SOCIABILITE
glomération est considérable, plus il se présente d'agglomérations rivales, et plus la lutte est vive et le progrès rapide.
Un grand nombre d'animaux recherchent aussi la société de leurs semblables et associent leurs efforts. Tels sont le castor, le buffle, le chien d'Australie, le cheval, l'hirondelle, l'abeille, la fourrai. Le soko, un anthropoïde des bords du fleuve Lualabe, vit en troupes de dix individus. Plusieurs espèces de singes se donnent, à l'égal de l'homme, un chef qui dirige leursopérations et auquel ils obéissent. Les hurleurs ou mycètes, de la famille des cébiens, ont des assemblées dans lesquelles l'un d'entre eux parle des heures entières au milieu du silence général, puis règne une grande agitation qui cesse aussitôt que l'orateur reprend la parole. D'autres singes s'organisent pour exécuter une razzia ; partagés en trois bandes, les uns pillent, arrachent les légumes, les autres font la chaîne pour les emporter de main en main., d'autres sont posés en sentinelles pour faire le guet ; un danger survient-il, la sentinelle donne l'alarme et tous décampent. On a remarqué que s'il arrive que la troupe ait été surprise par la faute de celle-ci, il se produit un grand brouhaha dans la foret voisine, et que le lendemain on découvre le cadavre d'un des pillards exécuté, selon toute apparence, par ses complices.
L'une des caractéristiques de l'homme, a-t-on dit, est la rehgiosité, c'est-à-dire « la faculté de croire à quelque chose audessus de la connaissance humaine. « Ne vaudrait-il pas mieux la définir, une impulsion intérieure qui pousse à individualiser l'inconnu et à en faire l'objet d'une adoration (1). Quoi qu'il en soit, beaucoup d'individus, parmi les plus civilisés, n'ont ni
(IJ II est impossible de prendre la religion dans le sens étroit de la faculté de concevoir un Dieu; car, à ce titre, la moitié de la population du globe en serait dépourvue. Pour s'en tenir au bouddhisme, il y a 5 ou 400 raillions de sectateurs de « celte religion saus Dieu, fondée sur la charité jusqu'à la tolie » (Laboulaye).
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cotte croyance, ni cette impulsion, et se contentent de vivre sans se soucier de ce qu'ils ne comprennent pas, ils n'ont ni peur, ni admiration, ni reconnaissance, ces trois niulùles des conceptions religieuses. Des peuples, des tribus sont sans religion, sans culte et ne croient qu'aux sorciers ou aux léticties. 11 est vrai qu'on a fait rentrer toutes les formes de superstition dansla religiosité. Mais quelques tribus de l'Afrique ou de la Mélanésie n'ont pas même de superstitions (1). Le bonheur ou le malheur ne les émeut pas ; une bonne aubaine leur tombe-t-elle après une longue abstinence, ils mangent sans penser au-delà. En cela, l'homme est inférieur au chien, qui conserve un dévouement, nu attachement sans bornes pour la main qui lui apporte sou pain quotidien, pour le maître qui joue à son égard le rôle d'un
(1) Rien n'exige autant de calme et d'imparlialilé que les enquêtes sur l'état moral et religieux des sauvages. Ainsi Burchell fait adresser par son inlerpi'ele deux ou trois questions à des I3oshimans et conclut à l'instant « que ce sont des brutes, parce qu'ils n'ont pas répondu à une question bien simple : Quelle différence y a-l-il entre une bonne et une mauvaise action?» Les cas de ce genre sont trés-corarauns. Ailleurs d'autres voyageurs moins vifs s'enquiérent avec persévérance des croyances et superstitions et arrivent à conclure que les indigènes n'ont aucune conception de quoi que ce soit en dehors d'eux-mêmes et sont persuadés qu'ils meurent tout entier. Auxquels se fier? Inutile de répondre. Régie générale assez singulière : tous les missionnaires, quelle que soit l'Eglise à laquelle ils appartiennent, reviennent avec la conviction que les sauvages croient à Dieu, k l'àme et au déluge, tandis que les voyageurs indifférents obtiennent des renseignements tout autres. C'est que l'imligène cherche partout à faire plaisir à ceux auprès desquels il n'a qu'à gagner, il comprend les désirs des missionnaires et les satisfait. Il est absolument incontestable que l'absence de toute idée abstraite est un fait caractéristique très-commun parmi les tribus sauvages. Les plus déshéritées vivent au jour le jour, sans souci du lendemain, la peur les pousse à voir des mauvais esprits partout et à se créer des fétiches, mais le sentiment inverse, la reconnaissance pour ce qu'il y a de bien, les sollicite peu à imaginer des esprits bienfaisants.
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dieu. Assurément cet animal croit à quelque chose au-dessus de lui. Sait-on d'autre part si ces oiseaux, qui entonnent de longs cantiques au lever du soleil, ne sont pas mus par une impulsion intérieure à célébrer la nature et les satisfactions infinies qu'elle leur accorde? C'est bien près de l'adoration.
Lhomme seul aurait la notion du devoir, une morale. Est-ce certain? Et de quelle morale d'abord veut-on parler : de celle des petits ou de celle des grands, de la morale des lois ou de la morale naturelle? Un ouvrage anglais, bien remarquable (1), soutient que la morale est essentiellement variable, progressive et perfectible, qu'elle est un reflet des besoins, des usages et des milieux, que ce qui est bien ici est mal ailleurs, comme d'avoir soin de son père infirme ou de l'enterrer vif. Son rayon, dit-il, s'est développé à travers les âges, des races inférieure? aux races supérieures ; ne comprenant d'abord que la famille, il s'est étendu ensuite à toute la tribu ; ce qui était mal dans le sein de celle-ci était bien vis-à-vis des autres tribus. De là elle s'est irradiée et est devenue internationale, a Morale ou éthique, dit M. Tylor, signifie l'action de se conformer aux mœurs [mores. r,H) de la société à laquelle on appartient. Il n'y a pas au monde deux races qui aient exactement la même règle de morale; mais chaque race a la sienne à laquelle l'opinion publique donne une sanction. y> Aujourd'hui, en pleine Europe, iesrègle> de la morale ne changent-elles pas en cas de guerre, est-il besoin de le rappeler ? Son critérium le plus accepté : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu'on te fasse », s'applique aux animaux aussi bien qu'à l'homme. Le chien sait que pour ne pas être mordu il ne doit pas mordre et agit en conséquence. Il a donc sa morale aussi.
(l) Primitive Culture, par E.-B. Tylor, 2e édil,, Londou, 1875. Tra duction fraoçaise sous presse, chez Reinwald et C"^, édit.