AUTRES CARACTERES
saurait s'imaginer les impressions opposées que donnent, sur les proportions du corps, un indigène nu, tendant la main en grelottant et excitant la pitié : c'est alors « l'être le plus disgracié de la nature, aux formes grêles, chétives,etc.«; et le même indigène, la tète haute, les reins cambrés, le bouclier au poing, la lance en arrêt: c'est alors « le gladiateur antique, une figure supportant la comparaison des plus beaux marbres de l'antiquité, etc. » A chaque instant, dans les journaux quotidiens de voyages, on rencontre de ces contrastes du jour au lendemain. Là, peut-être, est tout le secret des descriptions opposées faites des Australiens; les Boschimans eux-mêmes ont été représentés sous les aspects les plus différents. Si, au lieu du sexe masculin, il s'agit de la femme, c'est pis encore. Dans la même tribu, tel voyageur ne parleque de créatures les plus repoussantes, les plus simiennes, et tclautrede minois charmantet de formes gracieuses.
Le désaccord se produit aussi dans les détails, pour le prognathisme, la forme du nez, la couleur, les cheveux. Nous sommes persuadés que la désignation de nez aquilina été appliquée à de simples nez écrasés, élargis, qui de profil présentaient unecertaine convexité de la partie moyenne du dos ; c'est ainsi que quelques auteurs en ont conclu et ont écrit qu'on observait en Australie jusqu'au type caucasique. Pour les cheveux, il en est de même, et le lecteur ignore souvent, après les descriptions en apparence les plus précises, si tels indigènes ont les cheveux lisses ou laineux ; sous ce rapport, il faudra que les cheveux soient un jour classés par numéros, comme a fait la Société d'anthropologie pour les couleurs; l'examen microscopique en serait le point de départ, les voyageurs n'auraient plus qu'à rapporter des échantillons.
Les difficultés sont inhérentes au sujet; ainsi Humboldt dit que pour les nouveaux débarqués dans l'Amérique du Sud tous les Indiens se ressemblent, mais qu'au bout d'un certain
3Ci COLORATION DE LA PEAU, ETC.
temps on reconnaît autant de différences entre eux qu'entre Européens. Tandis que nous considérons les Anglais comme des blonds, eux-mêmes se regardent comme des bruns ; c'est que nous les comparons à nous, et qu'ils se comparent aux gens du ^ord. Le docteur Beddoe a insisté sur la fréquence de ce genre d'erreur eu anthropologie. On procède par comparaison; dans un entourage noir un mulâtre paraîtra blanc, le voyageur ne s'y trompe pas, mais, en passant par d'autres bouches, le sens de son appréciation, de relatif devient absolu. L'ne nécessité s'iinpose donc si l'on veut que l'anthropologie fasse des progrès, c'est d'adopter une langue uniforme, s'exprimant autant que possible par chiffres, et de généraliser l'usage des mensurations sur le vivant ; l'indice de largeur du nez, pris avec un compas, en apprend davantî^e que toutes les périphrases et les comparaisons des voyageurs.
La couleur de la peau, descheveus et des yeux, subordonnée à un fait commun, la production et la répartition de la matière colorante dans l'économie humaine, est, avec la forme des cheveux, le plus frappant de tous les caractères.
La peau du Scandinave estblanche, presque incolore, sa coloration n'est due qu'à la transparence de son épidémie qui laisse voir le sang circulant dans le réseau capillaire superficiel. A la suite d'une hémorrhagie, ou chez les anémiques, lorsque, le chiffre des globules s'abaissant de 12" pour 1000 jusqu'à 2!, le minimum observé, le sang a perdu la plus grande partie de sa matière colorante rouge, la coloration disparaît davantage encore, la peau prend une teinte de cire vierge. Au contraire, la peau du nègre de Guinée ou du Yoloff, le plus foncé de tous les nègres, est d'un noir de jais, ce qui tient à la présence dans les jeunes cellules delà face profonde de l'épiderme de granulations noires appelées pigment.
La couche noire que forment ces jeunes cellules, jadis désignée