I. I Pétri
monde barbare ni au monde persan ; le monde arabe lui-même existe à peine pour eux. Les missions de saint Thomas chez les Parthes, de saint André chez les Scythes, de saint Barthélemi dans l'Inde appartiennent à la légende. L'imagination chrétienne des premiers temps se tourne peu vers l'Est ; le but des pérégrinations apostoliques était l'extrémité de l'Occident*; à l'Orient, on dirait que les missionnaires regardent déjà le terme comme atteint.
Édesse entendit-elle dès le premier siècle le nom de Jésus? Y eut-il dès cette époque du côté de l'Osrhoène une chrétienté parlant syriaque? Les fables dont cette Église a entouré son berceau ne permettent pas de s'exprimer sur ce point avec certitude ^ Il est
i. V. Saint Paul, p. 493 et suiv.
2. La liste régulière des évoques d'Édesse commence vers Tan SOO.V.Assémani, Bibl.or.,\^ p. 424 et suiv. Ce qu'on lit dans Gurelon, Ancient syriac documents relative to the earliest establishment of christianity in Edessa (Londres, 1 864], p. 23,61, 71 -72 , est plein d'anachronismes et de contradictions. Tout ce qui concerne l'apostolat de Thaddée ou Adée (ce deuxième nom n'est qu'une altération du premier) et le christianisme de l'Abgar Ucliamas est apocryphe^ et fabuleux. Le faux Leboubna d'Édesse, dansGureton, ouvr. cité, p. 6-23 (cf. ibid., 108-112); le même, traduit de l'arménienî publié par Alishan (Venise, 1868), et dans V. Langlois, Coll. dei hist. de l'Arm., I, p. 313 et suiv. (cf. Cureton, p. 1 66). Comp. Moïs de Khorène, Hist. d'Arm., II, ch. 26-36; Faustus de Bvzance,] III, 1 ; Gcnéal. de la fam. de saint Grég., i (Langlois, Coll,
(An 62] L'ANTECHRIST. 65
bien probable cependant que les fortes relations que le judaïsme avait de ce côté^ servirent à la propagation du christianisme. Samosate et la Gomagène eurent de bonne heure des personnes instruites faisant partie de l'Église ou du moins très-favorables à Jésus ^ Ce fut d'Antioche en tout cas que cette région de l'Euphrate reçut la semence de la foi^
Les nuages qui s'amoncelaient sur l'Orient troublèrent le cours de ces prédications pacifiques. La bonne administration de Festus ne put rien contre le mal que la Judée portait dans son sein. Les brigands, les zélotes, les sicaires, les imposteurs de toute espèce
précitée, t. II); Eusèbe, H. E., I, 13; II, 4 ; Assém., Bihl. or., ï, 318; III, 4" part., p. 289, 302, 614 ; Nicéphore, II, 7, 40; saint Éphrem, Carmina nisibenaj p. 138 (édit. Bickeli); Lequien, Oriens christ., II, col. 1101-1102. Les actes des martyrs Scherbil et Barsamia, qui auraient souffert sous Trajan (Gureton, ouvr. cité, p. 41-72; cf. Acla SS. Jan., II, p. 1026), n'ont pas beaucoup de valeur. La version Peschîlo est de la fin du second siècle . Bardesane, il est vrai, suppose avant lui un assez long établissement du christianisme.
1 . Se rappeler tout ce qui concerne le séjour de la famille royale del'Adiabène à Jérusalem.
2. Lettre de Mara, fils de Sérapion, dans Gureton, SpiciL syr., p. 73-74. Gel écrit est probablement de Tan 73.
3. Le faux Leboubna, dans Gureton, op. cit., p. 23; dans Langlois, p. 325. Édesse et même Séleucie sur le Tigre reconnurent d'abord la suprématie ecclésiastique d'Antioche. Assémani, Bibl. or., II, p. 396; III, 2' partie, p. dcxx; Lequien, Or christ., II, col. 4104-1405.
66 ORIGINES DU CHRISTIANISME. [An 62]
couvraient le pays. Un magfcien se présenta, après vingt autres, promettant au peuple le salut et la fin de ses maux, s'il voulait l'accompagner au désert. Ceux qui le suivirent furent massacrés par les soldats romains * ; mais personne ne fut désabusé des faux prophètes. Festus mourut en Judée vers le commencement de l'an 62. Néron lui donna pour successeur Albinus. Vers le même temps, Hérode Agrippa II ôta le pontificat k Joseph Gabi pour le donner à Hanan, fils du célèbre Hanan ou Anne, qui avait contribué plus que personne h la mort de Jésus. Ce fut le cinquième des fils d'Anne qui occupa cette dignité \
Hanan le Jeune était un homme hautain, dur, audacieux. C'était la fleur du sadducéisme, la complète expression de cette secte cruelle et inhumaine, toujours portée à rendre l'exercice de l'autorité insupportable et odieux. Jacques, frère du Seigneur, était connu dans tout Jérusalem comme un âpre défenseur des pauvres, comme un prophète à la façon