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RESPIRATION

Le nombre des inspirations à la minute pourrait également varier. M. Quételet, sur 300 Belges de 30 ans, Ta trouvé de 18 en moyenne, et M. Hutchinson, sur 1 080 Anglais, de 20. Ce nombre augmente en s'élevant au-dessus du niveau delà mer; ainsi à 2000 mètres il était, suivant M. Coindet, de 19.3 sur 230 Français et de 20.3 sur 230 Mexicains. II varie aussi du reste dans les mêmes conditions que le pouls, avec lequel il est généralement dans le rapport de 1 ai.

La capacité de la cavilé ihoracique a ensuite été mesurée, c'est-à-dire la quantité d'air inspiré ou expiré en une fois. M. Hutchinson a préféré l'inspiration qu'il fait répéter trois fois pour en prendre la moyenne. Sur 1 080 Anglais, distribués par groupes selon la taille, le minimum obtenu a été de 2212 centimètres cubes sur celui de l"',o2, le maximum de 4 260 sur la taille de l'",82 et la moyenne générale de 3602 répondant à une taille de 1™, 72.

La voix a aussi été étudiée comparativement dans son timbre et sa hauteur. 11 paraît certain qu'elle diffère dans les races et est caractéristique dans certaines, mais la difficulté est d'exprimer ces différences. Du reste nous n'entendons ici que montrer comment chaque fonction peut être l'objet de séries d'observation ; tout est à faire dans cette voie.

Les phénomènes intellectuels sont le produit de l'activité du cerveau et rentrent dans la catégorie des caractères physiologiques au même titre que toute autre fonction organique. Us naissent, se développent, s'altèrent et s'éteignent avec l'organe qui en est le siège.

Us présentent dans toute la famille humaine une grande similitude, précisément parce qu'ils en sont la caractéristique essentieUe (voir page 238), mais aussi de grandes divergences qui seraient bien plus sensibles, si les races vivaient séparées. Un caractère commun en effet à tous les hommes est la faculté

d'imitation associée à la faculté de perfectionnement. Le singe répète ce qu'il voit faire et ne va pas plus loin. L'homme profite, se met à Tunisson et se modifie, il est plus ou moins éducable. De là la difficulté, dans l'analyse des traits intellectuels, de distinguer ce qui appartient à la race et à l'individu, ce qui provient de l'éducation et de fentraînement. Non-seulement une tribu conquérante, mais un seul homme, surgi par hasard, suffit à transformer les mœurs et à modifier les caractères jusqu'à les rendre méconnaissables en moins d'un siècle. Les anciens Péruviens doivent la plupart des traits intellectuels qui les distinguent à nos veux des races voisines, a l'intervention de Manco-Capac, le premier des Incas. Qui sait si les Australiens ne se fussent pas élevés dans l'échelle sociale^ s'ils eussent rencontré un homme sachant les prendre?

Cette aptitude de l'homme à s'approprier ce qui convient à ses penchants et à ses besoins, et à se changer intellectuellement, n'est pas également développée. Les uns acquièrent vite, les autres lentement. On sait que les Andamans et les Australiens, élevés suivant notre civilisation, enlèvent leur vêtement à la première occasion et reprennent leur vie sauvage ; pourtant ces mêmes sauvages apprennent vite à lire et écrire. C'est qu'il faut distinguer entre l'éducation brusque d'un individu et l'éducation séculaire et progressive d'une race.

En dépit de cette tendance à l'uniformité intellectuelle dans toute la famille humaine, certaines différences persistent, répondant chacune à des états anatomiques partiouhers du cerveau qu'elles démontrent aussi sûrement que le ferait l'examen microscopique le plus délicat.

Parmi ces facultés inhérentes à la structure du cerveau s'offre en première ligne la faculté du langage. Les linguistes sont arrivés, à cet égard, aux conclusions les plus nettes. Un certain nombre de langues, irréductibles les unes aux autres, ont pris

naissance d'une façon indépendante ; à ce moment lointain, les races primitives correspondantes vivaient donc séparées, à l'état de nature. Le hasard a-t-il alors présidé à Téclosion d'un petit nombre do sons articulés, devenus le point de départ d'autant de mots racines, ou bien le cerveau s'est-il préalablement modifié pour rendre possible cette éclosion ? Ce qui nous intéresse ici, c'est qu'il y ados langues profondément différentes et qui exigent des gosiers spéciaux pour les prononcer et des entendements à part pour les concevoir.

Il faut envisager de même les diverses façons de sentir la gamme musicale dans les cinq parties du monde. Ce qui est harmonique pour les fibres auditives du cerveau de certaines races, ne l'est plus pour d'autres. L'éducation est ici hors de cause, le fait est primitif et nécessairement anatomique.

Les divergences des systèmes de numération sont dans le même cas. Les races dites aryennes les conçoivent tous et ont une grande aptitude aux mathématiques. D'autres, dites inférieures, ne peuvent compter au-delà de 2, de 3 ou de 5, ensuite c'est l'infini, l'inconnu, l'incompréhensible, et, malgré tous les efforts, on ne peut parfois leur inculquer une notion de nombre plus élevée, tel était le cas d'un Damara, cité par Lubbock.

Pour le dessin, les aptitudes sont aussi divergentes. Telle race dont l'existence remonte, sans doute, aux temps primitifs, ne parvient à tracer que des ronds et des bâtons, et certains de ses représentants ne savent même pas distinguer sur le papier une tête d'un arbre ou d'un navire. Les Chinois, après une existence sociale peut-être égale à celle des plus anciens Egyptiens et quoique avancés sous une multitude d'autres rapports, sont restés réfractaires à toute notion de perspective. D'autres races, au contraire, et dos plus anciennes, des plus sauvages, comme nos ancêtres de l'âge du renne, ont fait preuve, presque d'emblée, d'un sentiment artistique véritable.

L'opposition si grande entre les systèmes d'écriture témoigne aussi de l'isolement primitif des races et de leurs différences d'aptitudes et d'impulsions. La perfection que certaines semblent avoir atteint d'emblée, tandis que d'autres en sont restés aii même point, mérite considération.

Par le genre de vie et la façon d'entendre l'état social, les races se distinguent encore profondément. Dès l'aurore des traditions et même auparavant, lorsque nous ne sommes éclairés que par l'archéologie préhistorique, on voit déjà des tribus sédentaires s'adonnant paisiblement à la pèche et à l'échange, et des tribus guerrières et turbulentes. Les unes, plus tard, acceptent avec facilité les jouissances et la mollesse de la civilisation, d'autres résistent et préfèrent une vie rude et sauvage. Les unes sont sceptiques ou indifférentes aux formes religieuses ; aux autres il faut forcément un Dieu protecteur, une croyance. 11 y en a qui semblent prédestinés à être éternellement nomades comme le Tsigane, le Juif et l'Arabe. Les Tsiganes sont sans religion et errent au miUeu des civilisations sans se laisser tenter par elles. Le Juif, nomade à l'origine, un moment sédentaire, de Josué à Titus, est redevenu nomade, tel que le permettent les usages des peuples au milieu desquels il vit. L'Arabe conserve ses allures aussi, sauf qu'il ne s'adapte pas ; il se déplace aui Indes, dans l'Afrique centrale, cherche de nouveaux emplacements, mais ne se fixe nulle part comme la race anglo-germanique.

Personne, du reste, ne met en doute la valeur des caractères intellectuels. C'est un lien commun de dire qu'ils persistent à travers les âges au même titre que les caractères physiques. Les Espagnols du temps de Scipion-Emilien sont encore ceux d'aujourd'hui; la guerre d'embuscade, une longue persévérance et la haine de l'étranger les distinguent toujours. Le caractère prédominant de la race française est encore celui des Gaulois, dé-

crits par César. En Algérie, on distingue le Berber de TArabe mieux encore par son caractère, son humeur et son genre de sociabilité, que par les traits de sa physionomie. De l'Anglo- Gcrmanique au brun de race méridionale, le contraste est aussi saisissant et bien connu.

Les impulsions inhérentes à la matière cérébrale sont si tenaces, malgré l'éducation et la civilisation, qu'elles persistent encore après les croisements et les mélanges, et contribuent à les faire reconnaître. M. Brace dépeint en ces termes le caractère des Français (1).

« Par son génie et son caractère, assez contradictoires en apparence et que l'on ne comprend qu'après s'être familiarisé avec lui, le Français tient de trois grandes races, dont il dérive. Par son caractère brillant et belliqueux, sa passion de parade et d'effet, son enthousiasme soudain qu'égale un découragement facile, sa promptitude à se laisser gouverner par des chefs militaires, son goût pour les arts et les ornements, son entrain, sa légèreté, sa galanterie, il est franchement Celte. Par la dévotion d'un grand nombre, par son sérieux, son impressionnabilité, son sentiment d'indépendance personnelle, son esprit de libre examen et sa profondeur en matière scientifique, il est Teuton, tandis que son merveilleux talent d'organisation et ses tendances à la centralisfition il les tient du Romain. La race française, en somme, avec son génie, sa science, sa grandeur, ses fautes faisant pitié, ses infortunes qui affligent le monde, son passé splendide, son présent incertain (l'auteur écrivait sous l'empire) et son avenir mystérieux constitue une unité, une force neuve et vivace comptant dans la vie de l'humanité et aussi caractérisée qu'aucune des grandes races de l'antiquité. »

Les points de vue auxquels on aurait à traiter le vaste sujet des différences cérébrales primitives sont infinis. Pour chaque

(1) Manuel d'ethnologie, par C. L. Brace. Londres, 1863.

432 PHÉ.NOMÈNES INTELLECTUELS.

race fondamentale il faudrait se livrer à une analyse minutieuse et séparer tout ce qui est dû au perfectionnement naturel, aux institutions incidentes, aux influences d'autres races, aux circonstances historiques. Il y aurait à jauger en quelque sorte la puissance de chaque faculté, sentiment ou instinct. L'esprit de superstition, de religiosité, de famille, d'individualisme, de sociabilité, l'aptitude à la civilisation, les préférences pour tel et tel genres de \ie et d'usages devraient être examinés. Autant Factivité cérébrale est prodigieuse et variée dans les races, réputées supérieures, autant elle est engourdie dans les inférieures. 11 semble, dit Sproat, parlant des Ahts de l'Amérique du Nord (Lubbock), que l'esprit du sauvage soit à moitié endormi ; il faut insister sur les questions qu'on lui fait, une courte conversation le fatigue lorsque les réponses exigent quelque effort dépensée et de mémoire. Les sauvages de l'intérieur de Bornéo (Dallon), certains de l'Australie occidentale (Scott Nind), vivent dans l'indifférence la plus absolue, à la façon des bêtes fauves. Boire et manger est leur seule préoccupation. Plusieurs fois on a décrit des sauvages comme le Boschiman de Lichtenstein chez lequel rien, ni dans les traits de la physionomie ni dans les actes, n'indiquait la moindre lueur d'intelligence.

Un sujet presque neuf éveille beaucoup l'attention depuis quelques années : c'est l'histoire, basée sur les faits, des étapes suivies par les sociétés humaines pour atteindre le degré de développement intellectuel auquel sont parvenues les plus favorisées. Entre les mains de M. Tylor, le sujet a pris le titre de ^Culture primitive ou Histoire des premiers temps de l'humanité », et sous la plume de M. Lubbock celui d'à Origines de la civilisation. » Le premier démontre notamment, pour ne prendre qu'un exemple, que la morale est le synonyme de mœurs, qu'elle est toujours utilitaire, qu'elle varie avec les peuples,

conformément à leurs besoins, que, restreinte d'abord dans les limites étroites de la famille, puis de la tribu, elle s'est étendue ensuite aux fédérations plus grandes, qu'en un mot elle est progressive. C'est assez dire que les idées de morale peuvent donner des caractères ethniques, mais non des caractères physiologiques différentiels entre races, du moins jusqu'à nouvel ordre. La science des religions marche dans le même sens. Par la comparaison des fables et allégories qui sont à la base de toutes les mythologies, elle remonte, comme on le fait pour les langues, à la connaissance des contacts que les peuples ont eus entre eux et sépare par conséquent ce qui est un caractère acquis dans les races de ce qui est un caractère propre. Le cadre s'élargira encore, c'est la science des phases rétrospectives des emprunts que se sont faits réciproquement les races dans l'ordre intellectuel et de ce que toutes ont gagné par le simple développement des facultés inhérentes à l'homme en général.

Le problème des caractères différentiels des races humaines dépendant de leur organisation cérébrale propre, sera simplilié d'autant et alors sans doute on pourra réellement dire que le mode de fonctionnement du cerveau fournit des caractères distinctifs, de même que la forme du crâne ou la nature des cheveux. Les variations n'en pourront pas être mesurées au compas, ce sera la seule objection.

La bibliothèque des sciences contemporaines a sous presse un volume de M. Girard de Rialle, qui traite des mythologies comparées, nous émettons le vœu qu'elle y ajoute un autre volume sur la science des perfectionnements successifs et réciproques subis par les races humaines dans l'ordre intellectuel et social.

Les caractères pathologiques sont une déviation des caractères physiologiques et comme eux concernent le vivant.

Sous ce titre se rangent toutes les particularités morbides que présentent certaines races à l'exclusion de certaines autres.

Notre intention n'est pas de traiter actuellement ce sujet qui touche trop à la médecine. Il y aurait à y considérer dans l'éclosion, la marche et la reproduction des maladies, ce qui dépend des conditions telluriques et atmosphériques d'une part, et de la race de l'autre. Le premier, il y a seize ans, nous annoncions un fait qui eut quelque retentissement, c'est que la mortalité dans les hôpitaux anglais était moitié moindre que dans les nôtres pour les grandes opérations chirurgicales. Nous Tattribuions à une meilleure alimentation, à la salubrité et à Taménagement supérieurs des hôpitaux anglais ; une seule objection sérieuse nous fut adressée. M. Velpeau, avec son tact infini, répondit à l'Académie de médecine que la chair anglaise et la chair française n'étaient pas la même, autrement dit que les deux races ne réagissaient pas de même à la suite des opérations. Voilà effectivement un caractère anthropologique. L'immunité des nègres et de leurs métis à la fièvre jaune, le peu d'hépatites qu'ils ont au Sénégal par comparaison avec les Européens, leur plus grande prédisposition au contraire à contracter la peste en sont d'autres exemples.

Ces caractères pathologiques forment un sujet entièrement neuf que nous signalons à l'attention des chirurgiens de marine. Dans nos traités de pathologie ils trouveront bien traitée l'influence de l'âge, du sexe, du tempérament sur les maladies, même des descriptions écourtées des affections particulières à certains pays, mais presque rien sur l'influence de race proprement dite. C'est une lacune à combler.

A propos de la peau du nègre on a discuté sur la couleur de ses cicatrices. La vérité est à présent connue : lorsque la plaie a profondément atteint le derme, elles sont blanchâtres relativement au fond noir environnant ; lorsqu'elle a seulement touché légèrement sa superficie, les cicatrices sont plus noires que la couleur voisine.

CAUSES DE L EXTINCTION DES RACES. /.3b

Les causes de l'extinction des races rentrent dans ce chapitre. Rapide, lente ou même insensible, cette extinction progressive en présence de races nouvelles relativement supérieures et difTérentes de mœurs et de civilisation est un fait démontré devant lequel il f;iut s'incliner. Qu'il se produise sur des tribus aussi visiblement sauvages que les Obongos do Du Cbaillu fct les Australiens du Port-du-roi-Georges décrits par Scott Nind, il n'y a rien Va. de surprenant, mais que le phénomène se répète chez les Polynésiens qui, d'une façon absolue, ne sont pas une race inférieure ou chez les Arabes d'Algérie, on pourrait s'en étonner. Les mômes causes cependant agissent de part et d'autre : les unes morbides, les autres physiologiques, toutes deux se résumant en un seul mot.

Les premières sont les maladies nouvelles, contagieuses et si facilement épidémiques que les Européens importent de la même façon que dans la Plata ils ont introduit le chiendent, et que tout récemment les Américains nous ont donné le phylloxéra. Ainsi la variole importée à Saint-Domingue en 1518, en Islande en 1707, au Groenland en 1732, au cap de Bonne-Espérance en 1748 (Boudin) et qui, pour son coup d'essai, en 1788, a presque anéanti la curieuse tribu de Port-Jackson, aujourd'hui Sydney, en Australie ;la rougeole, qui vient d'enlever la moitié de la population des iles Fidji ; la scarlaline; la syphilis, dont on exagère la puissance toutefois ; l'alcoolisme sous toutes ses formes, qui se propage par imitation et ne revêt que trop des allures épidémiques.

Les causes physiologiques sont le changement subit d'habitudes, l'impossibihté à l'indigène dans ces conditions de subvenir à ses besoins comme par le passé et la nostalgie combinée à Panémie qui en résulte .L'examen de l'Australie suffira à nous en démontrer le mécanisme.

Avant l'arrivée des Européens, les Australiens possédaient des

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