LE BAGNE DE SAN STEFANO
Dante, qu'on ne vante plus tes cercles infernaux.
Et toi, Virgile, cesse de chanter les flammes sombresde
TAverne, Et les cérastes, et les Harpyes, et les autels Qui distillent en ceslieux ténébreux une affreuse pourriture Ici, ici, Ton perçoit le grouillement sombre De ces âmes impies, perverses et sordides.
(i) Lombroso, p. 5o2.
LirréRATURB 1 5 !
Ici, Ton entend le son terrible et rauque
Qui retentit sur l'autel de Pluton,
Un monstre s*endort ici, sur ce grabat,
Et bientôt devient la proie d'un autre monstre
Qu'un troisième se hâte de venir dévorer à son tour.
Le sang dégoutte sur le sol ; l'air ne respire
Que vengeance, carnage et trahison.
Ici, pendant que l'un périt, l'autre conspire.
Menesclou, ce misérable qui coupa en morceaux une fillette de quatre ans après Tavoir étouffée et violée, écrivait, le matin même du meurtre, ce quatrain qui était en quelque sorte sa propre dénonciation :
Je l'ai vue, je l'ai prise, Je m'en veux maintenant, Mais la fureur vous grise.
Le bonheur n'a qu'un instant.
Certaines poésies révèlent chez leurs auteurs une certaine délicatesse de sentiment. Telle est cette pièce de Lecrosnier, un misérable voleur pourtant :
Tu pleures, quand le soir mon âme veut, tremblante, Vers tes parents là-bas voler pleine d'amour ; Tu pleures ; sur tes cils une larme brillante Vient se diamanter aux premiers feux du jour. Tu pleures ; mais ces eaux qu'une amère souffrance
Épanche de tes yeux.
Font épanouir l'espérance,
La fleur des malheureux.
Tu pleures ; bien souvent ta voix monte plaintive Vers le maître des cieux aux heures du sommeil. Tu pleures ; la pensée, hélas I longtemps captive^ Voit ses liens tomber et s'élance au soleil.
Tu pleures 1 mais au ciel ton ange qui t'adore,
152 LITTÉRATURB
Heureux, dit aujourd'hui :
Regarde, 6 père ! c'est encore
Une larme de lui. <
La pièce suivante est pleine de tendresse et d'affection filiale :
Au milieu de la place de la Vicaria
Avec ses petites mains elle me fit des signes ;
J 'ai vu que c'était ma petite mère
Et que ses yeux coulaient comme deux sources ;
Mère, qui seule pensez à moi,
Je suis entouré de mauvais chrétiens...
Nous sommes dans l'enfer, condamnés
Et vous, tendre mère, vous exhalez en vain vos plaintes.
De tous les poètes criminels, il n'en est pas de plus connu que Lacenaire; je reproduis ici la plus fameuse de ses pièces :