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VANITÉ DU CRIME

Le crimînel-né a l'amour du métier, il aime les coups hardis, les opérations bien combinées.

Que les brigands d'aujourd'hui sont inférieurs à ceux de mon temps ! disait Gasparone. Ils florissaient alors dans toute leur pureté, ils ne se souciaient pas de politique, — ils travaillaient par amour du métier!

Lorsque le criminel-né essaie de justifier ses méfaits, il fait appel aux arguments les plus misérables, aux théories les plus échevelées, et il découvre ainsi rincurable perversité de sa conscience.

a J'ai tué, disait Campi, je serai tué. Les gouvernements tuent bien ; pourquoi n'aurais-je pas le droit de tuer (i) ? »

Morisset condamné à la peine de mort, en 1881, pourvois, tentative d'assassinat et meurtre, écrivait :

La société n'a pas le droit de reprocher des crimes parce qu'elle en commet journellement. Je crois que le bien est la conséquence du mal, que l'homme n'est pas responsable de ses actions et que les conséquences du crime sont avantageuses à la société... J*ai étudié le vol et ses conséquences ; eh bien, j 'ai constaté que le vol se retrouvait dans la plupart des actions des hommes. L'entrepreneur, par exemple, ne s'attribue-t-il pas des gains sur le travail de ses ouvriers ? Le marchand ne bénéfîcie-t-il pas des aptitudes de ses commis (2).

J'ai à vous dire, s'écrie l'anarchiste Duval en s*adressant à ses juges, que je ne suis pas un voleur, mais un rebelle. J'ai à vous dire pourquoi je suis anarchiste. Mon avocat m'a posé en accusé ; je me pose en accusa-

(i) A. Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1884. Paris, i885, p. 84.

(2) A. Bataille, Causes criminelles et mondaines de i88x, p. 272.

teur. S*il vous faut une tête d'anarchiste, i votre aise, prenez la mienne. Vous êtes la force. Mais j'ai le droit de me tourner vers la société bourgeoise et de lui demander des comptes. Le vol, de notre part, c'est une restitution. En pillant, comme vous dites, l'hôtel de madame Madeleine Lemaire, j'ai fait acte d'anarchiste (i).

Marquelet, un rôdeur parisien, auteur de nombreux vols, d'agressions contre la police, d'assassinats, disait a qu'il avait déclaré la guerre à la société (2). »

L&clieté. — Les criminels sont généralement d'une insigne lâcheté.

Serafini, chef de la police de Ravenne, apprit qu'un assassin des plus dangereux s'était vanté de le tuer ; il le fait venir, lui met dans les mains un pistolet et l'invite à tirer sur lui. L'assassin aussitôt de pâlir, de trembler : sur quoi Serafini le chasse en le souffletant. — Elams Linds s'enferma un jour dans une chambre avec un galérien féroce qui avait juré de lui donner la mort; il se fit raser par lui et le congédia ensuite en disant : « Je n'ignorais point vos projets, mais je vous méprise trop pour vous croire capable de les exécuter. Seul et sans armes, je suis plus fort que vous tous réunis. »

La lâcheté du criminel-né se révèle souvent dans son crime lui-même : il s'en prend à des gens sans défense, à des femmes, à des enfants, à des vieillards et ordinairement, il détale à la moindre alerte.

Quand l'heure de l'expiation a sonné, quand il se trouve en face de la mort, il s'abandonne souvent au plus profond découragement, à la plus honteuse défaillance.

(i) A. Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1887-88, p. 327. »

(2) A. Bataille, Causes criminelles et mondaines de 1884, Paris, |885, p. 253.

Corre (page 208) a relevé l'attitude de 64 condamne's au moment de leur exe'cution :

25 meurent lâchement, s'abandonnant afFaisse's, inertes (comme les empoisonneurs Castaing, 1823, et la Pommerais, 1 864 ; le parricide Benoit, 1829; les assassins Barré, 1878; Campi, 1884; Frey, i885; Furet, 1886; Marchandon, 1886; etc.), ou après une lutte désespérée avec Texécuteur (comme le prêtre assassin Verger, comme Troppmann, etc.);

4 acceptent leur sort avec une bruyance, une loquacité, une surexcitation (accompagnées chez deux d'un rictus singulier), une hâte d'en finir, qui évidemment, traduisent un effort cérébral trop intense, pour rester soutenu au delà de quelques minutes (les assassins Philippe, Foulard, Boudas, Gervais) ;

12 sont jusqu'au bout cyniques, poseurs, et achèvent, sans trouble apparent, comme sur un théâtre choisi par eux, la dernière scène du drame qu'ils ont composé (et même écrit en de tristes mémoires) ; nous citerons dans cette catégorie : une jeune bandit, à peine adolescent, qui condamné à la potence, pour vol, sous le règne de Charles IX, gravit impassible les degrés de l'échelle, se déclare innocent, « car il n'a jamais dérobé à de pauvres gens, mais seulement à des princes, à des seigneurs, les plus grands larrons du monde », feint un repentir tardif pour amener jusqu'à lui le moine assistant, et, du pied, précipite le religieux avec un rire de défi; Lacenaire, une nature que l'instruction n'avait polie qu'à la surface, et son complice Avril (i836); Lemaire, jeune ouvrier, fainéant et vaniteux, qui tuait « pour que son nom fût mis dans les journaux » et qui s'étend lui-même, en blasphémant, sur la bascule ; le boucher Avinain, vieillard de soixante-huit ans, fervent admirateur de Lemaire (1868).

5 meurent avec une indifférence, une impassibilité

qui rappellent Tinsensibilité de la brute ou Tincon- . science des alie'nés (tel Papavoine, ex-commis de la marine, assassin de deux enfants, qui se livre au bourreau sans manifester aucune e'motion, et en répétant machinalement le regret que sa mort ne puisse rendre à la vie ses deux innocentes victimes^ tel aussi Dumollard, assassin de plusieurs servantes, qui, sur Téchafaud, ne songe qu'à prier un gendarme de rappeler à sa femme une dette de quelques francs) ;

18 donnent l'exemple d'une mort courageuse, exempte de toute forfanterie, calme, résignée, ordinairement préparée par les exhortations du prêtre et accompagnée de repentir. Dans cette catégorie se rencontrent des criminels qui proviennent de diverses couches sociales. Ceux des plus basses paraissent les plus sincères, en leurs sentiments de la dernière heure, car, en général, ils avouent publiquement leurs forfaits et s'offrent « comme leçon vivante » aux méditations de la jeunesse. Ceux des plus hautes (bourgeoisie), préoccupés de laisser derrière eux un doute qui diminue l'horreur de leur mémoire, la honte rejaillissante sur leur famille, malgré qu'ils acceptent les secours religieux, persistent à proclamer leur innocence (Jausion, ex-agent de change, le principal assassin de Fualdès, 181 7; Pranzini, 1887.) — D'autres, et « ce sont bien certainement les plus dignes de pitié, qu'ils aient ou non puisé leur force dans le réveil du sentiment religieux, se taisent et se livrent simplement (Lebiez, 1868 ; Gamahut, 188 5 : ce dernier ex- trappiste, assassin de la veuve Ballerich, vilaine nature qu'on s'attendait à voir mourir lâchement, a, au contraire, montré sur l'échafaud le meilleur courage). »

Si la lâcheté est habituelle dans le monde des malfaiteurs, elle n'y est pourtant pas la règle.

Les annales judiciaires renferment des exemples de véritable audace, de réel courage. Sous ce rapport, le cas cité par Laurent (i) est particulièrement remarquable.

C'était, dit-il, un vieux roué. D'une intelligence superficielle, mais vive, il s'exprime avec une faconde pleine d'abondance, répétant à tout bout de champ qu'il est un grand homme dans son genre, que les évasions qu'il a accomplies sont des actes surprenants. Couvert de tatouages des pieds à la tête, il montre avec orgueil cette inscription qui s'étale sur son ventre : « Pas de chance. » Néanmoins, cette forte tête du bagne ne sait ni lire ni écrire, son histoire vaut la peine d'être rapportée. Je ne pourrais certifier que tous les détails en sont authentiques, mais j'ai pu m'assurer que les principaux faits étaient exacts.

R... fut condamné une première fois, en 1846, à six années de travaux forcés pour vol avec effraction. Avec l'aide de deux complices, il avait dévalisé une maison de la rue des Deux-Ponts ; on les arrêta dans l'escalier, en train de descendre les paquets. A la suite de révélations, R... se trouva en même temps compromis dans une bande de cambrioleurs composée de quinze individus. (Cette association peu homogène et mal liée avait néanmoins quelques règlements. Ainsi, à la tête, se trouvait un chef qui désignait les coups à faire et plaçait les hommes. La désobéissance ou la trahison étaient punies de mort.) Pour cette seconde affaire, R... vit douze années de travaux forcés s'ajouter aux six années qu'il avait déjà.

Après avoir été exposé en public, place du Palais- Royal, avec l'écriteau infamant, et un séjour de quelques mois à la Roquette, il fut envoyé au bagne de Toulon.

(I) Page 389.

C'est là qu'il tenta sa première évasion, avec un autre forçat. Cette tentative demanda de longs préparatifs assez habilement exécutés. Ils achetèrent d'abord des habits de contremaîtres libres pour les revêtir au moment de l'évasion. Leurs habits de forçats serviraient à faire des mannequins qu'on suspendrait le long des murs pour dérouter les gardiens et éviter les coups de fusil. Ils achetèrent ensuite une petite lime, coupèrent leurs fers et s'évadèrent par l'atelier de corderie, endroit le plus propice, paraît-il. Les choses se passèrent à peu près comme ils avaient prévu. Les gardiens tirèrent sur les mannequins pendant qu'ils descendaient tranquillement d'un autre côté avec des cordes et gagnaient la campagne. Après avoir fait sauter « la manille » qui leur restait aux pieds, ils se cachèrent dans une crevasse entre deux rochers. Mais on s'aperçut vite de leur fuite, l'alarme fut donnée, on tira le canon, tous les gendarmes se mirent à leur recherche et jetèrent des sondes dans les crevasses. Le camarade de R..., blessé, poussa un un cri ; le coup dès lors, était manqué et, en effet, cinq minutes après, ils étaient repris, ramenés au bagne, soumis au supplice terrible de la bastonnade, et, avec l'écriteau : Forçats repris^ exposés sur un tréteau devant lequel défilèrent tous les autres forçats.

En 1852, R... partit pour Cayenne, espérant y couler des jours meilleurs. Il passa un an aux îles du Salut, puis deux ans au pénitencier de la Montagne-d'Argent, et ensuite quelque temps à celui du Maroni, où il tenta une nouvelle évasion plus audacieuse encore que la première»

Il dit lui-même, en en parlant avec un enthousiasme comique : « C'est curieux, c'est triste et c'est beau ! » Cette fois, ils étaient six, et les préparatifs ne durèrent pas moins d'un mois. Ils commencèrent par mettre des vivres de côté, puis durent fabriquer un radeau ; ils passèrent pour cela plus de quinze jours dans la forêt,

Framcottb. — Anthropologie criminelle. 13

ayant à lutter contre les animaux féroces, les serpents et les moustiques. Enfin, tout fut prêt. Ils partirent pendant la nuit, longeant le rivage, puis le lendemain matin ils gagnèrent le large, sans cependant perdre de vue la terre, car ils devaient longer les côtes pour gagner la Guyane anglaise, dont les autorités ne rendent pas les condamnés. Les choses allèrent d'abord assez bien ; ils avaient dépassé le Fleuve Maroni et se trouvaient en vue des terres hollandaises, lorsqu'ils virent venir sur eux une embarcation où flottait le pavillon hollandais ; ils durent prendre le large et éprouvèrent ainsi un grand retard. Néanmoins, le troisième jour ils abordèrent, la terre pour se reposer et manger. Ils passèrent la nuit sur le rivage après avoir allumé de grands feux pour éloigner les fauves et les serpents. Le quatrième jour ils se rembarquèrent, et le cinquième jour ils virent briller le phare des Hollandais ; ils ramèrent toute une journée dans ces parages, et le sixième jour ils arrivèrent enfin en vue des terres anglaises qu'ils saluèrent d'un hurrah joyeux. Le bagne était loin derrière eux ; ils n'avaient plus rien à craindre; ils allaient être sauvés. Il était temps, car les vivres manquaient et déjà ils avaient dû manger du poisson cru. Malheureusement, le matin du septième jour, au moment où ils allaient toucher au but, un grain s'éleva, bientôt suivi d'une tempête : la barque fut culbutée ; trois hommes périrent et les trois autres se sauvèrent à la nage, abordant sur un rivage inconnu, presque nus, exténués de fatigue, sans vivre et sans espoir, résignés à mourir. Néanmoins, l'un d'eux rassembla ce qui lui restait de courage et grimpa en haut d'un palmier; c'était leur dernière chance de salut. Ils découvrirent une tribu d'Indiens, où on les accueillit avec bienveillance et où les femmes les soignèrent avec douceur. Aussitôt rétablis, ils partirent pour un poste anglais, et R... se fit ramener en France. R..« était à peine depuis quinze jours à Paris, caché

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chez un de ses frères, qu'il fut repris par la police et vivement ramené à Cayenne, où on lui ajouta une année de travaux et dix mois de suspection ; de plus, on lui mit la double chaîne. Cette fois, le drôle était vaincu ; il fit sa peine jusqu'au bout, n'osant plus tenter des aventures aussi périlleuses qui, d'ailleurs, devenaient de plus en plus difficiles. Il ne fut ramené en France qu'en 1861. Son temps était fini ; il avait passé neuf ans au bagne de Cayenne.

Revenuà Paris, il reprit sa vie d'autrefois, constamment condamné pour vols, rixes, vagabondage. C'était un être absolument incorrigible, et on le renvoya à Cayenne pour dix ans.

Au bout de deux ans, la nostalgie de Paris le reprit, et malgré des dangers nombreux et réels cette fois, il tenta une nouvelle évasion.

Un dimanche, avec neuf autres forçats, il se sauva dans la baleinière qui amenait le prêtre dire la messe au pénitencier. Le coup était médité depuis longtemps, les préparatifs faits et les vivres cachés dans l'embarcation. L'alarme fut immédiatement donnée et ils essuyèrent plusieurs coups de feu : quatre de ses compagnons furent tués et R... lui-môme eut le pavillon de l'oreille gauche emporté par une balle. Néanmoins, ils avaient pu gagner la haute mer et voguaient pleins d'espérance, hors de la portée des balles. Mais bientôt un navire hollandais apparut à l'horizon, marcha sur eux et les ramena à Surinam, d'où ils furent reconduits au bagne.

Malgré tous ces insuccès, malgré tous ces périls, mal« gré toutes les souffrances endurées, malgré les punitions terribles du bagne, R... fit encore une tentative; il essaya de s'évader en volant une embarcation à des noirs. Cette fois, ce fut une goélette française qui le ramena au bagne, lui et ses compagnons. Son temps fini, R... fut ramené en France.

Malgré de nombreux arrêts d'interdiction, il a tou*

iBo DÉFAUT DE SENS MORAL

jours vécu à Paris, ou mieux dans les prisons de la Seine, car il a subi, depuis son retour, plus de vingt condamnations pour vol, mendicité, vagabondage. Mais cette longue détention n*a pu abattre cet homme de fer. Malgré ses soixante-trois ans, il est encore plein de vigueur et de mauvais instincts.

Défaut de sens moral, absence de remords. — Le

criminel-né est un être incomplet au point de vue psychique : il lui manqué la faculté de discerner le bien et le mal ; il est incapable de ressentir la satisfaction du devoir accompli, le remords du mal dont il s'est rendu coupable. Dumollard, Tassassin des servantes, condamné à mort aux assises de Bourg, dans les premiers jours de 1862, a fourni un exemple frappant de cette absence de remords.

Il est resté sourd aux appels de la religion, et le premier pasteur du diocèse lui-même n'a pu trouver le moindre accès à son cœur. Les exhortations que Tabbé X. lui avait faites n'avaient eu qu'un succès médiocre sur cette nature bestiale. Aux exhortations religieuses et de repentir, il répondait en égarant la conversation. A une de ces pressantes exhortations, il répond : « Couvrezvous donc la tète, vous risquez de vous enrhumer, i*air est froid... » etc. (i).

Rouet, en marchant à la potence où le conduisait un assassinat suivi de vol, murmurait: « Faire mourir un homme pour si peu de chose (2) ! »

Loin d'éprouver le moindre regret, le plus léger repentir au souvenir de sa vie passée, le criminel-né s'en fait gloire ; il aime à étaler ses vices et à narrer ses exploits criminels.

(i) Le Droit du 11 mars 1862, p. BSg.

(2) Cullerre, Les frontières de la folie, Pans, 1888, p. 287.

PARBSSB l8l

Le nommé Salvabella, qui a tué sa mère à Marseille avec une horrible- férocité parce qu'elle lui reprochait d'être encore couché à dix heures du matin, racontait ce forfait avec la plus grande tranquillité d'esprit , sans exprimer le moindre regret, disant qu'il serait forcé de recommencer si le même reproche lui était adressé (i).

Félix Lemaitre, âgé de quatorze ans et demi, attire chez lui un enfant de six ans auquel il coupe la gorge avec une telle violence que le cou tut presque détaché. Le soir même, il se constituait prisonnier entre les mains de M. Roudil, officier de paix, auquel il dit sans la moindre émotion: « Je me nomme Félix Lemaitre, je viens d'assassiner un petit garçon que Je ne connaissais pas. Arrêtez-moi. » M. Roudil regarda avec stupéfaction son interlocuteur et Lemaitre réitéra sa déclaration en ajoutant : « Voici la clef de ma chambre, vous y trouverez ma victime. »

Le lendemain, M. Barbette, juge d'instruction, mit Lemaitre en présence du cadavre. L'insensibilité du jeune monstre étonna le magistrat préparé à toutes les surprises. Il lui en fit l'observation et Lemaitre répondit : « Je ne pleure jamais, ma nature s'y refuse ; il est impossible de voir sur ma figure ce que je pense et ce que je ressens (2). »

Paresse. — Le criminel-né est paresseux, incapable d'un effort soutenu, d'un travail régulier. Lemaire disait à ses juges :

J'ai toujours été paresseux: c'est une honte, j'en conviens ; mais je suis mou au travail. Pour travailler, il faut faire un effort, et je m'en sens incapable ; je n'ai

(i) L. Proal, Les médecins positivistes et les théories modernes de la criminalité. Le Correspondant, 25 octobre, 1890, p. 3o6.

(2) Macé, Mon musée criminel, Paris, 1890, p. 167, et Legrand du Saulle. Annales d'hygiène^ 1881, t. VI, p. 484.

l82 HAINE, VENGEANCE

d'énergie que pour le mal. S'il faut travailler, je ne tiens pas à la vie, j'aime mieux être condamné à mort. »

Lacenaire était si paresseux, que, au dire de son premier maître, il refusait de se lever pendant la nuit pour satisfaire ses besoins naturels, préférant dormir au milieu de ses ordures.

Combien de détenus m'ont avoué, dit Laurent (i), préférer vivre d'un morceau de pain, coucher sous les ponts et passer la moitié de leur vie en prison que de travailler quelques heures par jour. « J'ai essayé souvent, me disait l'un d'eux; mais je ne peux pas ; le travail me tue. »

Haine, vengeance. — Il est tout naturel que possédé d'une immense vanité, pénétré du sentiment de son mérite personnel et incapable de maîtriser les mouvements intérieurs, le criminel ressente avec violence les moindres offenses, qu'il conçoive d'intenses désirs de vengeance et qu'il ne s'arrête devant aucune considération pour les satisfaire.

Le baron C. fit assassiner C. parce que celui-ci, dans une procession, n'avait pas fait arrêter devant son palais la statue de la Vierge. — Hilitella, pour une légère offense, avait juré de tuer un de ses camarades d'enfance ; peu de temps après, il accomplit son serment. Comme on lui en faisait reproche, il répondit : « Si je l'ai tué, c'est qu'il le méritait. »

« Voir expirer l'homme que vous haïssez, dit en vers Lacenaire, est un plaisir divin... Haïr et me venger... c'est la seule chose que je souhaite. » Il n'avait qu'une préoccupation et il l'avait sans cesse, c'était de déshonorer et faire condamner ceux de ses compagnons qui l'avaient trahi. « La seule joie qui me reste est celle de la vengeance, et je ne l'ai goûtée qu'à petites gorgées. »

(I) Pagc38i.

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