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LES ÉVANGILES APOCRYPHES

Si Ton excepte les apologistes, tels que Aristide, Quadratus, Justin, lesquels s'adressent aux païens, et les traditionnistes purs, tels que Papias, Hégésippe, lesquels regardent la révélation nouvelle comme consistant essentiellement dans la parole de Jésus, presque tous les écrivains chrétiens de l'âge qui va finir ont la prétention d'augmenter la liste des Ecritures sacrées, susceptibles d'être lues dans l'Eglise. Désespérant d'y réussir par leur autorité privée, ils se couvrent du nom de quelque apôtre ou de quelque personnage apostolique, et ne se font nul scrupule de s'attribuer l'inspiration dont jouirent indistinctement les disciples immédiats de Jésus. Cette veine de littérature apocryphe allait s'épuisant. Pseudo- Hermas ne rédssit qu'à demi. Nous verrons les lîeconnaissances de pseudo-Clément et les prétendues

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Constitutions des douze apôtres * également frappées de suspicion sous le rapport de la canonicité. Les nombreux Actes d'apôtres qui naissaient de toutes parts n'avaient que des succès partiels. Aucune apocalypse n'arrivait plus à remuer sérieusement les masses. Le succès dans les lectures publiques, tel avait été jusque-là le critérium de la canonicité. Une Église admettait tel écrit supposé d'un apôtre ou d'un personnage apostolique à la lecture en commun. Les fidèles sortaient édifiés; le bruit se répandait dans les Églises voisines qu'une très-belle communication avait été faite dans telle communauté, tel jour; on désirait voir l'écrit nouveau, et ainsi, de proche en proche, cet écrit se faisait accepter, à moins qu'il ne renfermât quelque grosse pierre d'achoppement. Mais, avec le temps, on devenait difficile, et des fortunes comme celles qu'avaient eues les épîtres à Tite et à Timothée, la seconde épître de Pierre, ne se renouvelaient plus * .

La fécondité évangélique était en réalité épuisée : l'âge de la grande création légendaire était passé, on n'inventait plus rien d'important; le succès de pseudo-

i. Voir notre livre VII.

2. Voir, dans Eus., IV, xxii, 8, le jugement d'Hégésippe sur tous ces écrils apocryphes, dont il voit bien le caractère hérétique.

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Jean avait été le dernier. Mais la liberté du remaniement restait assez large encore, au moins hors des Églises de saint Paul. Quoique les quatre textes devenus plus tard canoniques eussent déjà une vogue particulière, ils étaient loin d'exclure les textes parailèles. L'Evangile des Hébreux gardait toute son autorité. Justin et Tatien s'en servaient probablement. L'auteur des épîtres de saint Ignace (deuxième moitié du \t siècle) le cite comme texte . canonique et reçu*. Aucun texte en réalité n'épuisait la tradition et ne supprimait ses rivaux. Les livres étaient rares et mal gardée Denys de Corinthe % à la fin du II'' siècle , parle des falsificateurs des « Écritures du Seigneur* », ce qui suppose que les retouches continuèrent plus de cent ans après la rédaction de notre Matthieu. De là cette forme indécise des paroles de Jésus qui se remarque chez les Pères apostoliques*.

K . Ad* Smyrn., 3, en comparant saint Jérôme, De viris ill., c. 46. Cf. Cérygme de Pierre et Paul, dms Origène, De princ, I, proœm., c. 8. Eusèbe {//. E,j III, xxv, 5) et Nicéphore (Giedner, Gesch, des neutest. Kanon, p. 243) le placent parmi les àvTtXe7op.8va. Pour Tatien, voir Epiph., haer. xlvi, 4. Cf. Hilgenfeld, Nov. Test, extra can. rec, IV, p. 31 .

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