ARGOT CRIMINEL I
une forme humaine : la nuit s'appelle Bernarde; le marteau, \t frère Frappard,
Par contre, Targot criminel animalise ce qui touche à Fhomme : la peau devient le cuir ; les bras, les ailerons ; la bouche, le bec ; les membres, les abiatis.
L'onomatopée y est fréquente et souvent, les objets sont désignés par leur attribut. Fric-frac veut dire l'extraction ; la tocante j c'est la montre; \q pif ts\ le pistolet. La casquette s'appelle la couvrante; l'allumette, la soufrante ; la lune, dont la lumière dérange le malfaiteur, est la moMc/zard^; le réverbère, Vincommode ; l'heure , la rapide ; la bourse, la ^amfe;la langue, la menteuse; le gendarme, le cogne.
L'argot criminel abonde en images vives, pittoresques, en expressions piquantes, comiques, gauloises. Les pieds sont les courriers^ les jambes les compas; la tête est la halle aux poux (en allemand lausenmarkt). Faire dans son pantalon se dit déballer dans son culbutant. Lâcher une pastille du sérail ou envoyer Vâme d'un haricot au ciel est une expression qu'il est inutile de traduire. Le water-closet est le garde-manger; l'anus, \t panier à crottes; le coup de pied se dit coup de poupe.
Mais ce qui stigmatise l'argot criminel, c'est son caractère abject, cynique, froidement grossier et trivial. En plusieurs passages des Misérables [i]^ Victor Hugo a fait ressortir avec vigueur ce caractère d'abjection :
Cette langue, dit-il, laide, inquiète, sournoise, traîtresse, venimeuse, louche, vile, profonde, fatale de la misère : cet idiome abject qui ruisselle de fange, ce vocabulaire pustuleux dont chaque mot nous semble un anneau immonde d'un monstre de la vase et des ténèbres. x> Et
(i ) V. Hugo, LiêMUérabUs, Pari8> J . Heuel, édit. déf. t V, p. 2 n .