VANITÉ DU CRIME I
qu'on puisse faire de Tun d'entre eux consiste à dire de lui : c'est une escarpe (un assassin).
Gautier (i) raconte que pendant les quatre-vingttrois semaines qu'il a passées dans les prisons de Paris, il a e'té frappé du respect que lui témoignait tout le troupeau du « droit commun ».
Je m'étais longtemps imaginé, dit-il, que ces misérables, conservant encore, dans Tinfamie de leur déchéance, une lueur vacillante de conscience et de raison, savaient faire la différence et mesurer la largeur du gouffre moral qui, même à identité de régime, sépare un condamné politique d'un condamné pour vol, escroquerie, faux, attentat à la pudeur, etc. Je n'y étais pas, mais là, pas du tout I Le secret de Pénigme me fut un jour dévoilé par un cynique auquel j'avais posé la question tout à trac : c'est que j'étais celui qui « jouissait » de la plus forte condamnation.
Aux galères, quiconque a volé des milliers de francs se moque du pauvre coupe-bourse. Les assassins, du moins en Italie, se croient supérieurs aux voleurs et aux escrocs, et ils sont fiers du bonnet qui les fait reconnaître, tandis que les voleurs s'efforcent de toutes les manières de cacher le leur. Les faussaires, à leur tour, dédaignent les assassins et évitent de se rencontrer avec eux. A Londres, les voleurs de grands chemins méprisent les larrons vulgaires, qu'ils appellent ganofs. « Je puis, disait l'un d'eux qui s'écartait de ces derniers, je puis être un voleur; mais grâce à Dieu, je suis un homme respectable (2). »
{i) Le monde des prisons, A rchipcs de Vanthropologie criminette, t. III, 1888, p. 422.
(2) Lombroso, p. 355.