INFLUENCC DES MILIEUX. — ACCLIMATEMENT. — POIDS DU CORPS. FORCE
MUSCULAini. — POULS. — RESPIRATION. — FONCTIONS INTELLECTUELLES. CARACTÈRES PATHOLOGIQUES.
Influence des milieux. — En antagonisme avec l'hérédité qui conserve les caractères et les croisements qui les fusionnent, il y a, avons-nous dit, la variabiUté qui les multiplie et tend à les faire diverger. Les variations se produisent sous deux influences : 1° dans le sein de la mère, spontanément et comme par hasard ; 2° dans le cours de l'existence, par les circonstances extérieures ou de milieux. La doctrine de Darwin repose en entier
sur la première espèce, celle de Lamarck et Geoffroy Saint-Hilaire en entier sur la seconde. En ce moment nous n'examinerons que les faits du deuxième genre sans égard aux théories.
Sous le nom de milieux, M. de Quatrefages embrasse « l'ensemble des conditions ou des influences quelconques, physiques, morales ou intellectuelles qui peuvent agir sur lesètres organisés, » en un mot toutes les causes extérieures, susceptibles d'amener directement ou indirectement un changement dans les organes vivants. Attachons-nous aux caractères les plus visibles sur lesquels les opinions les plus contradictuires se sont fait jour.
La coloration de la peau, a-t-on dit, est variable et résulte des conditions atmosphériques. Les races se répartissent régulièrement de réquateur aux pôles, les plus foncées dans les pays chauds, les plus claires dans les pays froids. Voyons s'il en est ainsi actuellement, car lesmonogénistes ne font pas allusion ici au passé, il leur est connu j c'est la version adamique.
Au voisinage des pôles, les premières populations sont les Esquimaux, les Saraoyèdes et les Lapons, au teint basané, aux cheveux noirs et aux yeux noirs, cantonnés dans ces parages glacés depuis les temps les plus reculés. (Rappclonsque la coloration de la peau, des cheveux et de l'iris sont trois choses solidaires en général, Taccroissement ou la diminution de la matière pigmentdire dans l'organisme). Plus bas dans un pays à température relativement élevée leur succèdent, en Europe, les Scandinaves, la race la plus claire de peau, de cheveux et de yeux qui soit au monde peut-être, les Finnois au teint clair, aux cheveux châtains ou roux et aux yeux gris ou verts ; en Asie des populations aux cheveux et aux yeux noirs, mais au teint jaune, et en Amérique les Indiens au teint rougeàtre. Du premier coup donc la doctrine est en défaut.
Au pôle sud, les premières terres habitables que l'on rencontre sont occupées à 34 degrés environ de latitude sud par les Pes-
lierais au teint olivâtre ou basané, auxquels succèdent les Patagons de couleur plus foncée, et les Gliarruas au teint analogue à celui des mulâtres, sinon plus noirs. Dans l'autre hémisphère, ce sont les Tasmaniens au teint noir de suie, un peu jaunâtre, et les Hottentots jaunes basanés, voisins des Cafres tout à fait noirs. Rien jusqu'ici n'est favorable à la croyance dont Prichard s'est fait l'interprète.
Si l'on se reporte à l'équateur, les faits sont encore contradictoires. En Amérique, les anciens Indiens de la Californie étaient aussi noirs par 42 degrés de latitude nord que des nègres de Guinée, tandis qu'au-dessous d'eux s'échelonnaient des tribus au teint olivâtre ou rougeàtre, relativement clair. De même en Afrique les nègres les plus foncés sont à 12 ou 15 degrés de latitude nord, tandis que leur coloration diminue en se rapprochant de l'équateur. « Les YolofPs, dit Golberry, sont une preuve que la couleur noire ne dépend pas seulement de la chaleur solaire, ni de ce qu'ils sont plus exposés à l'action verticale de ses rayons, mais provient d'autres causes, car plus l'on s'éloigne d'eux, et plus la coloration noire des nègres diminue d'intensité. » Sous les tropiques d'ailleurs, parmi les Touaregs du Sahara, parmi les Afghans de l'Inde et sur les rives de l'Orénoque et de l'Amazone, on rencontre au milieu de populations foncées des individus , des tribus entières au teint clair, aux cheveux clairselaux yeux bleus.
Mais, a-t-on dit, les contradictions sont dues à des circonstances locales comme l'altitude. Les colorations claires s'observent de préférence dans les montagnes, et les foncées dans les plaines, dit Prichard. .\insi les Suisses des hautes montagnes de la !..ombardic ont les cheveux bruns ou couleur de sable, tandis que les .Milanais dans la plaine les ont noirs; les Berbers blonds se voient plutôt dans le massif de l'Aurès et les bruns dans la plaine. Les nègres des plateaux sont plus clairs que ceux des
plaines basses du littoral du golfe de Guinée, etc. Dans les régions élevées d'Enarea et de Kaffas, en Abyssinie, on rencontre des indigènes de teint plus clair qu'en Europe, etc. Tous ces exemples sont vrais, mais on peut en citer autant d'absolument inverses. M. de Quatrefages raconte dans ses cours que les Abyssins noircissent en s'élevant des plaines sur les hauteurs, ce qu'il attribue à l'action plus immédiate des rayons du soleil. La race Antisienne des plaines basses du Pérou est blanche par rapport aux Aymaras et aux Quichas des plateaux élevés (d'Orbigny). Humboldt n'hésite pas. <c Les Indiens de la zone torride, dit-il, qui habitent les plaines les plus élevées de la Cordillère des Andes, et ceux qui pèchent sous le 45^ degré de latitude sud dans les îles de l'archipel Saint-Chine ont le même teint cuivré que ceux qui, sous un climat brûlant, cultivent les bananes dans les plus profondes et les plus étroites vallées de la région équinoxiale. » Les peuplades du Rio-Negro ont le teint plus halé que celles du haut Orénoque, ajoute-t-il, et cependant les rives du premier sont plus froides que celles du second.
La nature des cheveux, lisse ou crépue, serait également due aux climats dans la doctrine de l'influence. La chaleur, la sécheresse les feraient s'enrouler en spirales, soit, mais elle ne produiiait pas l'aplatissement du cheveu qui est proportionnel à son enroulement. Ne dit-on pas l'inverse d'ailleurs à propos des animaux; la toison laineuse du mouton des pays tempérés se transformerait en toison à poils droits vers Téquateur. Du reste, il y a des nègres aux cheveux fortement laineux jusqu'en Tasmanie par une latitude de 45 degrés sud, et l'on sait que dans l'hémisphère austral la température est beaucoup plus froide, à latitudes égales. Et inversement sous les tropiques, il y a d'autres noirs, mais aux cheveux lisses, droits, comme les Australiens, les noirs du Dekkan, les Himyariles de l'Yémen. Comment se
ferait-il, dans l'hypothèse ci-dessus, que la chaleur aurait agi sur la peau et pas sur les cheveux?
La taille aussi serait un effet des milieux et, pour plus de précision, de la nourriture, les plus grands hommes se rencontrant dans les pays les plus favorisés, et les plus petits dans les plus pauvres. Mais les Akkas, presque des nains, habitent un pays très-riche, sur les rives du Nil Blanc, tandis que les Patagons, presque des géants, occupent un pays mal partagé, où il est sans cesse question des sables. Dans les Nilghiris, il y a deux races au moins, l'une caractérisée par sa petite taille, l'autre par sa grande taille; la première mange de la viande, la seconde se contente de laitage et de légumes depuis des siècles.
Aucun fait, en somme, ne prouve que dans l'état actuel des choses et dans le temps très-court sur lesquels reposent nos observations il se soit jamais produit une modification importante et héréditaire d'un caractère physique sous l'influence des milieux. Partout où se rencontrent des Arabes, des Juifs^ leur type est !e même, tel que nous le font connaître les monuments égyptiens. A Leyde, le juif est plus clair ; à Alger, d'un ton jaunâtre, dit-on ; aux Indes, foncé Idark). Dans ce dernier cas surtout re%périence est décisive ; il existe à Cochin, sur la côte de Malabar : {° des juifs noirs, ce sont des indigènes convertis; 2° des juifs blancs venus à l'époque de la destruction de Jérusalem et dont on retrace l'histoire pour le moins jusqu'à dix siècles en arrière; or ils sont restés blancs, ou mieux bruns à cause du climat et par rapport à nous, mais blancs par rapport aux populations environnantes ; leurs enfants naissent blancs, leurs femmes, lorsqu'elles n'affrontent pas les rayons du soleil, restent blanches.
Et cependant les milieux ont une influence indéniable. Les végétaux blanchissent à l'abri de la lumière et l'effet n'est pas superficiel, il s'étend à la texture même de la plante, à sa
saveur et aux autres propriétés de la sève qu'elle charrie. Les animaux des régions polaires blanchissent aux approches de rhiver. Les bœufs de la Sologne, petits et chétifs, transportés dans les vallées de la Loire, prennent en une génération ou deux, une taille et une qualité toutes différentes. Les paysans, les marins se baient, au grand air et dans les pays chauds, sur les parties découvertes du corps.
Mais dans ce dernier cas l'influence est bornée à l'individu, elle n'est pas héréditaire ; d'une race à l'autre, elle se comporte différemment. Nous avons dit que les bruns et les blonds d'Europe ne se balaient pas de même au contact de l'air ; les premiers noircissent franchement, les seconds se brûlent, se parcheminent et tendent au rouge-brique, ou prennent une teinte jaunâtre que Monrad considère comme le premier signe de Tacclimatement sur la côte de Guinée ; cette coloration jaunâtre passerait ensuite au cuivré et se foncerait à chaque génération (I). Les Chinois noircissent également au soleil pendant Tété et redeviennent clairs en hiver De tout cela à la transmission d'un caractère acquis par l'individu à sa postérité, il y a loin. Le sujet noircit comme il engraisserait; le soleil, rahmentation venant à diminuer, il pâlit et maigrit.
Admettons cependant que des modifications de caractères physiques puissent se produire, sinon sous nos yeux, du moins avec le temps et s'additionner de siècles en siècles. Dans cette hypothèse, les choses, il faut le reconnaître, s'expliqueraient physiologiquement.
La taille, parexemple, résulte de deux influences: 1° de la race,
(1) Aux îles Sandwich un pliénomène inverse se produirait (Chom). Les enfants venant au monde seraient uoirs, les grands personnages brun foncé et les gens travaillant aux champs d'un teint plus clair, couleur orangé ; mais la question n'est plus la même, il y a deux races, les chefs et les paysans
OU mieux do la pn-dominance d'action de telle lip^née paternelle ou niatoinelle,et 2" d'un concours de circonstances hygiéniques. La nutrition du squelette se fait bien ou mal, Tossification y est ou non régulière, sans interruption, les épiphyses se réunissent aux diaphysos plus tôt ou plus tard, il n'en faut pas davantage pour qu'on soit grand ou petit. Que l'accident se répète, que le phénomène s'accumule dans le même sens pendant plusieurs générations, il devient une habitude (en médecine on reconnaît des habitudes pathologiques aussi bien que physiologiques, et leur ténacité, leur hérédité sont vraiment extraordinaires), et bientôt un caractère régulièrement transmissible. On ne peut donc s'étonner devoir l'insistance avec laquelle les voyageurs, ceux de l'Australie par exemple, assurent que les sujets de petite taille y sont mal nourris, peu couverts et souffreteux, tandis que les hautes tailles sont le propre des indigènes de l'intérieur, fiers et bien portants, au milieu de ressources de toutes sortes.
L'accroissement de la matière pigmentaire s'expliquerait aussi par là aisément. Le système cutané excité par le contact de l'air, la chaleur et la lumière, fonctionne davantage, son appareil glandulaire sécrète davantage, et la matière noire se dépose en plus grande abondance dans les jeunes cellules sous-épidermiques. De là, et peut-être par action réflexe sur les capsules surréjiales ou le foie, l'hypersécrétion se propagerait à tout rorga<nisrac et partout la» matière colorante dérivant du sang, de la matière biliaire ou d'ailleurs augmenterait. Des particularités propres^ à chaque race feraient que l'une deviendrait franchement noire, l'autre jaunâtre ou olivcàtre, nue troisième rougeàtre. Une des objections tomberait ainsi : pourquoi les parties exposées à l'air ne sont-elles pas les seules noires? Le phénomène inverse, un défaut d'excitation, produirait au contraire la décoloration, c'est-à-dire une sorte d'anémie comme chez les mi-
neurs. Les Antisiens blancs du Pérou, ditd'Orbigny, habitent au pied de rochers à pic, sous des arbres gigantesques dont les branches forment un vaste berceau impénétrable aux rayons du soleil, où régnent une atmosphère humide et une végétation luxuriante ; leurs cinq tribus y vivent plongées dans l'obscurité et sont plus claires de teint que les Moxos du voisinage dans des plaines découvertes et les Aymaras sur des plateaux élevés.
Par l'accroissement du volume du crâne et pour tous les caractères craniométriques qu'il entraîne à sa suite, l'explication serait non moins facile. Le cerveau travaillant plus, continue à s'accroître au -delà de son terme ordinaire et les sutures se fermeraient plus tard. La diminution du crâne des femmes par rapport à celui des hommes, à présent en comparaison de ce qu'il était aux époques préhistoriques, représentées par les deux belles séries de la caverne de l'Homme-Mort et des grottes de Baye dans la Marne, aurait une cause inverse.
Les variations de formes et de proportions du squelette pourraient toutes s'expliquer de même, en vertu de la loi physiologique que la fonction fait l'organe ; plus un membre,un organe, un muscle travaille, plus il augmente de volume et entraîne de modifications des parties auxquelles il se rattache. Le fémur à colonne, le tibia platycnémique, le thorax plus ample chez les individus obligés à faire de plus grandes inspirations, le ventre gros chez les individus qui se livrent surtout à un régime herbi-. vore, dont les repas sont irréguliers et parfois très-copieux, se comprennent ainsi.
Ce qui échappe quand même à toule explication, ce sont les variations des cheveux dans leurs types fondamentaux : les cheveux droits et ronds, vus au microscope, et les cheveux laineux et aplatis. Là est l'objection la plus sérieuse à la dérivation des caractères les uns des autres. Dans l'état de la science il n'y a pas d'explication à en donner.
Pour nous résumer, les individus subissent l'influence des milieux sous nos yeux, mais ils ne transmettent pas les caractères acquis de cette faron ; il n'en existe aucun exemple avéré dans la science ; la répartition des caractères suivant les lieux et les latitudes est subordonnée exclusivement au hasard des migrations et cependant la physiologie rend compte du mécanisme susceptible d'engendrer des caractères nouveaux. Dans quelles conditions à nous inconnues l'hérédité peut- elle se départir de son extrême rigueur, voilà ce qu'il faudrait savoir. Un fait important à noter, c'est que les variations de milieux et de conditions de vie sont très-faibles aujourd'hui relativement à ce qu'elles ont dû être à certains moments de l'existence du globe, c'est que les peuples n'ont pas toujours eu la même intelligence pour se soustraire aux agents extérieurs et qu'ils n'ont pas toujours pu abandonner un pays oii les circonstances changeaient. En somme, aucune race nouvelle ne s'est produite dans l'horizon de notre observation, sauf par les croisements, le fait est certain, et cependant tout force à croire que la variabilité s'est exercée avec plus de force à une époque quelconque et a trouvé un appui dans l'hérédité.
De deux choses l'une : ou les races ont été formées à l'origine en nombre infini et ont diminué depuis par la voie de l'extinction naturelle ou des croisements, ou elles se sont multipliées sous l'influence des milieux et des circonstances extérieures.
Acclimatement. — De l'influence des milieux à l'acclimatement il n'y a qu'un pas. L'homme, à l'opposé des anthropo'ides, se rencontre sous tous les climats et se plie à toutes les conditions de vie, mais il le doit à son inteUigence et paie son tribut. Examinons la question de près.
Les mots acclimatement et acclimatation ne sont pas synonymes. Le premier s'entend de l'accommodation spontanée et naturelle à des conditions climatériques nouvelles, le second
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de rintervention de l'homme dans cette accommodation. L'un est le fait, l'autre est la science des conditions et des phénomènes de raccommodation ; l'un est une propriété physiologique de rhomme et concerne l'anthropologie, l'autre est du domaine de l'hygiène, de la médecine et des institutions. M. Bertillon en a traité tous les points de vue, avec son esprit critique habituel, et nous n'aurons guère qu'à analyser son article acclimatemem de V Encyclopédie des sciences médicales.
C'est par la comparaison des statistiques de la natalité et de la mortalité que procède M. Bertillon. D'une race à l'autre il trouve des ditiorences soit dans leur faculté générale d'acclimatement, soit dans leur aptitude à habiter certaines latitudes de préférence. Entre les races européennes déjà il trouve des dirergences. Ainsi les Anglais s'implantent parfaitement aux États- Unis, à l'île Saint-Hélène, au cap de Bonne-Espérance, mais ils échouent aux Antilles, aux Indes ; de même la race germanique réussit aux États-Unis et s'éteint sous, les climats tropicaux, et même en Algérie. Les Hollandais sont dans le même cas: sous les noms de Boers, ils se perpétuent dans les conditions les plus satisfaisantes à la colonie du Cap, dont le climat est très-voisin de celui de leur mère patrie, tandis qu'ils meurent sous le ciel torride de la Malaisie.
Les Français sont favorisés au Canada, dans la Nouvelle- Ecosse, aux Etats-Unis, aux îles Maurice et de la Réunion, mais en se rapprochant des tropiques leur faculté d'adaptation diminue. Aux Antilles, ils parviennent à faire souche, mais ne s'accroissent pas, et ont besoin d'être régénérés par des croisements étrangers vers la troisième ou quatrième génération. En Algérie, les Français des départements du Nord ne réussissent pas, ceux de nos départements du Midi sont un peu avantagés. A Madagascar et surtout au Sénégal, il n'y a pas de concurrence, aucune race européenne ne résiste. A la Nouvelle-
Calédonie, en revanche, le succès est complet, et notre garnison y a une mortalité moindre qu'en France. Les Espagnols, dans le sang desquels il est resté beaucoup du berber, s'acclimatent merveilleusement dans les Etats-Unis du midi, au Mexique, dans les Antilles et dans TAraérique du Sud. Ce sont, avec les Maltais et les Juifs, les plus favorisés des colons algériens. Les Portugais partagent avec eux les mêmes privilèges.
Les Tsiganes, Gipsies ou Bohémiens sont, de tous les peuples, ceux qu'on rencontre sur de plus grands espaces. Dans les landes du Brésil, sur les sommets de THimalaya, à Moscou, à Madrid, à Londres, à Stamboul, par 30 à 35 degrés centigrades au-dessus de zéro, et dans les zones torrides de Tlnde et de l'Afrique, ils sont partout. Les Israélites aussi jouissent d'une grande aptitude à racclimatement, mais ils ne s'avancent pas autant vers le nord; ils procèdent par petites étapes, ne font pas d'expériences à leurs dépens et suivent la civilisation. Les Arabes s'acclimatent très-bien de proche en proche, mais ils restent dans les zones isothermes chaudes et s'aventurent peu dans les zones tempérées.
M. Bertillon ne parle pas des Chinois, mais chacun sait qu'ils sont très -appréciés comme travailleurs dans la Malaisie, l'AustraUe, la Californie et les Antilles. Depuis Tabolition de l'esclavage en Amérique, ils tendent à remplacer le nègre. Evidemment c'est qu'ils s'acclimatent, mais on ne les a pas vus se transporter dans les pays froids .
L'Australie, quoiqu'ayant des climats très-opposés, est trèsfavorable aux Européens de toutes nationalités, tandis que l'archipel Malais, plus au nord, leur est très-meurtrier ainsi que la Cochinchine. A Java, à Sumatra, les Hollandais ne s'acclimatent pas et c'est la cause véritable, sans doute, de la stérilité de certains de leurs métis avec les indigènes, au bout d'un nombre déterminé de générations. Les Indes sont fatales aussi aux
Européens, mais il faut distinguer les plaines basses du littoral et les rives des grands fleuves des plateaux élevés qui forment l'Inde centrale ; on sait que les Anglais ont établi des sanitariura dans les montagnes, où l'on va se rétablir.
L'Egypte est non moins renommée pour son insalubrité. Sa population actuelle est encore celle des anciens temps ; aucun conquérant n'a pu s'y maintenir sans se renouveler par des immigrations incessantes ; le nègre lui-même en fournil une grande mortalité. Les Mamelucks y ont régné S60 ans, mais pas un n'a pu donner une lignée persistante.
Les nègres d'Afrique fournissent dans leur propre pays une mortalité considérable, ce qui suppose cependant une grande natalité; sans cela ils s'éteindraient. Cette mortalité semble tenir à leur indolence et au peu d'efforts qu'ils font pour se donner le bien-être. 11 ne faut donc pas s'étonner qu'ils aient bien réussi en Amérique, où, spécialement aux Antilles et aux Etats- Unis avant la guerre, ils étaient soignés à titre de marchandise de valeur. En 1808, époque où leur importation a cessé dans ce pays, ils étaient 400000 ; en 1860, leur nombre atteignait imillions. Depuis la guerre ils sont obligés de se suffire à euxmêmes et sont revenus à leur indolence naturelle ; leur nombre diminue.
Voilà pour l'émigration dans les pays chauds. Dans les régions froides, les Européens, quels qu'ils soient, s'acclimatent mal et les nègres surtout meurent avec rapidité. La population blonde de l'Islande décroît visiblement, ce qu'on attribue au refroidissement progressif de File. Les Esquimaux, qui, à leur arrivée, avaient rencontré un climat plus supportable qu'aujourd'hui, décroissent par la même raison. A Saint-Pétersbourg, le chiffre des décès dépasse celui des naissances et si les Slaves sont maîtres du nord du continent, ils le doivent à leurs croisements avec les Finnois et peut-être, plus à l'ouest, avec les Samoyèdes.
11 résulte de cet examen que les excès de climats ne conviennent à aucune race, et que si l'homme se transporte d'un point à un autre du globe et finit par s'y installer, c'est souvent à ses dépens, malgré les ressources que lui fournit son intelligence. Les races blondes notamment se conviennent dans les régions tempérées et fraîches et se voient le Midi presque interdit. Les races brunes, au contraire, ont une plus grande puissance d'acclimatement : au nord elles sont représentées par les Lapons; vers l'équateur elles s'étendent facilement, les plus accentuées spécialement.
Mais dans les déplacements, il faut distinguer les petits et les grands déplacements, les brusques et les progressifs ; M. Bertillon partage les accidents qui sont dus à l'acclimatement brusque dans une région toute différente sous le rapport isotherme, et se produisent sur l'individu et ses rejetons, en quatre groupes ou phases : 1" les maladies immédiates ; 2° les anémies chroniques consécutives qui placent l'individu dans des conditions défavorables de résistance aux maladies accidentelles ou le vieillissent vite ; 3° les maladies de la première enfance des rejetons nés dans le pays, et 4° la dégénérescence physique et intellectuelle et le peu de fécondité de la seconde et de la troisième génération. (V'oir page 393.)
Tout autres sont les circonstances du petit acclimatement. Telle famille incapable de se transporter d'un bond de Paris au Sénégasupporte merveilleusement son déplacement à Pau, Aux générations suivantes elle pourra aller à Cadix, plusieurs ensuite au Maroc, et ainsi de suite. C'est ainsi qu'ont pu se faire, non pas les invasions des barbares qui se ruèrent sur l'Europe au commencement de notre ère, mais quelques immigrations lentes parties de l'Asie centrale ; les unes, s'élevant au nordouest, auraient atteint des pays relativement froids et les autres, descendant au midi, auraient trouvé l'Inde, où se voient au-
jourd'hui quelques blonds là où les Anglais ne peuvent se fixer. Les Esquimaux, avant de s'acclimater dans leurs neiges éternelles, ont vécu en Asie sous le 40^ degré de latitude nord pour le moins.
Toutes les parties d'un pays ne sont pas d'ailleurs également défavorables. Sans parler d'un marais ici ou d'un désert plus loin qui augmentera la mortalité sur les nouveaux venus, il y a l'altitude à considérer. Une famille ne pourra s'acclimater au niveau de l'Océan et prospérera, au contraire, en remontant le cours d'un fleuve ou les flancs d'une montagne. La réputation des hauts plateaux est faite dans tous les pays chauds. Les opinions contradictoires de MM. Jourdanet et Coindet sur le séjour des Européens dans les lieux élevés du Mexique, y laissent la question pendante. Mais dans une terre française l'expérience est faite; tandis que MM. Bertillon et Ricoux concluent que la race germanique ne s'acclimate pas en Algérie d'une manière générale, dans toute la province de Constantine et sur toute la ligne de l'Atlas, des monts Aurès au Maroc, on découvre une multitude de blonds dont la présence remonte à quatre ou cinq mille ans.
Une circonstance favorise l'acclimatement définitif, c'est le croisement, si peu que ce soit, avec la race indigène ou avec d'autres races immigrées parallèlement, mais à faculté d'acclimatement plus grande. Une petite quantité de sang nègre diminue l'aptitude à contracter la fièvre jaune. Ainsi, au Cap de Bonne-Espérance, aux Etats-Unis, en Australie et déjà aussi en Algérie, il ne faut plus désigner les races émigrées par leur nom, mais comme des races nouvelles complexes ayant leurs caractères propres. Dans ces conditions, l'influence des milieux semble même plus marquée, de même qu'en chimie certaines réactions s'opèrent plus aisément lorsque les corps sont mis en présence à l'état naissant. A la suite de la mor-