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Suélone, Néron

[An 64] L'ANTECHRIST. 167

mérité le dernier supplice eurent horreur de ces cruels plaisirs. Les hommes sages eussent voulu qu'on fît seulement ce qu'exigeait l'utilité publique, qu'on purgeât la ville d'hommes dangereux, mais qu'on n'eût pas l'air de sacrifier des criminels à la férocité d'un seul^

Des femmes, des vierges furent mêlées à ces jeux horribles ^ On se fit une fête des indignités sans nom qu'elles souffrirent. L'usage s'était établi sous Néron de faire jouer aux condamnés dans l'amphithéâtre des rôles mythologiques, entraînant la mort

1. Tacite, Ann., XV, 44; Suét., Néron, 16; Clém. Rom., Ad Cor. I, c. 6; Tertullien, Apol., 5 (il en appelle aux commentarii officiels); Ad nat., I, 7; Scorpiace, 15; Eus., H. E., II, 22, 25; Chron.jSid ann. 13 Ner.; Lactance, De mort. persec.,%\ Sulpice Sévère, Hist. sacra^ II, 29; Orose, VII, 7; Grégoire de Tours, T, 24 ; Georges le Syncelle, Chron., p. 339. L'écho de cette persécution et les allusions aux supplices qu'on fit souffrir aux chrétiens se trouvent dans Apec, vi, 9 et suiv.; vu, 9 et suiv.; XII, 10-12 et même 17; xiii, 7, 10, 15-16; xiv, 12-13; xvi, 6; XVII, 6; xviii, 24; xx, 4; Hebr., x, 32 et suiv.; Pasteur d'Hermas, I, Visio m, c. 2; Carm. sibylL, IV, 136; V, 136 et suiv., 385 et suiv., peut-être Matth., xxiv, 9 (6>.t<}/iç). Nous montrerons bientôt que l'Apocalypse est sortie directement de la persécution de Néron. L'inscription relative à cette persécution (Orelli, n° 730) est fausse.

% Clém. Rom., Ad Cor, I, c. 6. Aià ÎJ^Xo; ^iwxôsToai pvaîxe; Aavaiôeç xal Atpxai, auiop-ara S'etvà xat àvo'cta ipaôcuoai inX tôv ta; nujTEw; Péoatov ^po'fxov xa-nîvTraav, xal eXaSov "yspaç "Yevvalov aX àaôsvsT; Tw ow{i.aTi.

168 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 64]

de r acteur. Ces hideux opéras, où la science des machines atteignait à des effets prodigieux S étaient chose nouvelle; la Grèce eut été surprise, si on lui eut suggéré une pareille tentative pour appliquer la férocité à l'esthétique, pour faire de l'art avec la torture. Le malheureux était introduit dans l'arène richement costumé en dieu ou en héros voué à la mort, puis représentait par son supplice quelque scène tragique des fables consacrées par les sculpteurs et les poètes ^ Tantôt c'était Hercule furieux, brûlé sur le mont OEta, arrachant de dessus sa peau la tunique de poix enflammée ; tantôt Orphée mis en pièces par un ours, Dédale précipité du ciel et dévoré par les bêtes, Pasiphaé subissant les étreintes du taureau, Attys ^ meurtri ; quelquefois, c'étaient d'horribles mascarades, où les hommes étaient accoutrés en prêtres de Saturne, le manteau rouge sur le dos, les femmes en prêtresses de Cérès, portant les bandelettes au front* ; d'autres fois enfin, des

i. Martial, Spectac . , xxi.

t. Martial, Spectac, v (cf. Suétone, Néron, 42; Apulée Metam., 1, 40), viii (cf. Suét., l. c), xxi ; Tertullien, Apolog., 15 (cf. 9) ; Ad nalioneSj I, iO. La tunica molesta impliquait d'ordinaire la représentation d'Hercule sur le mont OEta (Juv.,viii, 235; Martial, X, xxv, 5).

3. Peut-être le confondait-on avec Adonis tué par un sanglier

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