NATIONALITE
des idées déterminées, qui ont saturé notre substance cérébrale à l'époque où elle se constituait et était le mieux disposée à absorber. Or, les faits anthropologiques heurtent quelquefois des détails de foi que les docteurs es religion ont jadis crus nécessaires au plus grand bonheur de l'humanité. D''autre part, notre petite vanité se froisse, elle regrette de descendre du piédestal où elle s'est placée, et ne veut avoir rien de commun avec le reste des êtres vivants. Elle crie lorsqu'on lui dit qu'il n'y a pas d'abîme entre ces êtres et nous. Ce que nous sommes, ce que nous faisons, ce que nous pensons est toujours le beau, le bien, le vrai. Notre type physique est le plus voisin de la perfection; ceux, qui ont la tête ronde ou qui s'imaginent l'avoir ainsi, affirment que c'est la plus élevée. Les Chinois assurent que le visage aplati et les yeux obliques sont le chefd'œuvre de la création. La plus belle couleur pour le nègre est le noir. Dans l'ordre intellectuel, c'est bien pis; notre mode de civilisation est le seul qui mérite ce nom, les autres sont des barbares. La passion politique nous égare de même. La nationalité, comme le professe certaine doctrine factice, qu'on aretournée contre nous, n'est pas en effet déterminée par la langue ou par une chaîne de montagnes, à plus forte raison par le cours d'un fleuve; elle n'est, comme l'a fort heureusement formulé M. Abel Hovelacque, qu'une « raison sociale » (i) ; née du hasard des événements, elle s'aftirme dans la suite par la communauté des intérêts, des souffrances et des gloires ; le sang versé pour la même cause la cimente, les battements du cœur à l'unisson en sont le critérium ; voilà le fait.
On demande quelquefois si l'anthropologie a ses applications pratiques et quel but die se propose. Mais Aristote, Linné,
(1) Langues, races, nationalités, par A. Hovelacque, directeur de la Revue de linguistique. Paris, 1872.