‹ L'anthropologie criminelleChapitre 64 sur 119 · ARGOT CRIMINEL · texte numérisé non relu

ARGOT CRIMINEL

Mémoire. — En tant que faculté simplement conservatrice, la mémoire est indépendante de l'intelligence; aussi la faiblesse intellectuelle n'impliquet^elle pas la faiblesse de la mémoire. On rencontre des individus affectés d'une débilité mentale bien manifeste et doués pourtant d^une mémoire correcte ou même brillante : ils connaissent l'histoire au bout des doigts, vous récitent sans broncher des dates, des séries de souverains, des successions de faits ; ils apprennent avec facilité les langues étrangères.

Des faits du même genre ont été observés parmi les criminels.

J'ai connu, dit Laurent (i), plusieurs criminels d'une intelligence très ordinaire et qui cependant parlaient bien et avaient appris vite différents idiomes modernes, mais naturellement sans avoir une connaissance approfondie de la grammaire et de la langue.

Argot criminel. — Le monde criminel fait usage d'une langue qui lui est propre, ou plutôt d'un argot. Par bien des caractères, cet argot semble se rapprocher du langage des peuples primitifs.

Absolument indigent et dépourvu pour exprimer les sentiments ou les idées d'ordre relevé, l'argot criminel multiplie à l'infini les mots indiquant les choses ou les actions habituelles ; ainsi, il compte 72 termes pour désigner le fait de boire, d'être ivre ; 32 pour désigner l'argent ; il est particulièrement riche pour exprimer l'action de voler, de tuer. La police, les juges, la prison, ont aussi de multiples dénominations.

Comme les langues des peuples enfants, l'argot criminel fait vivre les objets inanimés et leur donne

(I) op. citât. Page 375.

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