'un malhonnête homme, prêche la religion avec un air de conviction qui étonne. Nous avons vu de même Domilien exercer une forte protection en faveur du culte latin, essayer une sorte d'union « du trône et de Tautel »• Tout cela se faisait par un sentiment analogue à celui qui rattache de nos jours au catholicisme une foule de personnes peu croyantes, mais persuadées que ce culte est la religion de la France. Martial et Stace, gazetiers de la chronique scandaleuse du temps, qui regrettaient au fond les beaux jours de Néron, deviennent graves, religieux, applaudissent & la censure des mœurs, prêchent le respect de Tautorité, Les crises sociales et politiques ont d'ordinaire pour effet de provoquer ces sortes de réactions. Une société ea péril se rattache & ce qu'elle peut. Un monde menacé se range ; persuadé que toute pensée tourne & mal, il devient timide, retient en quelque sorte sa respiration; car il craint que tout mouvement ne fasse crouler le frêle édifice qui lui sert d'abri.
Trajan et ses successeurs n'eurent garde de renouveler les tristes excès d'hypocrisie sournoise qui caractérisèrent le règne de Domitien. Cependant ces princes et leur entourage se montrèrent en reli-
30C ORIGINES DU CHRISTIANISME. [AdOS]
gion très-conservateurs *• On ne voyait de salut que dans le vieil esprit romain. Marc-Aurèle, si philosophe, n'est nullement exempt de superstitions. C'est un rigide observateur de la religion oflicielle * . La confrérie des saliens n'avait pas de membre plus exact. Il aflectait de ressembler & Numa, dont il prétendait tirer son origine, et maintenait avec sévérité les lois qui interdisaient les religions étrangères *. Dévotions de l'avant-veille de la mort! Le jour oii l'on tient le plus à ces souvenirs est celui où ils égarent. Combien n'a-t-il pas nui & la maison de Bourbon de trop penser à saint Louis et de prétendre se rattacher à Clovis et & Charlemagne!
A cette forte préférence pour le culte national se joignait; chez les grands empereurs du ii* siècle, la crainte des hétéries, cœlus tllicilij ou associations susceptibles de devenir des factions dans les villes*. Un simple corps de pompiers était suspect '. Trop de monde à une fête de famille inquiétait l'autorité.
4. Pline, Panég,, 52. Pline, Epist., Vlll, 24 : « Révérera conditores deos et numina deorum. » Comp. Finscriplion, Corp. inscr. laL, vol. Ilï, n* 667, et les additamenta; Mém, des $av. étr. de VAcad. des imc, VIÏI, <'• partie, p. \ et suiv.