VANITÉ DU CRIME
toutes différentes : M... gracié et sûr d'aller vivre en paix à la Nouvelle, demandait la mort à grands cris. Tout cela pour épater la galerie. En moraliste et en philosophe, M... tire la conclusion de son histoire, et l'animal me l'offre comme conseil : « Si vous aimez une femme qui ne soit pas votre légitime, ne Taimez pas de trop ; la femme vous perdra. » Et, pour excuser sa propre chute, il ajoute : « Je vous dirai que la veuve D... était une belle femme brune », oubliant de rappeler qu'elle avait de l'argent et lui en donnait.
Cette courte analyse suffira, je pense, pour faire comprendre quelle haute opinion il avait de lui et voulut en donner aux autres.
C'est la vanité qui pousse si souvent les criminels à parler de leurs projets coupables ou de leurs méfaits et à fournir ainsi des armes dont la justice se servira contre eux.
Se trouvant avec deux ouvriers nommés Caillette et Teinturier qui faisaient leur tour de France, Gamahut, l'assassin de madame Ballerich, leur parla à plusieurs reprises de voler et d'assassiner, répétant qu'il n'était pas homme à reculer devant un meurtre et comme Caillette manifestait une sorte de terreur :
a Tu ne me connais pas, lui dit Gamahut, j'ai déjà mis la main dans le sang. On cherche partout à Paris, l'assassin de madame Ballerich. Eh bien ! tu l'as devant toi l (i) »
Vanité du crime. — Non seulement les criminels n'éprouvent aucun repentir de leurs méfaits, mais ils s'en vantent, ils s'en glorifient.
Dans la société, dit Vidocq, on redoute l'infamie; dans une masse de condamnés, on ne rougit que d'une chose, c'est de n'être pas infâme : le plus grand éloge
(i) BataiUe, Causes criminelles et mondaines de i885, p. 76.