Eusèbe, //.£., III
[An 80] LES ÉVANGILES. 140
immémorial, se remit en activité avec une violence sans égale, comme si, de nos jours, les volcans de l'Auvergne recommençaient leurs plus furieuses manifestations ^ Nous avons vu, dès Tan 68, la préoccupation des phénomènes volcaniques remplir rimagination chrétienne et laisser sa trace dans TApocalypse. L'événement de l'an 79 fut également célébré par les voyants judéo-chrétiens, et provoqua une sorte de recrudescence de l'esprit apocalyptique. Les sectes judalsantes surtout considérèrent la catastrophe des villes italiennes englouties comme la punition de la destruction de Jérusalem '• Les fléaux qui continuaient de s'abattre sur le monde justifiaient jusqu'à un certain point de pareilles imaginations. La terreur produite par ces phénomènes était extraordinaire. La moitié des pages qui nous restent de Dion Cassius est consacrée aux pronostics. L'an 80 vit le plus grand incendie que Rome eût éprouvé, après celui de l'an 6/i. Il dura trois jours et trois nuits ; toute la région du Gapitole et du Panthéon brûla '. Une peste effroyable ravagea le monde
4. Dion Cassius, LXVI, 24; Suétone, Titus, 8; Pline, Epist., n, 46, 20; Tac, Hisl., I, %.
t.Carm. sib,, IV, 436.
3. Dion Cassius, LXVI,24; Suétone, Titus,S\ Eusèbo, Chron., à la deuxième année de Titus.
150 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [Aq 90]
vers le même temps; on crut que c'était la plus terrible épidémie qu'il y eût jamais eu *. Les tremblements de terre faisaient rage de toutes parts ^ ; la famine sévissait '•
Titus tiendrait-il jusqu'au bout sa gageure de bonté? Voilà ce qu'on se demandait. Plusieurs prétendaient que le rôle de « Délices du genre humain » est diiGcile à garder, et que le nouveau César suivrait la voie des Tibère» des Caligula, des Néron, qui, après avoir bien commencé, finirent au plus mal. Il fallait, en effet, l'âme absolument blasée de philosophes désabusés de tout, comme Antonin et Marc-Aurèle, pour ne pas succomber aux tentations d'un pouvoir sans bornes. Le caractère de Titus était d*une trempe rare ; sa tentative de régner par la bonté, ses nobles illusions sur l'humanité de son temps furent quelque chose de libéral et de touchant; sa moralité n'était cependant pas d'une parfaite solidité; elle était voulue. Il réprimait sa vanité, et s'efforçait de proposer à sa vie des fins purement objectives. Mais
4. Dion et Suélone, /. c,;Carm.sib., IV, 142; Kusèbe, Chron., année 9 de Vesp.
î. Carm. stbyll., IV, 428-129, U3-U4, 451 ; Eusèbe, Chron., à Tannée 8 de Vesp. ; Orose, 1. VII, c. 9; Philostr., Apoll.j VI, 46, 47 ; Malala, X, 40; Georges le Syncelle, p. 647 (Bonn).