‹ L'Antechrist (volume 5)Chapitre 46 sur 373 · COMMENCEMENT D CNB PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

COMMENCEMENT D CNB PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE

La philosophie religieuse qui sert de base à toutes ces amplifications, si éloignées de la pensée de Jésus, est peu originale. Philon en avait exposé avec plus d'ensemble et de conséquence les principes essentiels^ Chez Philon, comme chez l'auteur du quatrième Evangile, le messianisme et les croyances apocalyptiques n'ont presque pas d'importance. Toutes les imaginations du judaïsme populaire sont remplacées par une métaphysique, à la construction de laquelle la théologie égyptienne et la philosophie grecque ont contribué pour une grande part. L'idée d'une raison incarnée, c'est-à-dire de la raison divine revêtant une former finie, est bien égyptienne*. Depuis les époques les

1 . Comp. Vie de Jésus, p. 257 et sui v; V Antéchrist, p. 81 elsuiv.

2. Voir stèle C^ du Louvre, lignes 15-16 (12* dynastie); papyrus de Boulaq, iv, lignes 2, 5 (19* dynastie). Dans la théorie

64 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126]

plus anciennes jusqu'aux livres hermétiques, l'Egypte proclame un Dieu, seul vivant en substance, engendrant éternellement son semblable, Dieu double et unique en même temps. Le Soleil est ce premier né, procédant éternellement du Père, ce Verbe, qui a fait tout ce qui est, et sans qui rien n'a été fait*. — Le judaïsme, d'un autre côté, tendait depuis longtemps, pour sortir de sa théologie un peu sèche, à créer de la variété en Dieu, en personoifiant des attributs abstraits, la Sagesse, la Parole divine, la Majesté, la Présence*. Déjà, dans les ailpiens livres sapientiaux, dans les

égyptienne, Dieu pou^créer décrète, et son décret se manifeste en forme de dieux qui .^accomplissent chacun des actes de Ja création. Chaque acte de là volonté divine en|;ratne ainsi une nouvelle émission du Verbe, qui s'incarne dans des formes de dieuz^ momentanément considérées. «comme secondaires. Le Verbe n'est pas créé une fois pour..4outes; il est créé au fur et à mesure des besoins de Tunivers [Maspero].

K . Textes égyptiens^dknsll.de Rougé,/{ev2^e arcA^o/.^ juin K 860; Mariette, Mèm, sur la înère d'Apis j Paris, 1856; Hermès Tris mégiste, livre I, 2, 5, 8, 10; II, 6, 10; IV, 1. n?»Toç tcS irpeirou ôioû. •

2. Targum d'Onrflos, Gen., xxvnr;" 13; Exode, xvii, 16; Nombr., xiv, 14; Deut,, xxx, 20; Isaïe, f, 15; vi, 1 ; Ezech., i, 1 ; Targ. de Jonathan, Josué, v, 5; I Sam., iv, *4; II Sam,, vi, 2. Les passages où les targums substituent K3>D1Z7 ou K1p> au nom de « Dieu» sont très-nombreux. Cf. Pirké Aboth, m, 2, 6; Matth., XXVI, 64; Marc, xiv, 62; Hébr., i, 3; II Pétri, 1. 17. V. B^xtorf, aux mots T\yi':i^, nm^^l.

[an 196] L*ÉGLISE CHRÉTIENNE. Ô5

Proverbes, dans Job ^ la Sagesse personnifiée joue le rôle d'un assesseur de la Divinité. La métaphj'sique et la mythologie, si sévèrement refrénées par le mosaîsme« prenaient leur revanche et allaient bientôt tout envahir. Un mot surtout de\1nt fécond; ce fut le mot dabar^ en chaldéen mémera^ « la Parole » • Les anciens textes faisaient parler Dieu dans toutes les occasions solennelles; ce qui justifiait des phrases comme cellesci : (( Dieu fait tout par sa parole, Dieu a tout créé par sa parole, m On fut ainsi amené à considérer n la Parole » comme un ministre divin, comme un intermédiaire par lequel Dieu agit au dehors \ Peu à peu on substitua cet intermédiaire à Dieu, dans les théophanies, les apparitions, dans tous les rapports de la Divinité avec l'homme. Ladite locution eut de bien plus grandes conséquences encore chez les juifs d'Egypte, qui parlaient grec. Le rîiot logosy correspondant de l'hébreu dabar ou du chaldéen mémera, ayant à la fois le sens de « parole » et celui de « raison », on entra par ce mot dans tout un monde d'idées, où l'on rejoignait, d^une part, les symboles de la théologie égyptienne dont nous

4. Prov., VIII, IX ; Job, xxvin. Comp. Sagesse de Jésus fils do Siracb, i, 4.

2. Le mot K1D>D est substitué à a Dieu » dans une foule de passages des Targums.

66 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 126J

parlions tout à l'heure, et, de l'autre, certaines spéculations du platonisme ^ Le livre alexandrin de la Sagesse, attribué à Salomon% se complaît déjà dans ces théories. Le Logos y apparaît comme le mélatrône^ l'assesseur de la Divinité \ On prit l'habitude de rapporter au Logos tout ce que l'ancienne philosophie hébraïque disait de la Sagesse divine *• Le « Souffle de Dieu » {rouah), déjà présenté au début de la Genèse comme fécond, devint une sorte de démiurge à côté du dabar^.

Philon ^ combina ces habitudes de langage avec ses notions de philosophie grecque. Le Logos de Philon, c'est le divin dans l'univers, c'est Dieu extério-

Page 1