CAUSES DE L EXTINCTION DES RACES
territoires immenses où le gibier était comme parqué et où en tout temps il trouvait des provisions. Le kangourou y remplissait le rôle du renne jadis vis-à-vis de nos populations anciennes du Périgord ou du cheval vis-à-vis de celles de Solutré. Ils possédaient en outre de vastes champs naturels dont ils allaient faire annuellement la cueillette avec méthode. Ils étaient agriculteurs et pasteurs sans en avoir les charges. Tout à coup on les exproprie de leurs territoires de chasse et de culture, leurs kangourous fuient devant les armes à feu, et sans qu'une génération s'écoule, les voilà obligés de modifier de fond en comble leur mode d'existence et même leurs institutions (Commission d'Adélaïde, South-Australia). La vie sur de grandes surfaces leur était facile, sur une petite étendue et avec toutes les entraves de la civilisation elle leur est impossible. De là une alimentation insuffisante ; moins bien nourris, ils ne résistent plus nus aux causes de refroidissement ; ajoutez le découragement, la tristesse de se voir parias là où ils étaient maîtres et la porte est ouverte à toutes les maladies, à tous les vices. Dans ces conditions, la phthisie termine le plus souvent leur carrière. Or en Australie, comme en tant d'autres endroits, la population était déjà faible en proportion du territoire ; la rareté des femmes, la pratique régulière de l'infanticide et la fréquence des accidents dans la vie sauvage en maintenaient le chiffre à l'état stationnaire. Les circonstances que nous venons de dire s'ajoutant, la diminution devait nécessairement s'ensuivre.
Il n'y a donc rien de mystérieux dans cette extinction des races. Une vieille femme namaquoise, centenaire selon toute apparence, à laquelle Barrow demanda si elle se souvenait du temps où les Hollandais n'occupaient pas le pays, répondit : « J'ai de bonnes raisons pour m'en rappeler : en ce temps-là on ignorait ce que c'est d'avoir le ventre vide, à peine aujourd'hui peut-on se remplir la bouche ».