SIGNES SPÉCIAUX
ailleurs, il parle de « cet énigmatique dialecte, à la fois révolté et flétri. »
Quelques exemples justifieront cette sévère appréciation. Pour dire qu'une femme est enceinte, Targot criminel se sert de l'expression : elle a un polichinelle dans le ventre.
Mourir, c'est avaler sa fourchette; aller au supplice, c'est épouser sa veuve ; la visite de santé s'appelle le montre-tout; le cercueil s'appelle le paletot; le corbillard, le trimballeur de refroidis ;\e cimetière, un séchoir; le suicidé, un figurant de la Morgue,
Cependant, au milieu de ces expressions grossières et cyniques, il est des mots qui démontrent une certaine persistance de la notion du juste et qui sont un témoignage rendu à la vérité. Dieu s'appelle le grand Meg (maître), la sœur de charité est la chérie^ la cour d'Assises est la juste. Le criminel désigne la conscience sous le nom de la muette ; on ne pourrait mieux dire ; en effet, comme nous le verrons en étudiant le côté moral de l'âme du criminelné, cette voix intérieure qui juge nos actions, qui nous encourage, nous approuve ou nous réprimande, ne se fait pas entendre au criminel-né (i).
Signes spéciaux, Mépoglyphes. — Déjà en i858, un auteur allemand avait fait connaître certains emblèmes, certains signes spéciaux usités par les criminels. Lombroso reproduit quelques-uns de ces signes : ainsi, une ligne horizontale traversant une spirale indique le vol accompli, de même qu'une ancre dont le câble ou la chaîne signale la direction prise par le voleur en s'évadant.
En Angleterre, on trouva une mappe (Cadger
(i)On trouvera dans Macé, Mes lundis en prison, Paris, 1889, p. 249, un recueil assez étendu de termes de l*argot criminel.
Map) destinée aux mendiants dans laquelle, à côté du plan des villages et des fermes de la contrée, étaient indiqués, au moyen de signes particuliers, les défauts ou les qualités des différents habitants : mauvais^ trop pauvres ; très bonnes gens ; méfie-toi du chien, etc.
Dans la haute Italie, après de longues recherches dans plus de 2,000 inscriptions de malfaiteurs, Lombroso (i) n'a trouvé en usage que trois signes pour indiquer le vol ou le voleur.
Fig. 34. — Spécimen de l'écriture de Marat.
A Naples et en Sicile, il a découvert un grand nombre de vrais hiéroglyphes.
Ecriture. — La graphologie qui a poussé si loin ses investigations et ses audaces est à peu près muette au sujet des criminels. Aussi, Lombroso (2) a-t-il trouvé ce champ à peu près inexploré. Il a réuni 520 autographes de criminels. II les divise en
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(a) Page 484.
Franootts — Anthropologie crimincllei 10
deux groupes bien distincts. Le premier est constitué par les homicides, les voleurs de grand chemin, les brigands. La plus grande partie d'entre eux est caractérisée par un allongement des lettres, par ce que les gens du métier appellent V écriture gladiolée, c'est-à-dire la forme plus curviligne et plus saillante du prolongement des lettres, soit en haut, soit en bas. Chez beaucoup, la barre du t est plus forte, prolongée ; chez tous, la signature est ornée d'une quantité de petits traits et d'arabesques qui la distinguent aisément de toute autre.
Sur 98 assassins et voleurs de grand chemin, 52 présentent ces caractères qui existent chez tous les brigands.
Parmi d'autres assassins, qui comprennent des personnages historiques comme Fouquier-Tinville, Chabot, les lettres n'ont pas à un degré notable la forme gladiolée, sauf la dernière de chaque mot qui finit souvent par un trait vertical aigu, mais toutes sont légèrement distantes les unes des autres, écrasées, arrondies.
Souvent, par exemple dans l'écriture de Marat (fig. 34), de Robespierre, elles paraissent en dépit de l'âge avoir été tracées par une main sénile. C'est peut-être la conséquence de l'alcoolisme que Lombroso a relevé si souvent dans cette catégorie de gens.
Le second groupe, exclusivement composé de voleurs, n'offre pas de lettres gladiolées ; mais toutes sont écartées, molles, la signature n'a rien de saillant, est presque dépourvue de paraphe. En somme, écriture de femme, sans caractère.
L'hypnotisme a confirmé les traits découverts par Lombroso dans les écritures des criminels, surtout des meurtriers.
Un jeune étudiant, suggestionné qu'il était un brigand, nous donna une écriture rude, grossière, avec des t énormes, tandis que son écriture ordinaire était très jolie, fine et presque féminine. Le même étudiant, suggestionné, peu de temps après, de se croire une petite fille, a conservé dans l'écriture enfantine quelque peu de l'énergie du brigand (i).
J'ai tenu à citer textuellement les paroles de Lombroso pour lui laisser tout entière la responsabilité
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Fig. 35. — Spécimen de récriture de Papavoine.
de cette constatation si délicate du caractère enfantin de récriture mêlé d'une petite dose du caractère de l'écriture d'un brigand !
Laurent (2) a examiné les signatures de quelques: centaines de criminels de toute espèce. Il n'en a trouvé qu'un très petit nombre suivies de paraphes :
(i)Lombroso, V anihropoiogU criminelle, p. 67. (a) Page 427.