Récognitions, II, 1. Comp. Luc, n
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mouraient chaque jour, et que beaucoup de mots, d'anecdotes, menaçaient de se perdre, on sentit la nécessité de les écrire. De divers côtés il s'en forma de petits recueils. Ces recueils offraient, avec des parties communes, de fortes variantes ; Tordre et Tagencement surtout différaient; chacun cherchait à compléter son cahier en consultant les cahiers des autres, et naturellement toute parole vivement accentuée, qui naissait dans la communauté^ bien conforme à Tesprit de Jésus, était avidement saisie au vol et insérée dans les recueils. Selon certaines apparences, Tapôtre Matthieu aurait composé un de ces mémoriaux, qui aurait été généralement accepté ^ Le doute cependant à cet égard est permis; il est môme plus probable que toates ces petites collectHms de paroles de Jésus restèrent anonymes , à l'état de notes personnelles, et
4. Papias, dans Eus., H, E., III, xxxix, 16 : MxTOalcç fxiv gSv
ûxrrc;. On ne peut dire que Papias entende par rà Xt^o. un simple
recueil de sentences sans récit. En effet, Papias, commentant les
ÏT^ m^aaui^ n'était amené à parler dans sa préface que de ce qui
l'intéressait. Sa phrase peut très-bien s'appliquer à un Évangilo
mêlé de sentences et de récits. Parlant de Marc [ibid,, xxxix, 15],
Papias dit que son livre contenait rà &irô rou xj^kqxvî vi XtxBma ri
x^TifUsa. (cf. Platon, Phédon, S), ce qui ne l'empêche pas
d'employer à propos de oe livre les mots de ouvroÇt; tûv xupioxûv
ÀTfMv. L'ouvrage même de Papias, intitulé A&^tuv xupt«xûv t^iQ-piditç,
renfermait des. récits (Routb, Rel. sacrœ, p. 7 et suiv.)*
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ne furent pas reproduites par les copistes comme des ouvrages ayant une individualité.
Un écrit qui peut nous donner quelque idée de ce premier embryon des Evangiles, c'est le Pirké Ahothy recueil des sentences des rabbins célèbres, depuis les temps asmonéens jusqu'au ii* siècle de notre ère. Un tel livre n'a pu se former que par des additions successives. Le progrès des écritures bouddhiques sur la vie de Çakya Mouni suivit une marche analogue. Les soutras bouddhiques répondent aux recueils des paroles de Jésus ; ce ne sont pas des biographies ; ils commencent simplement par des indications comme celle-ci : « En ce temps-là, Baghavat séjournait à Çravasti, dans le vihâra de Jétavana... etc. » La partie narrative y est très-limitée; l'enseignement, la parabole sont le but principal. Des parties entières du bouddhisme ne possèdent que de pareils soutras. Le bouddhisme du Nord et les branches qui en sont issues ont de plus des livres comme le Lalita vistara, biographies complètes de Çakya Mouni, depuis sa naissance jusqu'au moment où il atteint l'intelligence parfaite. Le bouddhisme du Sud n'a pas de telles biographies, non qu'il les ignore, mais parce que l'enseignement théologique a pu s'en passer et s'en tenir aux soutras.
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Nous verrous, en parlant de TËvangile selon Mat* thieu, que l'on peut encore se figurer à peu près lëtat de ces premiers soutras chrétiens. C'étaient des espèces de fascicules de sentences et de paraboles, sans beaucoup d*ordre, que le rédacteur de notre Matthieu a insérés en bloc dans son récit. Le génie hébreu avait toujours excellé dans la sentence morale; en la bouche de Jésus, ce genre exquis avait I atteint la perfection. Rien n'empêche de croire que Jésus parlât en effet de la sorte. Mais la a haie » qui, selon Texpression talmudique, protégeait la parole sacrée était bien faible. Il est de Tessence de tels recueils de croître par une concrétion lente, sans que les contours du noyau primitif se perdent jamais. Ainsi le traité Éduïoth, petite mischna complète, noyau de la grande Mischna, et où les dépôts des cristallisations successives de la tradition sont très-visibles, se retrouve comme traité à part dans la grande Mischna. Le Discours sur la montagne peut être considéré comme Véduïoth de l'Évangile, c'est-à-dire comme un premier groupement artificiel, qui n'empêcha pas des combinaisoDS ultérieures de se produire ni les maximes ainsi réunies par un fil léger de s'égrener de nouveau. En quelle langue étaient rédigés ces petits recueils des sentences de Jésus, ces Pirké léschou, s'il est permis de s'exprimer ainsi ? Dans la langue
même de Jésus S dans la langue vulgaire de la Palestine, sorte de mélange d'hébreu et d'araméen, que l'on continuait d'appeler « hébreu » *, et auquel les savants modernes ont donné le nom de « syro-chaldaïque » . Sur ce point le Pirké Ahoih est peut-être encore le livre qui nous donne le mieux l'idée des Évangiles primitifs, bien que les rabbins qui figurent dans ce recueil, étant des docteurs de la pure école juive, y parlent peut-être une langue plus rapprochée de l'hébreu que ne le fut celle de Jésus \
1 . Quelques particularités des Xc-j^ta, surtout la nuance de 6 %Xtr oîcv (hébreu VI) dans Matlh., v, 43, et même dans Luc, x, 27-37, supposent que ces sentences furent d'abord conçues et prononcées en hébreu.
2. Ègpatati.Voir Vie de Jésus, p. 34, 13« édil. (et suiv.). C'est ce qu'on appelait i Tràrptc; -jfXwaax. AcL, xxii, 40; Jos., Anl,, XX, XI, 2, etc. Voir Hisl. des lang. sémil.j II, i, 5; III, i, 2.
3. Les mots de Jésus conservés en dialecte sémitique dans \eè Évangiles grecs (p»Mt, Xa^kk aa6a7.6avt, à6€à, j^^ofta, ToXtOà xoî^fu) se rapprochent beaucoup plus de Taraméen que de Phébi-cu. Ijl même observation s'applique aux mots évangéliques ou apostoliques, 6aawa, xop6ai»à;, ToX-ycÔà, p.apip.uvâ;, oârcv, Bapibtvâ, Kr.fi, raSCaOà, Br,6io^à, Pa66ovi, ÀxiX^ajiia, TaCi6x, {AxpavaOat. Les passages que cite saint Jérôme de l'Éxangile hébreu sont araméens. Cf. HilgenfcId,A'ovwin Test, extra Canonem receplum^W, p. 47, 26. Cf. Gesla Pilati, a, 4, p. 210-2H, édit. Tischendorf. On ne peut rien conclure de Talm. de Bab., Schabbath, 146 aei b; car il n'est pas du tout sûr que le talmudiste cite le texte du x&Y&v. — Le passage sur Hégésippe (Eus., H, E,, IV, xxii, 7) prouve que le syriaque abondait dans la langue des Évangiles dits hé-
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Naturellement, les catéchistes qui parlaient grec traduisaient ces paroles comme ils pouvaient et d*une façon assez libre ^ C'est ce qu'on appelait les Ijogia kyriaka, « les oracles du Seigneur », ou simplement les Logia. Les recueils syro-chaldaïques de sentences de Jésus n'ayant jamais eu d'unité, les recueils grecs en eurent encore moins, et ne furent écrits que d'une façon individuelle, sous forme de notes, pour Tusage personnel de chacun. Il n'était pas possible que, même d'une façon passagère, Jésus fût résumé tout entier en un écrit gnomique ; rÉvangile ne devait pas se renfermer dans le cadre étroit d'un petit traité de morale. Un choix de proverbes courants ou de préceptes, comme le Pirké Ahoth, n'eût pas changé l'humanité, le supposât-on rempli de maximes de l'accent le plus élevé.
Ce qui, en effet, caractérise Jésus au plus haut degré, c'est que l'enseignement fut pour lui inséparable de l'action. Ses leçons étaient des actes, des symboles vivants, liés d'une manière indissoluble à ses paraboles, et certainement, dans les plus anciens feuillets qui furent écrits pour fixer ses enseignements, il y avait déjà des anecdotes, des petits
breux. — Les gens parlant syriaque comprenaient parfaitement les gens de Galilée. Jos., B. J,, IV, i, 5.