OREILLES ET DENTS
fait est certain ; une petite surface triangulaire plus ou moins saillante l'indique parfaitement, à quelques exceptions près, comme sur la mâchoire [préhistorique de la Naulette. Sur le vivant à plus forte raison, et si le menton paraît se dissimuler quelquefois, celatient àcequelamâchoire inférieure est souvent plus petite que la supérieure et en retrait. Barrow dit que les Boschimans, quoique prognathes de la mâchoire inférieure, ont un menton saillant et pointu.
Les oreilles n"ont pas été assez étudiées, car elles fournissent des caractères d'une certaine valeur. Tantôt elles sont grandes, tantôt petites. Celles des Kabyles sont écartées de la tète, d'autres les ont appliquées. Le lobule manque chez certains Chaouias ou Kabyles de la province de Constantine, chez les cagots des Pyrénées, et çà et là sur toutes sortes d'individus. Ovales chez les Européens, bien dessinées, elles s'arrondissent ou tendent au carré chez les nègres ; Toreille non bordée en arrière ou en haut, un angle à l'union de leur bord supérieur et de leur bord postérieur, leur aplatissement, sont des traits importants, quelques-uns simiens. Les variétés de configuration de cet organe et de ses plis et sillons ont une grande disposition à l'hérédité. Quelques coutumes ethniques le modifient, telle que l'allongement du lobule à l'aide de pendants d'oreilles très-pesants, au point qu'elles arrivent à atteindre les épaules.
On est peu fixé sur la valeur de quelques différences observées sur les dents. Un émail plus ou moins épais, une coloration jaunâtre ou bleuâtre, quelques variations dans le nombre des racines, quelques détails des couronnes ont attiré l'attention. Mieux plantées, plus régulières, plus belles en un mot, dans les races nègres, elles sont petites , serrées dans les races blanches. Certaines coutumes ethniques dont les traces se conservent sont utilisées quelquefois en craniologie pour reconnaître la provenance des pièces. En Afrique aussi bien qu'en Océanie, bon
ORGANES GENITAUX EXTERNES. 381
nombre de peuplades sauvages s'arrachent les dents de devant à la puberté ou les aiguisent. Les Malais ont les dents corrodées sur le devant, suivant une ligne transversale concave, par Taction du bétel qu'ils mâchent. L'usure des dents, qui chez nos races se montre à la mâchoire supérieure suivant un plan incliné en dedans, se produit dans plusieurs races exotiques suivant un plan incliné en dehors. L'usure est quelquefois aussi horizontale, porte même sur les incisives et descend jusqu'aux gencives.
Quelques autres traits physiologiques sont à rapporter; ainsi, la peau du nègre serait polie, comme veloutée, et plus fraîche que celle de l'Européen, suivant Prichard. D'autres ont dit le contraire, en sorte que les deux cas sans doute se présentent.
L'odeur de l'enveloppe cutanée, sui gencris dans chaque race, fournirait de bons caractères différentiels si l'on pouvait substituer quelque réactif à l'usage incertain de l'odorat. Le missionnaire Hue prétendait reconnaître par là le nègre, le Tartare, le Thibctain, l'Hindou, le Chinois et l'Arabe et ajoutait que, quoique déguisé, les chiens des Chinois aboyaient après lui. Le Péruvien a trois mots, dit Humboldt, pour désigner les odeurs de l'Européen, de l'Indien et du nègre ; c'est à elles qu'il faut attribuer la préférence des moustiques pour certaines races (Reugger). La cale d'un négrier ne peut jamais se débarrasser d'un paifum caractéristique, c'est grâce à lui que les chiens blood-lwunds de la Nouvelle-Orléans dépistaient l'esclave marron.
Les organes génitaux externes donnent enfin des caractères bien tranchés entre les races. Sur l'honmie les dilTérences sont faibles : le pénis du nègre dans l'état de flaccidité est plus long et plus volumineux que celui du blanc; à létat d'érection il semble que ce soitl'inverse. Sur la femme cesdifférences sont considérables : il est certain en premier lieu que les seins hémi-
382 • TABLIER DES HOTTEXTOTES.
sphériques, coniques et pyriformes, qui aujourd'hui dans les races qui nous environnent paraissent des caractères individuels, ont été jadis l'apanage de races distinctes, de même que la perforation de Tolécrane ou le tibia platycnémique ; il est non moins certain que leur allongement exagéré, dès que la femme a rempli ses fonctions maternelles, est un attribut essentiel d'une moitié des autres races. Rien n'est plus commun que la description par les voyageurs de négresses rejetant leurs seins sur leurs épaules pour allaiter un enfant suspendu sur leur dos ; une femme boschimane encore jeune, examinée par Flower et Murrie, les faisait se rejoindre en arrière au-dessus de la région fessière.
Les deux particularités connues sous le nom de tablier et de stéatopygie sont bien autrement curieuses. Chez les blanches non mariées les petites lèvres sont entièrement dissimulées ; elles le sont aussi, mais un peu moins, ensuite ; mais dans d'autres races elles augmentent, ce qui a donné heu chez certains peuples à l'usage de leur excision, ou circoncision chez la femme. Cuvier raconte qu'un des premiers effets de l'introduction du christianisme en A-byssinie au seizième siècle ayant été de supprimer cette opération, qui se pratiquait avant le mariage, et qui rappelait de loin la circoncision des Juifs du sexe masculin, les filles converties ne purent plus trouver de maris ; le pape fut obligé d'intervenir pour autoriser le retour à l'ancienne coutume. Chez les négresses ordinaires cet allongement est général, M. L. Vincent l'a fréquemment vu de o à S centimètres. Mais chez les Boschimanes il dépasse toute proportion et atteint lo et 18 centimètres.
Certes, si l'on a égard aux formes de transition, ce caractère perd de son importance ; mais, si on l'oppose chez les blanches et chez les Boschimanes, il faut avouer qu'il constitue une distinction de premier ordre, au point de vue de l'histoire naturelle.
STEATOPYGIE.
Remarquons cependant qu'il ne plaide pas en faveur d'une parenté immédiate du Boschinian et du singe, car chez le gonlle femelle, le seul sur lequel nous possédions quelques renseignements, les petites lèvres sont invisibles. Sous le nom de sléalopygic, on entend le développement chez
Fig. 43. — Exemple de stéatopyg-ie chez «ne femme boschimanc.
la femme de masses graisseuses énormes, vibrant au moindre contact, superposées aux muscles fessiers. Ce caractère se rencontre çà et là en Afrique, parmi les Somàlis, les Cafres et les Hottentotes, et est constant à divers degrés chez lesBoschimanes.
38 4 STÉATOPYGIE.
Rien ne le fait prévoir sur le squelette ni dans les muscles fessiers ; c'est plus qu'une hypertrophie dupannicule graisseux, c'est un organe supplémentaire, aussi spécial que les sacs laryngiens du gorille et du chimpanzé, davantage même, car ceux-ci ne sont que l'exagération progressive, en avançant en âge, et sur le mâle surtout, d'une arrière-cavité du larynx commune à tous les mammifères supérieurs, tandis que rien chez l'Européenne représente le premier degré delastéatopygie. Cet organe étrange, dont les avantages sont peu indiqués, existait déjà aussi bien que le tablier chez une jeune Boschimane de douze ans, vierge (1). A partir de la grossesse il augmente cependant.
Tout porte à croire qu'une race possédant ces deux caractères, et dont les Boschimans seraient les représentants les plus homogènes, a vécu jadis dispersée delà côted'Aden au cap de Bonne- Espérance. Si l'on rapproche ce double fait de la coloration jaunâtre du même peuple et de ses autres caractères originaux, qui le séparent nettement de tous les autres nègres environnants, cette hypothèse devient presque une certitude.
Jusqu'ici nous avons rencontre bien des caractères opposés dans les groupes humains, mais aucun peut-être d'aussi saisissant. Des cheveux laineux aux cheveux droits, des prognathes aux orthognathes, du teint noir de jais du Yoloff au teint blanc du Scandinave, de l'Esquimau, du Néo-Calédonien noir ou du Patagon ultra-dolichocéphales au Mongol vrai ultra-brachycéphale, la distance était grande ; mais de l'Européen au Boschiman le sillon que creusent ces deux caractères est encore plus profond, autant qu'entre chacun des anthropoïdes, autant qu'entre le chien et le loup, ou la chèvre et la brebis.
(1) Analyse d'un Mémoire de Flower et Murrie sur une dissection de femme huschimane, in Anlhrop. Revieio, vol. V, 1867.