‹ L'AntechristChapitre 219 sur 397 · HORT DB M2R0R · texte numérisé non relu

HORT DB M2R0R

Dès la première apparition du printemps de- Tan 68, Vespasien reprit la campagne. Son plan, nous l'avons déjà dit, était d'écraser le judaïsme pas à pas, en procédant du nord et de l'ouest vers le sud et l'est, de forcer les fugitifs à se renfermer à. Jérusalem, et là d'égorger sans merci cet amas de séditieux. Il s'avança ainsi jusqu'à Emmaûs*, h. sept lieues de Jérusalem, au pied de la grande mon-

1. Cet Emmaiis ou Ammaiis est certainement la ville qui s'appela plus tard Nicopolis, et qui répond au village actuet d'Amwas, non loin de la route de Jaffa à Jérusalem, à peu près à moitié chemin. Nous croyons qu'il y eut un autre Emmaiis, répondant au village actuel de Kulonié = KoXwvia, à une lieue et demie de Jérusalem, auquel se rapportent Luc, xxiv, 1 3 ; Josèphe, B. J.^ VII, VI, 6, et dont le nom viendrait de Eammoça, « la source » (Josué, XVIII, 26; Talm. de Bab., Sukka, 43 a). Voir les Apôtres, p. 18-49, note, nonobstant Robinson, III, 146 et suiv.; Guérin,. Palest., I, p. 2o7 et suiv., 293 et suiv. ; Neubauer, Géogr. du

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tée qui mène de la plaine de Lydda à la ville sainte. 11 ne jugea pas que le temps fût encore venu d'attaquer cette dernière; il ravagea l'Idumée, puis la Samarie, et, le S juin, établit son quartier général à Jéricho, d'où il envoya massacrer les Juifs de la Pérée. Jérusalem était serrée de toutes parts; un cercle d'extermination l'entourait. Vespasien revint à Césarée pour rassembler toutes ses forces. Là il apprit une nouvelle qui l'arrêta court, et dont l'effet fut de prolonger de deux ans la résistance et la révolution à Jérusalem*.

Néron était mort le 9 juin. Pendant les grandes luttes de Judée que nous venons de raconter, il avait continué en Grèce sa vie d'artiste ; il ne rentra dans Rome que vers la fin de 67. Il n'avait jamais tant joui ; on fit coïncider pour lui tous les jeux: en une seule année; toutes les villes lui envoyèrent les prix de leurs concours ; à chaque instant, des députations venaient le trouver pour le prier d'aller chanter chez elles. Le grand enfant, badaud (ou peut-être moqueur) comme on ne le fut jamais, était ravi de joie : « Les Grecs seuls

Talm., p. i 00-1 02. L'anecdote de Luc perd tout sens, si Emmaiis est à sept lieues de Jérusalem. *ExaTbv l^wovra du Sinaïticus est une correction apologétique. Kulonié ou Kulondié ne peut être le KcuXo'v de Josué, xv, 60 (Septante) ; c'est sûrement un mot Jatin. Cf. Monatsschrift de Grœtz, 1869, p. 11 7-1 2<. 1. Jo5., B. J., IV, viii-ix, 2.

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savent écouter, disait-il ; les Grecs seuls sont dignes de moi et de mes efforts. » Il les combla de privilèges, proclama la liberté de la Grèce aux jeux Isthmiques, paya largement les oracles qui prophétisèrent à son gré, supprima ceux dont il ne fut pas content, fit, dit-on, étrangler un chanteur qui ne rabaissa pas sa voix comme il fallait pour faire valoir la sienne*. Hélius, un des misérables à qui, lors de son départ, il avait laissé les pleins pouvoirs sur Rome et le sénat, le pressait de revenir; les symptômes politiques les plus graves commençaient à se manifester ; Néron répondit qu'il se devait avant tout à sa réputation, obligé qu'il était de se ménager des ressources pour le temps où il n'aurait plus l'empire. Sa constante préoccupation était, en effet, que, si la fortune le réduisait jamais à l'état de particulier, il pourrait trèsbien se suffire avec son art*; et quand on lui faisait remarquer qu'il se fatiguait trop, il disait que l'exercice qui n'était maintenant pour lui qu'un délassement de prince serait peut-être un jour son gagne-pain. Une des choses qui flattent le plus la vanité des gens du monde qui s'occupent un peu d'art ou de littérature est de s'imaginer que, s'ils étaient pauvres, ils vivraient de leur talent. Avec cela, il avait la voix

i. Lucien, Nero, seu de isihmo, 9.

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