BEAUX- ARTS I
qui est fait d'idéal, de sentiments nobles, d'aspirations e'ieve'es ?
Les images qu'ils tracent sont grossières et l'on peut appliquer à leur crayon ce qu'on a dit de la bouche: loquitur ex abundantia cor dis; il exprime les obscénite's dont se repaît leur imagination, les désirs impurs qui remplissent leurs cœurs ; les têtes crapuleuses de filles de lupanar, les nudités provocantes et bestiales, voilà les sujets habituels de leurs dessins. Laurent en a reproduit quelques spécimens bien caractéristiques.
Si le sujet est grossier, l'exécution en est souvent très imparfaite.
Néanmoins, dit Laurent (i), quelques compositions indiquent une certaine science dans le rendu des lignes et des couleurs. Or, la plupart des criminels n'ont jamais appris le dessin, et ce qu'ils en savent, ils l'ont en quelque sorte deviné. Ils possèdent en général, une assez grande adresse manuelle. J'ai déjà dit qu'il est fréquent de trouver parmi eux de bons calligraphes. J'ai vu des criminels peu instruits, peu intelligents, qui en quelques jours, apprenaient le dessin. J'en ai vu un en particulier à l'infirmerie qui, en moins de huit jours, sans avoir la moindre notion du dessin, réussissait à copier des gravures, même des photographies, au moyen d'un système de mensuration imaginé par lui ; il arrivait à les agrandir, en conservant une ressemblance assez parfaite. Cet homme n'avait jamais tenu un crayon avant son séjour à l'infirmerie. Courtier en librairie, il buvait de l'absinthe avec excès et se livrait à l'ivrognerie. Condamné à dix ans de réclusion pour attentat à la pudeur sur une fillette de sept ans, il songea à employer ses longs loisirs en dessinant et en faisant une foule de
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petits travaux manuels qu*il exécutait avec beaucoup d'adresse. Ce cas n'est certes pas unique, mais c'est un des plus remarquables que j'aie vus.
littérature. — C'est principalement sous l'influence de remprisonnement que le criminel se met à écrire, devient littérateur. Privé du commerce de ses semblables, il éprouve le besoin de confier au papier ses impressions et ses pensées, et ce travail littéraire le distrait de sa longue oisiveté.
C'est la poésie qui est la forme la plus ordinaire des compositions des prisonniers. Elle traduit tour à tour les passions qui agitent l'âme du criminel, la haine, la vengeance, le désespoir, la luxure, ou bien elle cherche à glorifier le forfait et à transformer son auteur en une espèce de héros.
Corani, avant d'être pendu, déclama du haut de réchafaud un poème sur sa propre mort ; le brigand Milano demanda et obtint l'autorisation de présenter en vers sa défense.
Voici maintenant un morceau dicté par un prisonnier presque illettré, détenu au bagne de San Stefano. Lisez-le; vous y trouverez, outre un spécimen assez caractéristique, un tableau du bagne aussi exact que pourrait l'être une photographie.