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CHAPITRE PREMIER

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES (1

S’il est vrai qu’une grande fécondité est la preuve d’une bonne santé, je crois que l’école d’anthropologie criminelle n’a besoin d’aucun autre témoignage pour démontrer qu’elle est bien vivante et qu’elle se porte très bien ; quoique quelques gens prétendent qu’elle soit mort-née ; et quoique, en mauvais chrétiens, ils n’aient garde de lui refuser même le baptême qu’on donne pourtant toujours aux pauvres innocents mort-nés. — Che mai non fur vivi (Dante).

Il y a quatre ans seulement qu’au milieu de l’étonnement des ennemis du progrès moderne, on a vu se rassembler à Rome 128 savants (2) qui étaient venus de tous les côtés de l’Europe, nous apportant les dernières découvertes de cette

(1) Relation lue au 2 9 Congrès d’anthropologie criminelle, Paris, 1889.

(2 ) Actes du premier Congrès d 1 anthropologie criminelle , 1887, Rome.

science nouvelle et déjà mûre, découvertes quunc merveilleuse exposition confirmait expérimentalement. — Mais depuis ce moment, le mouvement (ce n’est pas une exagération de l’affirmer) a redoublé de vitesse et d’intensité.

Les nouvelles observations foisonnent de tous côtés.

Cerveau. — Nous citerons seulement les anomalies des circonvolutions cérébrales qui, pour bien des raisons, paraissaient se soustraire aux recherches scientifiques, parce qu’on n’avait pas encore pu saisir complètement leur type normal. Lemoine nous a signalé chez un cleptomane, ex-membre de la Commune une anomalie unique jusqu’ici dans la science, la fusion congénitale des deux lobes frontaux ( Archives d’ anthropologie criminelle, 1886). Hotzen ( Befunde am Gehirn einer Muttermorderin , 1886) décrit chez Marie Ivauster qui, à quinze ans, avait tué sa mère pour en hériter, et qui n’avait pourtant montré aucune anomalie psychologique, une pachiméningite hémorrhagique, une atrophie de circonvolutions frontales et du lobe occipital qui ne couvrait pas le cervelet, et un grand nombre de segmentations atypiques dans les circonvolutions, surtout de l’hémisphère gauche.

Lambl ( WestphaL Archiv fur Psychiatrie, 1889) a trouvé une complète parencéphalie avec destruc-

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES 41

lion des racines de la circonvolution frontale

ascendante chez un jeune escroc.

: Richter a présenté à la Société de psychologie de Berlin, un cerveau de criminel, avec bifurcation de la scissure de Rolando. ( Archives de Neurologie , 1885.) Fallût (Bulletin de la Société d' Anthropologie, 1889), Benedikt, Brown, Tenchini, Willigk etMingazzini ont observé 5 fois sur 112 criminels, un vrai opercule . occipital, c’est-à-dire une plus grande profondeur du deuxième pli de passage, ce qui est très rare dans les cerveaux normaux, très fréquent dans les microcéphales (4 sur 12). La séparation de la scissure calcarienne de l'occipitale a été observée par eux sept fois sur 112 criminels; sur 100 hommes honnêtes une fois, et sur 12 nègres, une fois.

Un autre fait qui est maintenant bien assuré, c’est le plus grand développement du cervelet qui contraste avec le volume du cerveau ; même les femmes criminelles qui ont toujours le minimum des anomalies étaient en cela très voisines des mâles. Le poids du cervelet et de ses annexes était de 153 grammes, tandis que chez les femmes honnêtes il est de 147 ( Archivio Psichiatria , IX, 612), chez les mâles il va jusqu’à 169.

Tous les observateurs confirment la fréquence des communications anormales des circonvolutions et cela clans des cerveaux bien souvent plus volumineux que chez les autres; ces anomalies confirmentla prophétie de Broca qui fut le père de l’anthropologie, et, par là, l’ancêtre de l’anthropologie criminelle.

« Une ou plusieurs de ces communications, écrivait-il, n’empêchent pas un cerveau d’être à la fois très intelligent et très bien équilibré; mais lorsqu’elles sont nombreuses, lorsqu'elles affectent des parties importantes, elles sont l’indice d’un développement défectueux. C'est ce qu’on voit souvent sur les cerveaux peu volumineux des pauvres d’esprit ou des imbéciles, et c’est ce qu’on voit aussi très fréquemment sur les cerveaux des assassins, avec cette différence que, dans le premier cas, le moindre développement des plis de nassage ou d’anastomoses est en rapport avec le développement des circonvolutions en général et avec la petitesse cérébrale; tandis que, dans le second cas, il coïncide, au contraire, avec l’ampleur de la plupart des circonvolutions et témoigne do l’irrégularité du développement du cerveau. »

Crânes. — Il est naturel que ce soit sur le crâne dont le type normal est bien connu, que les anomalies aient été reconnues en plus grand nombre, non seulement dans ces dernières années, mais même depuis plusieurs siècles.

Commençons par l’anomalie qui est peut-être la plus caractéristique et certainement la plus atavistique chez les criminels, par la fossette occipitale moyenne. Sa fréquence a été confirmée par tous les observateurs, ïenchini, Benedikt, Mingazzini, excepté par M. Féré, qui, nous le

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES

croyons, n’a pas très approfondi cette étude.

Il est curieux de noter, par exemple, que M. Marimo qui avait entrepris ses recherches pour combattre l’importance de cette anomalie et sa signification atavistique, a dû la confirmer au contraire, l’ayant trouvée dans la proportion (1) :

De 4,19 chez les Européens normaux (1320).

« 16 chez les Européens criminels (loOj.

« 60 chez les Zélandais (22).

« 22 chez les Australiens (222).

« 26 chez les Américains (46).

« 19 chez les Egyptiens et les Etrusques (126).

Morselli ( Archives de Psichiatria, 1890) vient de trouver cette fossette chez 14 p. 100 de 200 fous. Etudiant 70 crânes d’anthropomorphes, il l’a trouvée constante chez les semnopithèques, et chez les cinomorphes ; avec quelque absence chez les ilobates ; — elle manquait, presque toujours, chez les anthropomorphes supérieurs : — chimpanzé,

0 fois sur 3 ; gorille, 1 fois sur 3 ; orang-outang,

1 fois sur 30, ce qui confirme l’importance atavistique de cette fossette.

La fréquence de la synostose précoce a été également confirmée par les recherches de MM. Mingazzini et Romiti; et celle de la crête frontale hypertrophique (étudié par M. Tenchini pendant les séances du premier congrès) a été confirmée par MM. Mingazzini, Yaraglia, Marimo, qui l’ont trouvée dans 47 p. 100 des criminels, et

(1) Archimo di Psichiatria, 1889.

4 i LES rUOGRÉS DE l’ANTIIROPOLOGIE CRIMINELLE

dans 44 p. 400 des honnêtes. (Arckivio di Psi-

ckiatria , vol. VI II, p. 08.)

M. Marimo a trouvé les wormiens du ptérion dans la proportion de 23 p. 400 de ses criminels (Arch. d'Anthrop ., 4 889) ; j’avais trouvé cette même proportion ( Homme criminel , p. 471). Chez les Papous il les a trouvées dans la proportion de 3G p. 400, chez les Australiens 28 p. 400; dans l'Italie du Midi 46 p. 400, du Nord 8o p. 400.

M. Penta, à son tour, a observé un phénomène atavistique des plus singuliers : la présence de deux os anormaux aux côtés de l’occipital qui vont rejoindre le ptérion, comme dans les poissons plcuronectiles. ( Rioista di discipline carcercirie , 1889, p. 23.)

Blomberg ( Uber 100 Kephalogramme,yfûvcfàT\ 4890) étudia par les méthodes craniométriques de Rieger, 40 criminels, 20 femmes criminelles, 42 fous, 8 folles, et 21 soldats.

Il trouva :

Criminels Criminelles

Fous

Folles

Soldats

La plagiocéphalie chez

La mâchoire vol. —

la —

Le front fuyant —

L’asymétrie faciale —

Le nez tordu —

Les oreilles anorm. —

Le lobule sexile —

Il résulterait de ces chiffres que chez les criminels le nez tordu, les anomalies de l’oreille, du lobule surtout et de la mâchoire sont plus fréquentes que chez les soldats.

Cependant les anomalies du crâne en général

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES 45

étaient presque plus nombreuses que les crânes normaux mêmes : on en a trouvé contre 1 00 crânes normaux, 115 chez les criminels mâles, 120 chez les criminelles femmes, 75 chez les folles, 83 chez les fous.

11 a trouvé l’hérédité morbide chez 85 p. 100 des criminels, chez 90 p. 100 des criminelles, chez 84 p. 100 des fous, et chez 57 p. 100 des hommes normaux.

Chez les héréditaires, l’anomalie la plus fréquente était l’aplatissement unilatéral du front ou de l'occiput, la soudure précoce des sutures.

M. Miq gazzini, en étudiant 30 crânes criminels, y trouve, dans 16 p. 100, le métopisme, dans 6 p. 100 la fusion des os du nez, une fois l’os basiotique, dans 33 p. 100 la proéminence des arcades sourcilières, dans 10 p. 100 la submicrocéphalie, dans 20 p. 100 la tératologie complète du crâne, c’est-à-dire asymétrie, slénocrotaphic, mâchoire énorme, énorme index perplatyrhinique et brachistaphylique dans le même crâne. (Archivio cli Psichiatria , IX, p. 612.) — M. Severi nous a montré, ainsi que Varaglia l’avait entrevu, une plus grande capacité des fosses crâniennes occipitales, ce qui confirme et explique le volume plus grand qu’on avait reconnu dans le cervelet des criminels.

Appliquant la photographie composite (galtonienne) à l’étude du type criminel, j’ai trouvé dans six crânes d’assassins et dans six de voleurs de grands chemins, deux types qui se ressemblent merveilleuse#*£&t et qui présentent, avec une

exagération évidente, les caractères du criminelné et même, on pourrait bien le dire, de l’homme sauvage : sinus frontaux très apparents, zygomes et mâchoires très volumineux, orbites très grands et très éloignés, asymétrie du visage, type ptéléiforme de l’ouverture nasale, appendice lémurien des mâchoires (fig. 1). Six autres crânes d’es-

crocs et de voleurs m’ont donné un type moins précis, mais l’asymétrie, la largeur des orbites, la saillance des zygomes y sont toutefois très nettes quoique moins marquées. Ces anomalies sont moins évidentes dans une photographie obtenue avec ces dix-huit crânes.

Cette observation me semble avoir une importance tout aussi grande, dans un ordre d’idées bien plus général , car elle vient étayer puissamment la signification et l’importance des statistiques moyennes, lorsqu’elles semblaient devoir

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES

s’écrouler sous les derniers coups qu’on leur a portés. Nous avons aujourd’hui des indications très nettes à l’appui de nos théories, en ne travaillant que sur des groupes véritablement homogènes.

Squelette. — M. Tenchini étudiant 63 squelettes de criminels, y a trouvé, dans 6 p. 100 des cas, la perforation de l’olécrane qu’on observe dans 36 p. 100 des Européens et dans 34 p. 100 des Polynésiens; il vient d’observer, de même, chez eux, 10 fois sur 100, des côtes et des vertèbres en plus, et 10 fois sur 100 en moins ; ce qui rappelle la grande variabilité de ces os dans les vertébrés inférieurs.

Dans ces derniers temps, il a même trouvé, chez un criminel, quatre vertèbres sacrales de moins, remplacées par quatre vertèbres cervicales supplémentaires.

IY

Anomalies dans les vivants. — Marro ( Caratteri dei delinquenti 1889), qu’on peut bien appeler le Jussieu de l’anthropologie criminelle, a étudié toutes les sous-espèces de Y Homo criminalis , et il a trouvé que les anomalies qu’il appelle atypiques (comme nez tordu, goitre, etc.) sont, chez les auteurs de blessures, moins nombreuses

(8 LI-S mOGRÉS DE L’ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE

que chez les normaux, pendant qu’on vérifie le contraire sur les voleurs et les filous. Seuls les escrocs s’approchent de la moyenne physiologique, tout en restant au-dessous.

Les anomalies pathologiques (parésies, etc.), qui dépendent presque toujours des habitudes alcooliques ou de la vie de prison, se remarquent avec une grande fréquence chez les meurtriers, tandis qu’elles présentent quelque diminution chez les auteurs de blessures.

11 trouva une plus grande capacité et une plus grande circonférence de la tête chez les filous, et chez les simples voleurs, chez lesquels il observa encore que la courbe transversale de la tête est plus grande, — il observa le plus petit diamètre vertical du crâne (dans la proportion de 4,3) chez les homicides récidivistes, tandis qu’il était de 1,6 chez les homicides non récidivistes. Fcrr avait trouvé la longueur du visage plus grande dans les homicides que dans les auteurs de blessures et dans les filous. Murro remarqua que chez les escrocs la brachicéphalie était moins exagérée et la microcéphalie frontale moins fréquente.

11 trouva chez les criminels les proportions de 86 p. 100 de fronts étroits et de 41 p. 100 de fronts bas. Les mêmes proportions chez les normaux étaient respectivement de 51, 9 p. 100 ef de 15 p. 100.

Chez les assassins, Marro, a trouvé bien souvent le diamètre mandibulaire exagéré, les zigomes distants, les cheveux noirs et touffus; défaut de barbe, et pâleur du visage.

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES

La brachicéphalie se montra, chez les auteurs de blessures, plus fréquente que dans toute autre espèce de criminels ; la longueur des bras et meme des mains est aussi un caractère de ces gens. Au contraire, chez les coupables de viols, on rencontre le front étroit, les mains et les bras courts, caractères fréquents qui les rapprochent assez des femmes criminelles, comme nous allons le voir.

Chez les vagabonds, on remarque l’absence des caractères physiques (tels que les sinus frontaux, la mâchoire volumineuse) qu’on peut croire des signes énergie, et la présence, au contraire, des autres anomalies qui annoncent la faiblesse physique et morale (hernies, par exemple).

Les anomalies somatiques et psychiques atteignent, chez les assassins, 45 p. 100; chez les auteurs de viols, elles vont jusqu'à 33 p. 100; chez les voleurs avec effraction à 24 p. 100; elles abandonnent aussi parmi les criminels d’occasion.

Quant aux névropathies, nous voyons qu’elles sont assez fréquentes chez les assassins (45 p. 100), et encore plus chez les incendiaires 85 p. 100); elles sont plus rares chez les auteurs de vol simple (36 p. jlOO) et chez les oisifs (38 p. 100), et plus rares encore chez les violateurs (33 p. 100), chez les voleurs de grand chemin (23 p. 100), chez les voleurs avec effraction (24 p. 100), les auteurs de blessures et les escrocs.

Pour les différences de la main, Marro a trouvé qu’en général, les mains trapues et courtes abondent chez les meurtriers, tandis que chez les autres espèces de criminels prédominent les mains

allongées, dans lesquelles la longueur des doigts est égale à celle de la paume de la main et quelquefois plus grande.

Les différences de la sensibilité sont remarquables dans les diverses classes de criminels et même chez les individus d’une même classe. — Marro a trouvé que la diminution de la sensibilité générale se montre avec plus de fréquence chez les auteurs de viols, puis chez les assassins, les voleurs de grand chemin et les escrocs.

Pour ce qui est de l’intelligence, on peut dire que, généralement, elle est moindre chez les criminels contre les personnes, et plus puissante chez les criminels contre la propriété et chez les escrocs.

La passion du jeu est grande chez les auteurs de viol et de blessures; un peu moins chez les oisifs, chez les voleurs de grand chemin et les assassins.

En voici les proportions :

Assassins 37 p. 100

Auteurs de blessure* 66 —

Auteurs de viols 66 —

Voleurs de grand chemin 51 —

Incendiaires 14 —

Escrocs 45 --

Voleurs 63 —

Oisifs 59 —

On pouvait bien s’attendre h ce que les habitudes d’alcoolisme fussent très répandues chez les criminels, et, en effet, Marro les a trouvées chez 74, 7 p. 100 des criminels.

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES

De ses études, il résulte encore que les habitudes religieuses sont développées chez les criminels, presque à l’égal des normaux, plus encore même parmi les assassins et les auteurs de viol (peut-être parce que ceux-ci abondent chez les villageois) ; au contraire, elles sont bien faibles, chez les criminels d’occasion, les voleurs exceptés.

La récidivité et la précocité abondent parmi les criminels d’occasion, qui présentent peu de caractères dégénératifs.

Pour ce qui est de l’hérédité, on voit qu’elle dépend en première ligne, de l’âge avancé des parents, de l’alcoolisme, de l’irritabilité du père, en deuxième ligne de l’aliénation et de la criminalité des parents (1).

En résumant ces caractères, on peut dire :

Chez les assassins et les meurtriers, il y a pré-

Chez

Chez

Chez

Chez

le

la les aïeux 1

es aïeux

père.

mère, paternels, m

atcrnels.

Alcoolisme

Vieillesse

Folie

Maladie cérébro-spin

Epilepsie

Criminalité

Immoralité ou carac

tère violent . . .

Phtisie pulmonaire.

Et comme cause de

mort l’on a

reconnu :

Chez le père.

Chez

la mère.

L’alcoolisme

. r dans 7.2 p. 100

Le suicide

La folie

Les maladies cérébro

-s pi-

unies

La tuberculose . . . .

52 LES PROGRÈS DE l’aNTIIROPOLOGIE CRIMINELLE

valence de la courbe et du diamètre transversal de la tête, la demi-circonférence postérieure de la tête est plus forte que l’antérieure : la mâchoire inférieure est volumineuse et les zygomes éloignés : ils ont le plus souvent les cheveux noirs et touffus et la barbe rare ; le goitre et les mains trapues s’y rencontrent aussi avec fréquence. Chez les auteurs de blessures, la brachicépluilic est le caractère le plus constant ; vient ensuite la longueur des mains et des bras.

Chez les auteurs de viol, on a observé une taille petite, avec poids relativement élevé, les mains et les bras courts, le front étroit, la demicirconférence antérieure de la tête très courte. Les anomalies des organes génitaux et du nez sont fréquentes, et presque toujours rintelligence est très peu développée.

Les cheveux touffus et la barbe rare, la dérivation de parents alcoolisés et névropathes, caractérisent les voleurs de grand chemin. Beaucoup d’entre ceux-ci sont tatoués et ont les réflexes exagérés.

Les incendiaires sont presque tous aliénés :

leurs parents l’étaient aussi.

On a trouvé chez les escrocs les mâchoires fortes, les zygomes éloignés, le poids du corps très élevé, parents âgés, intelligence discrète, quelquefois même très développée.

Les voleurs avec effraction ressemblent aux voleurs de grands chemins, par les caractères physiques et psychiques. Chez eux, on trouve un grand nombre de fous simulateurs. Chez les

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES

autres voleurs, on remarque les cheveux noirs et la barbe rare ; l'intelligence est plus soignée que dans les autres classes, les escrocs exceptés ; l'alcoolisme chronique est très fréquent, tandis qu’il l’est moins chez leurs parents.

Chez les oisifs, Marro a trouvé beaucoup d’anomalies psychiques : arrêt du développement de l’intelligence, en particulier l’épilepsie et d’autres défauts expliquent leurs penchants étranges.

Sur les femmes criminelles, les influences sociales sont bien plus puissantes que sur les mâles ; viennent ensuite la vieillesse, l’aliénation mentale et l’alcoolisme des parents qui produisent presque autant de femmes criminelles que d’hommes.

On a prétendu que ces découvertes étaient en contradiction avec les miennes ; mais, au contraire, elles 11e font que les confirmer complètement : seulement elles nous montrent des espèces, là où je n’avais entrevu qu’un genre : c’est justement le signe du progrès, que cette subdivision des phénomènes, qui paraissaient simples à première vue, car on marche toujours du simple au composé.

En étudiant par la méthode statistique cent nouveaux types criminels qui ont posé (je vole le mot aux artistes) dans mon laboratoire, le professeur Rossi a confirmé presque toutes les obser-

54 LES PROGRÈS DE l’àNTIIROPOLOGIE CRIMINELLE

valions de Marro (1). La circonférence moyenne du crâne a été trouvée de 552 centimètres (selon Marro, elle serait de 550). La courbe antéro-postérieure était de 345 centimètres (340 selon Marro), la courbe transversale, de 229 centimètres (suivant Marro, 211).

La brachicéphalie est plus diffuse, — dans la proportion de 83,3, — tandis que les dolichocéphales étaient dans la proportion de 8 p. 100 et les mésaticéphales dans celle de 8,3 p. 100; la capacité crânienne était de 15,48 (selon Marro, 15,72).

Les anomalies plus nombreuses de la tête ont été :

Les sinus frontaux énormes chez 20 p. 100.

L’oxicéphalie 5 —

La platicéphalie .... 5 —

La scaphocéphalie. ... 4 —

La plagiocéphalic. ... 5 —

Et dans la face :

L'asymétrie faciale ... 24

Lamâchoire hypertrophique 23

Les oreilles à anse . ... 24 —

Le strabisme 14

Les dents enchevêtrées . . 8 —

Les incisives médianes absentes 2 —

Les canines médianes absentes 1 —

Les incisives médianes hypertrophiées 3 —

Les canines médianes hypertrophiées 2 —

(1) Unia centuria di Criminali , 1889.

ANOMALIES MORHIOLOGIQUES

La moyenne de la sensibilité tactile a été trouvée par M. Rossi chez 69 criminels, de 2,62 millimètres à droite, et de 2,41 millimètres à gauche.

L’analgésie a été trouvée dans 15 p. 100 des sujets, la sensibilité à la douleur plus forte à droite dans 34 p. 100 ; à gauche dans 39 p. 100 ; égale dans 15 p. 100.

La force la plus grande était à gauche dans 40 p. 100 des cas, l’épilepsie existait dans 32 p. 100.

Sur 100 criminels, 81 p. 100 se livraient à la boisson (15 dès leur enfance).

L’impulsivité, le caractère irascible se remarquaient dans 40 p. 100.

L’inconstance dans 18 p. 100 ; la religiosité dans 25 p. 100 ; le tatouage fut observé dans 23 cas sur 100 (1).

M. Ottolenghi (2) a examiné l'échancrure nasale de 526 crânes dont 397 normaux, 129 de criminels, 50 de fous. 11 y a trouvé des anomalies dans la proportion de 23,92 p. 100 chez les normaux, 39,52 p. 100 chez les criminels (48,14 p. 100 d’hommes ; 33,33 p. 100 de femmes).

Mais, ce qui est plus important, il a rencontré dans le plus haut degré de l’anomalie, la vraie gouttière simienne dans le rapport de 1, 70 p. 100

(1) Cenluria di Criminali , 1888.

(2) Archivio di Psichialria Scienze penale , 1888.

chez les normaux et de 16,60 p. 100 chez les criminels.

Sur 20 crânes de crétins de la Lombardie et du Piémont, l’anomalie de l’échancrure nasale était dans le rapport de 55 p. 100. Chez les fous (presque tous Piémontais) il a trouvé presque aussi fréquemment cette anomalie (42 p. 100); 13 épileptiques ont donné 38,46 p. 100. Il a cherché les anomalies de l’épine nasale dans les crânes de 60 normaux, de 30 criminels, de 13 épileptiques, de 50 fous et de 20 crétins, et il l’a rencontrée très développée chez les criminels (48,7 p. 100), surtout chez les assassins et chez les fous (40 p. 100) ; et moins fréquemment chez les normaux (24 p. 100).

On a ensuite étudié la dimension, l’inclinaison, la surface, la direction et la protubérance des os nasaux.

Ce sont les criminels (surtout les assassins) qui offrent les os nasaux les plus développés (40 p. 100), tandis que chez les normaux la proportion n’est que de 4 p. 100.

Pour la direction, Ottolenghi a constaté fréquemment (36 p. 100) la déviation des os nasaux chez les criminels, 30 p. 100 chez les épileptiques, tandis qu'elle était de 16 p. 100 chez les normaux.

M. Ottol engin a observé aussi Y ouverture nasale asymétrique , appelée par M. Welecker ptê leiforme : celle-ci, très rare chez les normaux (8 p. 100), prédomine parmi les criminels (36

p. 100), spécialement chez les voleurs (37,5 p. 100)

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES S7

et presque autant chez les fous (32 p. 100); chez les crétins (sur 20 individus 20 p. 100), et chez les épileptiques (sur 13 individus 32 p. 100).

Il a étudié, sur le vivant, la forme du nez, son profil, sa base, sa largeur, sa protubérance (selon les règles tracées par M. Bertillon) (1), chez 630 normaux 392 criminels , 40 épileptiques et 10 crétins.

Le criminel, en général, présente le nez rectiligne (60,31 p. 100), à base horizontale (60,97 p. 100), de longueur moyenne (48,73 p. 100), plutôt large (54,14 p. 100); pas trop protubérant (38,53 p. 100) ; souvent dévié (48,13 p. 100).

Parmi les criminels on a pu déterminer suffisamment bien le nez du voleur et celui du violateur.

Le voleur présente en grande partie le nez rectiligne (40, 4 p. 100); souvent concave (23,32 p. 100); à base souvent relevée (32,13 p. 100); fréquemment court (30,92 p. 100) ; large (53,28 p. 100), écrasé (31,33 p. 100) ; et bien des fois dévié (37,5 p. 100).

Les violateurs ont le plus souvent le nez rectiligne (54,5 p. 108) ; écrasé (50 p. 100) et dévié (50 p. 100), mais de dimensions moyennes.

Chez les normaux, le nez est tantôt crochu (26,87 p. 100); tantôt onduleux (25,4 p. 100); plutôt long (57,7 p. 100)) ; de moyenne largeur (54,8 p. 100) ; à base très souvent abaissée (42 p. 100) et très rarement écartée (6 p. 100); surtout protubérant (30 p. 100).

(1) Archives d’ Anthropologie, 1887, Paris.

58 LES PROGRÈS DE l’ ANTHROPOLOGIE CRIMINELLE

L’on voit donc que si le profil le plus souvent rectiligne et la direction écartée distinguent le nez du criminel de celui du normal, la longueur, la largeur et la protubérance distinguent suffisamment entre eux les différents types de criminels.

Le nez de l’épileptique est souvent onduleux (42,8 p. 100) et crochu (32,8 p. 100) ; à base horizontale (72,3 p. 100); très long (74 p. 100); plusieurs fois bien large (30 p. 100) ; souvent dévié (25 p. 100), presque toujours protubérant (59,94 p. 100).

Le crétin a le nez camus ; très souvent concave (50 p. 100) ; à base horizontale (100 p. 100) ; court (60 p. 100); large 100 p. 100); écrasé (100 p. 100) ; souvent dévié (40 p. 100).

YII

M. Frigerio a publié sur les anomalies de l’oreille, chez les criminels, des études qui sont d’une grande importance (1). En voici les conclusions :

1° Le pavillon de l’oreille doit être placé en première ligne parmi les organes qui offrent des caractères de dégénérescence ;

2° L’angle auriculo-temporal mérite la plus grande attention au point de vue de l’anthropologie et de fidentification personnelle ;

3° L’angle auriculo-temporal dépasse 90° dans les conditions normales avec des chiffres de beau-

(l) Archives d' Anthropologie criminelle , 1888, p. 17.

ANOMALIES MORPHOLOGIQUES 59

coup inférieurs à ceux que l’on constate chez les fous et les criminels ;

4° La moyenne pour 100 tend à augmenter, de l’homme sain à l’aliéné et au criminel ;

Elle est dépassée chez les singes, sur lesquels elle est rarement inférieure à 100° ;

5° L’indice de la conque et celui du pavillon décroissent chez les individus sains du premier âge et de l’âge adulte.

Ils semblent, avec l’ampleur de l’angle auriculotemporal, liés au développement de l’intelligence;

6° La plus grande variation de l’indice de la conque, comparée à celle du pavillon chez les individus sains, permet de croire que, du premier âge à l’âge mûr, il y a , spécialement dans la conque, un plus grand développement dans le sens longitudinal que dans le sens transversal ,

7° Si, chez les aliénés, on adopte l’indice moyen des deux oreilles pour la conque et le pavillon, on observe, bien que l’indice de la conque soit supérieur à celui de l’individu normal, que l’indice du pavillon lui est au contraire inférieur. Cependant, chez les aliénés, la conque a un développement plus grand que le pavillon , surtout dans le sens transversal ;

8° D'après l’indice moyen de la conque, les aliénés et les criminels se succèdent comme suit, en ordre décroissant : non héréditaires , 0,69 ; dégénérés et violateurs, 0,67 ; voleurs de grands chemins, 0,66; homicides, 0,65; voleurs et faussaires, 0,65; héréditaires, 0,64; incendiaires, 0,60.

M. Frigcrio est arrivé à ces résultats, grâce à

rotomèlre , instrument très ingénieux et très simple dont il a -enrichi les laboratoires des anthropologues.

Le professeur Gradenigo a étudié le pavillon de l’oreille sur une plus grande échelle (1).

Les sujets qu’il a observés étaient très nombreux. Outre l’examen attentif de 650 personnes (350 hommes et 300 femmes), il a passé rapidement en revue les pavillons de 25,000 personnes à Turin (15,000 hommes, 10,000 femmes). Il a examiné 330 aliénés (180 hommes, 150 femmes),- 76 crétins (50 hommes, 26 femmes), 352 criminels typiques (304 hommes, 48 femmes).

Voici scs résultats :

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