‹ L'Antechrist (volume 4)Chapitre 62 sur 353 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

riXATIO!« DE LA LÉGENDE ET DES ENSEIGNEMENTS DE JKSUS.

Quand ube grande apparition de l'ordre religieux, moral, politique, littéraire s*est produite, la seconde génération éprouve d'ordinaire le besoin de fixer le souvenir des choses mémorables qui se sont passées au début du mouvement nouveau. Ceux qui ont assisté à Téclosion première, ceux qui ont connu selon la chair le maître que tant d'autres n'adorenl qu'en esprit, ont une sorte d'aversion pour les écrits qui diminuent leur privilège et prétendent livrer à tous une tradition sainte qu'ils gardent précieusemont dans leur cœur. C'est quand les derniers témoins Ui^ origines menacent de disparaître qu'on s'inquiète \K> l'avenir et qu'on cherche à dessiner l'image du fvMulatour en traits durables. Une circonstance, pour JôM^»ilut contribuer à retarder l'époque où s'écrivent

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d'ordinaire les mémoires des disciples et en diminuer rimporlance; c'était la persuasion d'une fin prochaine du monde, l'assurance que la génération apostolique ne passerait pas sans que le doux Nazaréen fût rendu comme pasteur éternel à ses amis.

On a remarqué mille fois que la force de la mémoire est en raison inverse de l'habitude qu'on a d'écrire. Nous avons peine à nous figurer ce que la radition orale pouvait retenir aux époques où Ton ne se reposait pas sur les notes qu'on avait prises ou sur les feuillets que l'on possédait. La mémoire d'un homme était alors comme un livre; elle savait rendre même des conversations auxquelles on n'avait point assisté. « Des Clazoméniens avaient entendu parler d'un Antiphon, lequel était lié avec un certain Pythodore, ami de Zenon, qui se rappelait les entretiens de Socrate avec Zenon et Parménide, pour les avoir entendu répéter à Pythodore. Antiphon les savait par cœur, et les répétait à qui voulait les entendre. » Tel est le début du Parménide de Platon. Une foule de personnes qui n'avaient point vu Jésus le connaissaient ainsi, sans le secours d'aucun livre, presque aussi bien que ses disciples immédiats. La vie de Jésus,

quoique non écrite, était l'aliment de son Eglise; ses maximes étaient sans cesse répétées ; les parties essentiellement symboliques de sa biographie se repro-

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(luisaient dans de petits récits en quelque sorte stéréotypés et sus par cœur. Cela est certain pour ce qui regarde l'institution de la Cène*. Il en fut aussi probablemenl de même pour les lignes essentielles du récit de la Passion ; du moins l'accord du quatrième Évangile et des trois autres sur cette partie essentielle de la vie de Jésus porte à le supposer.

Les sentences morales, qui formaient la partie la plus solide de l'enseignement de Jésus, étaient encore plus faciles à garder. On se les récitait assidûment. « Vers minuit, je me réveille toujours de moi-même, fait dire h Pierre un écrit ébionite composé vers Tan 1S5^ et le sommeil ensuite ne me revient plus. C'est Teflet de l'habitude que j'ai prise de rappeler à ma mémoire les paroles de mon Seigneur que j'ai entendues, afin de pouvoir les retenir fidèlement*.» Cependant, comme ceux qui avaient reçu directement ces divines paroles

1 . I Cor., XI, 23 et suiv., passage écril avant qu'aucun Évangile existât, et que Paul déclare tenir de tradition première, irxpiX%6ov iiio Toû xuptou. Voir l'AnlechrisI, p. 60-61. Voyez aussi I Thess., V, 2, cî^aTi, k propos d'une comparaison familière à Jésus. L'Église conserva jusqu'au v* siècle l'usage de formules non écrites et sues par cœur, surtout en ce qui touche la Cène. Saint Basile^ De Spir. sanclo, c. 27; saint Cyrille do Jér., Catéch. v, 42; saint Jérôme, Epist. 64 (37) ad Pamm., c. 9, Mart., IV, t' part., col. 323.

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