‹ L'anthropologie criminelleChapitre 83 sur 119 · SENTIMENTS DE FAMILLE · texte numérisé non relu

SENTIMENTS DE FAMILLE

Instabilité des sentiments. — La maîtrise de soîmême, qui permet à Thomme de dominer ses sentiments, de re'primer ses appe'tits et de donner à sa conduite un caractère de suite et d'unité, manque au criminel -né : il est le jouet de ses passions, il est à la merci des mouvements affectifs : aussi ofFre-t-il une remarquable inconstance.

Voulez-vous, dit Lombroso, des exemples du peu de stabilité des sentiments, môme chez ceux qui paraissent le plus vivement épris? Songez à Gasparone, poussé jadis au premier meurtre par amour excessif de sa maîtresse et qui, peu après, tue cette femme coupable d'avoir laissé échapper un seul mot de reproche; songez à Thomas qui aimait sa mère à la folie et qui, pendant un accès décolère, la précipita d'un balcon. Martinati avait désiré pendant de longues années la femme, dont deux mois après son mariage il songeait déjà à se défaire.

Sentiments de famille. — L'égoïsme exclut Faffection pour la famille, le dévouement à ses intérêts.

Or, les criminels-nés sont essentiellement égoïstes. 11 n'est donc pas étonnant qu'ils soient dépourvus des sentiments de famille.

Ils s'unissent à la première femme venue, qu'ils abandonneront à la première occasion.

Un forçat, dit Dostojevsky en parlant des condamnés sibériens, se mariera, aura des enfants, vivra pendant cinq ans au même endroit et tout à coup, un beau matin, disparaîtra, abandonnant femme et enfants, à la stupéfaction de sa famille et de l'arrondissement entier.

Les femmea des criminels sont leurs esclaves, leurs pourvoyeuses, à moins qu'elles-mêmes ne se jettent dans le crime: alors, la crainte d'être dénoncé retient le mari.

l88 CHARITÉ

J'ai connu, raconte Laurent (p. 536), une malheureuse couturière qui, avec son travail, nourrissait son mari et ses deux enfants; quand celui-ci était en prison, elle venait le voir deux fois par semaine et lui apportait des secours en argent.

L'indiffe'rence des criminels à Te'gard de leur famille n'est pas toujours aussi générale, ni aussi profonde qu'elle paraît.

L'assassin Moro se plaisait à habiller et à débarbouiller ses enfants. Féron, aussitôt après avoir commis un meurtre, allait voir les enfants de sa maîtresse, et les régalait de friandises. Maino délia Spinetta était un mari passionné et fidèle ; il fut pris à cause de sa femme. C'est pour son épouse que le terrible Spadolino se fit brigand, Norcino voleur, Castana et La Pommerais empoisonneurs, Montely assassin. Le féroce Franco, arrêté par l'entremise de sa maîtresse, ne se préoccupa que de la sauver tant que dura son procès ; dans la photographie qu'il fit exécuter dans sa prison, c'est à elle qu'il serre la main.

Holland avoua qu'il avait commis l'assassinat pour lequel il était poursuivi, dans le but d'enrichir la femme et l'enfant qu'il aimait. « Je Tai fait, disait-il, pour mon pauvre enfant. » — On ne peut lire sans un étonnement profond les paroles de l'assassin de Cosimi : « Bien des baisers à mon petit enfant : il sera droit comme son père, car le loup engendre des louveteaux. »

Troppmann, l'assassin de la famille King, pleurait en entendant nommer sa mère.

Charité. — Bien que dominée par un profond égoïsme, l'âme des criminels n'est point absolument inaccessible à des élans de charité et à des mouvements de commisération.

Evadé du bagne de Toulon, le forçat Petit venait, très correct d'allures, d'entrer dans un magasin pour y voler. Apercevant une femme en pleurs, il s'informe très poli-

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