CHAPITRE IV
MUSCLES. — ORGANES DES SENS. — VISCÈRES, — LARYNX. — ORGANES GENI- TAUX.— SYSTÈME NERVEUX. — CERVEAU, SA STRUCTURE, SES CIRCONTOLU- TIONS, SON POIDS. — ORGAXES BUDIMENTAIRES ET ANOMAUES RÉVERSIVXS.
Li'étude des muscles succède logiquement à celle du squelette. Leur disposition est subordonnée dans toute la série des mammifères à la configuration de celui-ci et aux modifications que subissent les fonctions du mouvement. Nulle part dans l'organisme la grande loi physiologique que « l'usage fait l'organe w, soit en l'atrophiant dans les parties qui ne servent pas, soit en l'hypertrophiant dans le cas contraire, ne trouve une démonstration plus palpable. Cependant le type varie peu, ce sont les mêmes muscles, mais ici un faisceau charnu se renforce ou se réduit à un vestige, là une portion s'isole, se subdivise, et ses insertions se font un peu plus près ou un peu plus loin. Les muscles des singes sont tellement identiques à ceux
de l'homme que jus(iu\iu quinzième siècle leur description remplaçait absolument cette dernière. C'est à André Vésale qu'est t'chu l'honneur de démontrer le premier que les dissections de Galien n'ont jamais porté que sur des singes. Chez les auithropoïdes la ressemblance est encore plus parfaite.
Nous nous bornerons à citer quel<[ues-unes des difFérences que l'on découvre au-dessous de l'homme. Le muscle peaucier, qui est si développé chez la plupart des mammifères, où il fait froncer la peau, ainsi que chez les singes ordinaires, se concentre à la région cervicale chez les anthropoïdes, où il a les proportions à peu près de celui de l'homme.
L'ensemble des muscles cervicaux, dont le développement chez les quadrupèdes et les singes inférieurs est en rapport avec la nécessité de maintenir la tète redressée dans leur attitude horizontale, n'a plus chez les anthropo'ides et l'homme qu'une importance proportionnée à leur attitude oblique chez les premiers et verticale chez le second.
Le muscle acromio-lrachèlien de Cuvier, qui se rencontre chez beaucoup de mammifères, et notamment de singes ordinaires, manque chez l'homme, ainsi que chez le gorille et le chimpanzé. 11 paraît n'être d'ailleurs qu'une dépendance du releveur de Vomoplate, que l'homme possède aussi.
Le muscle grand droit de Vahdomen, qui a le plus ordinairement quatre intersections aponévrotiques chez les mammifères (Cuvier) et sept par exemple chez le cynocéphale, n'en a que cinq à la fois chez l'homme, le chimpanzé et le gorille.
On a dit (jue les anthropoïdes ont de plus que l'homme un long abducteur du gros orleil, mais ce n'est qu'un faisceau du jarnbier antérieur; — qu'ils ont un court extenseur du gros orteil Qlun pédieux il ivohicnûons au lieu des quatre de l'homme, mais c'est le même fait mal interprété; le pédieuxdes singes est en réalité l'image de celui, si bizarre, de l'homme ; — que le
chimpanzé noir n'a pas d'extenseur propre de l'index; deux autres chimpanzés du laboratoire de M. Broca le possèdent.
Entre Thomme et les anthropoïdes il y a cependant des différences, mais légères. La disposition et les insertions du petit pectoral sont variables dans ces deux groupes et dans les singes qui viennent au-dessous, mais ces variations s'accusent moins entre les deux premiers qu'entre les anthropoïdes et les singes suivants. Le muscle court fléchisseur du pouce, si puissant chez rhomme, est atrophié et fusionné avec le faisceau du fléchisseur profond des doigts qui se rend à Tindex chez les anthropoïdes. C'est un tendon de ce dernier qui chez le gorille va s'insérer au pouce et présider à son mouvement de flexion. Le même tendon est fourni chez l'orang et le gibbon par l'adducteur du pouce.
En place de l'extenseur propre de l'index et de l'extenseur propre du cinquième doigt, l'orang et les singes ordinaires n'ont qu'un muscle à quatre tendons destinés aux quatre derniers doigts, l'extenseur commun habituel des doigts demeurant du reste hors de cause dans les deux cas.
Au pied, les différences sont encore moins grandes. Le gros orteil, dont le prétendu mouvement d'opposition a été la base de tout un système erroné, se meut avec les mêmes muscles que chez l'homme; toutefois, par suite de son insertion plus latérale sur le métatarsien, il se trouve que le muscle long péronier latéral concourt accidentellement à sa flexion.
Vadducteur transverse du gros orteil, à l'état rudimentaire chez l'homme, est bien développé chez les singes. Les fléchisseurs des orteils diffèrent aussi un peu chez l'homme et les anthropoides, mais de façon que les mouvements gagnent en force et étendue chez ces derniers ce qu'ils perdent en indépendance et précision. Enfin, chez l'orang, le long fléchisseur du gros orteil fait entièrement défaut.
La seule particularité musculaire par laciuelle l'anthropoïde s'écarte réellement de riiommc pour se rapprocher des singes suivants est l'existence au bras d'un faisceau dit accessoire du long dorsal, qui n'existe pas chez l'homme^ et qui s'insère supérieurement au tendon du long dorsal et inférieurement à l'épitrochlée. Encore s'observe-t-il à létat de vestiges sur quelques nègres.
Deux traits relevant du système musculaire ont été donnés comme spécialement distinctifs de Thomme et des animaux, en particulier des singes. C'est la saillie des fesses et des mollets inhérente au dévelojipement là des muscles fessiers, ici du triceps sural, la vigueur du tendon d'Achille étant la conséquence du dernier cas. Le fait est exact et résulte de l'altitude bipède ; les muscles fessiers surtout ont pour objet de maintenir la cuisse étendue sur le bassin. Mais sous ces deux rapports le gorille, dont les muscles ont été moulés directement et transformés en carton-pàte par le procédé Auzoux, est certes plus favorisé que certains nègres.
Du reste, tous les traits de détail ou plus importants qui semblent particuliers à l'anthropoïde se retrouvent de temps à autre chez l'homme et plus spécialement dans la race nègre. M. Chudzinski, préparateur au laboratoire d'anthropologie de l'Ecole des hautes études, a déjà publié sur ce point deux mémoires excellents (1).
Passons aux organes des sens et aux viscères.
Aux premiers se rattache l'enveloppe cutanée qui délimite le corps, le protège contre les agents extérieurs, et est le siège de la fonction du tact.
L'un des caractères qui distinguent la classe des mammifères
(1) Contribution à l'analomie du nègre et Souvelles Observations sur le système inusculaire du nègre, par T. flhudzinski, in Revue d'anthropologie, t. II et III.
de celles des oiseaux, des poissons et des reptiles, est la présence de poils sur le corps. De Blain ville avait proposé de remplacer sa dénomination par celle de pilifères. Quelquesuns cependant ont la peau nue comme certains cétacés. Rien n'est donc moins légitime que la caractéristique de Thorame proposée par Linné : homo nudus et inermis. L'honune, en effet, a des poils non-seulement sur la tète, au visage, aux aisselles et au pubis, mais sur toute la surface du corps, et dans certaines races en couche assez épaisse sur le devant de la poitrine, en arrière des épaules et sur les membres pour simuler une toison et masquer la couleur de la peau ; l'histoire d'Esau est vraisemblable. Comparé à la plupart des mammifères, et en particulier aux singes, l'homme est le moins poilu; la paume de ses mains et la plante de ses pieds sont seules dépourvues de poils, ce qui s'explique par l'usure. Les surfaces lisses et indurées appelées callosités fessièrcs chez les pithéciens font défaut chez les anthropoïdes, à l'exception de certains gibbons, ainsi que chez les cébiens et les lémuriens.
Les ongles, griffes el sabots des mammifères sont une sécrétion de la peau comme les poils et les cornes. La présence des premiers, aplatis et non recourbes aux doigts et aux orteils, a été donnée comme un caractère de l'homme. 11 faudrait alors lui réunir les anthropoïdes ; seul l'orang présente une particularité à cet égard, son gros orteil en est dépourvu. Parmi les singes les ongles plats existent chez les pithéciens. ils se recourbent en griffes chez les cynocéphales, l'ongle plat et le passage à la griffe se voient simultanément sur d'autres. Les ouistitis, quelques autres cébiens et les arctopithèques ont des griffes, sauf au gros orteil. Sur les lémuriens, c'est l'inverse, la griffe se trouve au gros orteil et les ongles sur les autres.
A la fonction du tact se rattache la disposition des plis de la paume delà main et des corpuscules de Paccini.
Chez rhomme il existe à la main deux plis principaux, l'un produit par la flexion des trois derniers doigts dont il embrasse les racines par sa concavité, Tautre dû à la flexion du pouce et (jui circonscrit réminence Ihénar; un troisième, variable et intermédiaire, se confond par son extrémité externe avec le dernier et par son extrémité interne devient libre et à peu près parallèle au premier. D'après M. Alix, le pli du pouce manque chez les singes et les deux autres se confondent en un seul. Le fait est évident pour les trois groupes inférieurs, mais douteux pour le premier. Si quelques anthropoïdes présentent ainsi une disposition simienne inférieure, Thommc se trouve par exception dans le même cas.
Les corpuscules de Paccini ou du tact sont des petits corps situés sur le trajet des filets nerveux de la face palmaire de la main et des doigts et de la face plantaire du pied. M. Mepvcu a démontré que leurs caractères, au microscope, sont analogues chez l'homme et le chimpanzé, tandis qu'ils vont en s'altérant chez la guenon, le cynocéphale, le sajou.
L'organe de la vision ne diffère pas chez l'homme, les anthropoïdes, les pithéciens et les cébiens. Mais chez plusieurs lémuriens, le fond de l'œil prend cet aspect chatoyant qui a reçu le nom de tapis chez les chats et les bœufs ; et un petit faisceau musculaire apparaît, analogue au muscle chanoïde que l'on retrouve chez la plupart des quadrupèdes.
Le nez, anatomiquemcnt identique chez l'homme et le singe, ne présente que des variations morphologiques. Tantôt saillant chez le premier, h un moindre degré cependant que chez certain pithécien, le nasique, il est d'autres fois plus ou moins aplati comme chez la généralité des singes. Les narines sont ordinairement dirigées en bas comme chez les anthropoïdes et les pithéciens et quelquefois sur le côté, comme chez les cébiens, deux dispositions qui ont suggéré à Geoffroy Saint-Hilaire sa division
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des singes en catarrhiniens et platyrrhiniens. La cloison du nez est relativement mince chez les catarrhiniens, et épaisse, à bord antérieur triangulaire, chez les platyrrhiniens.
Le pavillon de l'oreille, de forme et de longueur si variables chez les divers mammifères, est habituellement fort, non ourlé en arrière, quelquefois carré du haut et arrondi, sans lobule chez les singes; ces dispositions se retrouvent accidentellement sur l'homme ; d'autre part, les oreilles du gorille et du chimpanzé sont souvent aussi bien ourlées que celles de l'homme.
Les pilhéciens ont deux poches qui s'ouvrent dans la bouche sous le nom à'abajous. Les anthropoïdes, de même que l'homme, ne présentent rien de semblable.
Viscères. — La longueur du tube digestif est de six fois et demie la longueur du corps ou de 11 mètres, d'après M. Sappey. Chez les carnivores, elle varie de deux à huit fois, et chez les solipcdes et ruminants, de dix à vingt-huit fois. Chez les singes, elle est de cinq à huit fois ; chez le gibbon de huit.
L'estomac de tous les singes est simple comme celui de l'homme. Les semnopithèques et les colobes font seuls exception : leur estomac est sinon multiple, du moins multiloculaire, et rapproche par là ces pithéciens des herbivores. Le commencement du gros intestin ou ccecum repose chez l'homme sur la fosse iliaque droite et y est accolé par le péritoine qui passe au-devant. Chez les pithéciens, le cœcum est au contraire enveloppé par le péritoine, qui lui forme en arrière l'un de ces petits replis appelés mésentères, destinés à favoriser la mobilité de l'intestin. Chez les anthropoïdes, le péritoine se comporte, à l'égard du cœcum, comme chez l'homme.
Un appendice dit vermicit/aiie est annexé au ctccum humain. Il existe aussi chez les anthropoïdes, mais il manque chez les singes suivants, à l'exception de quelques lémuriens.
Le foie de l'homme n'a que deux lobes à proprement parler.