CHAPITRE YI
• CARACTÈRES PATHOLOGIQUES. - maladies, faits de tératologie.
, MICnOCÉPHALIE, HYDEOCÉPHAUE, SYNOSTOSES PRÉMATURÉES. — DÉFORMA- TIONS ARTIFICIELLES DU CRANE. — CONCLUSION SUR LA PLACE DE l'HO.M.MI. DANS LA SÉRIE DES MAMMIFÈRES.
Les états pathologiques ne sont qu'une déviation de l'état physiologique. Ils atteignent les organes vivants et concernent aussi l'homme circulant et fonctionnant. Le chapitre des caractères pathologiques, quoique important, n'est donc qu'une dépendance de notre division générale des caractères physiologiques.
Les points de cet horizon qui intéressent l'anthropologiste ne s'occupant que de la comparaison de l'homme avec les autres mammifères, sont de trois ordres : 1° les maladies en si grand nombre communes à l'homme et aux animaux et en si petit
(1) Voir d'ailleurs la Linguistique de M. Abel Hovelacque (Bibliothèque des sciences contemporaines, 1875).
nombre spéciales aux uns ou aux autres ; 2° les troubles dans le' développement régulier du corps, en tant qu'ils peuvent jeter quelque jour sur le problème des origines de l'organisation ; 3° les altérations particulières du squelette qui pourraient être confondues avec l'état normal.
Les lois de la pathologie sont unes dans la série des mammifères comme celles de la physiologie dont elles dépendent. Les effets sont donc identiques d'une manière générale. Les animaux sont sujets comme Thomnie à des accidents, à des vices de développement et à des maladies les unes aiguës et passagères, les autres chroniques et de longue durée, lis ont les inconvénients de la jeunesse comme ceux de la sénilité. De part et d'autre on observe des affections inflammatoires et rhumatismales, des fièvres éruptives, des typhus, des névroses ; les seules différences résident dans le terrain sur lequel se manifestent les maladies et dans les symptômes qui en résultent. 11 y a autant d'écart entre les maladies qui sévissent sur les Européens et celles qui se montrent chez les nègres qu'entre les maladies de l'homme et celles des animaux (1).
Ainsi les eaux aux jambes du cheval sont la même maladie que le cowpoxde la vache et la variole de l'homme ; les expériences d'inoculation l'ont pleinement démontré. La clavelée des moutons est sans doute dans le même cas; le porc a aussi la variole. Le sang de rate des espèces ovines devient le charbon chez les bètes à cornes et la pustule maligne chez l'homme. 11 va sans dire que les affections de la peau ne se comporteront pas de même sur le cuir épais du cheval et sur la peau fine de l'Européen. De celui-ci au nègre il y a déjà des différences sous ce rapport. De même le système nerveux étant moins impressionnable chez les animaux, la réaction sera moins vive et la fièvre
(i) Diclionnaire de médecine vétérinaire, par Bouley et Reynal, 2 vol., 1856.
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moins sensible. Comme nous, l'animal est dyspeptique, asthmatique, tuberculeux, scrofuleux ou cancéreux; comme nous, les éléments constituants de son sang globule, albumine, fibrine, augmentent ou diminuent en produisant l'anomic, l'hydropisie, le scorbut. Une alimentation autre que le lait destiné à cet usage produit chez leurs nouveau-nés la diarrhée comme chez l'homme. Us ont des gourmes de même lors de l'éruption des dents. Un petit orang est mort sous nos yeux en quelque sorte, par suite de troubles de dentition qu'on eût conjuré en le traitant ,comme on l'eiit fait de l'homme. L'acarus, qui engendre la gale, peut différer comme espèce, mais ses effets sont au fond identiques. Les parasites en général, les entozoaires, varient, comme d'ailleurs d'un climat à l'autre chez l'homme, mais au même titre que les poux sur les végétaux. L'hydrophobie s'observe chez le chien, le chat, le loup, le renard, la vache, le cheval comme chez l'homme (Trousseau). La syphilis existe chez les singes ; un macacus shiicus dont l'observation a été communiquée à la Société d'anthropologie de Londres, en 1863, a présenté les trois séries de phénomènes : l'ulcération des parties sexnellcs, la chute des cheveux et l'altération des os. Les maladies du cerveau elles-mêmes ne sont pas spéciales à l'homme, les animaux présentent plusieurs formes de déhre, mais elles sont plus fréquentes chez lui en raison du volume de l'organe, de son activité et de la délicatesse de ses manifestations.
En un mot les types pathologiques sont les mêmes dans la série des mammifères et ne font que se modifier en passant d'une espèce à l'autre. Les maladies spéciales à une ou plusieurs sont rares, comme la morve, qui serait un privilège de l'homme et des sohpèdes. Du reste la pathologie animale est peu avancée et n'a guère porté jusqu'ici que sur les espèces domestiques de nos pays.
Les anomalies de développement sont à notre point de
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vue lie quatre sortes. Les unes se produisent physiologiqueraent pendant la vie, exemples : les géants et la polysarcie ; les autres sont congénitales, mais peuvent se modifier ou disparaître après la naissance ; les troisièmes sont congénitales et irrémédiables, sauf quelquefois par la chirurgie et portent plus particulièrement le nom de monstruosités ou de phénomènes lératologiques X les quatrièmes senties anomalies d'organes décrites page 1 33 sous la dénomination de réversions.
Parmi les géants, on peut citer un Finlandais qui avait 2™, 83 et un Kalmouck de 2'",53, dont le squelette est au musée Ortîla. A l'opposé ce sont les nains, mais pour la plupart rachitiques: le célèbre Bébé du roi Stanislas de Pologne avait S9 centimètres; un autre âgé de vingt ans et haut de 56 centimètres fut offert à Henriette de France dans un pâté.
Le poids ordinaire de l'homme est de 63 kilogrammes, suivant Quételet, et celui de la femme de 54. On a vu des nains ne peser que 6 à 8 kilogrammes. Dans la polysarcie, ou obésité, le poids dépasse souvent 1 50 kdogrammes. Il existe une Société des gros hommes à New-York dont le président de 1873 pesait 305 livres. Deux Anglais, deux frères, pesaient l'un 233 kilogrammes, l'autre 240 (Sappey). Un autre, en 1724, avait 1°»,92 de circonférence et i^,SQ de hauteur. Barrow cite une métisse de la colonie du Cap qui dut séjourner douze ans dans son lit et fut brûlée vive ; le feu ayant pris à sa maison, la porte et la fenêtre ne se trouvèrent plus assez larges pour l'en faire sortir.
On désigne sous le nom (T albinos des individus chez lesquels la matière pigmentaire fait défaut à ce point que la peau et le? cheveux sont décolorés, l'iris transparent et la face interne de la choroïde dépourvue de la matière noire destinée à absorber l'excès des rayons lumineux. 11 en résulte qu'ils ne peuvent supporter la lumière solaire et voient mieux la nuit que le jour. Leurs globes oculaires sont affectés d'un tic perpétuel très-
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incommode, leur peau est incolore ou iTun blanc mat, leurs cheveux aussi; leurs wux sont rougeàtres par suite de la transparence des tissus qui laissent voir le sang circulant dans les capillaires; ils sont indolents et sans vigueur musculaire.
U existe des albinos incomplets chez lesquels tous les symptômes précédents s'observent, mais à un moindre degré. Ils passent facilement inaperçus chez les blancs, mais sontremarquables chez les noirs; leurs cheveux sont blonds ou roux, leurs yeuv bleu-clair ou rougeàtres, leur peau café au lait ou tachetée.
Les deux degrés se rencontrent dans toutes les races et sous tous les climats. Sur la côte occidentale d'Afrique, ils sont Tob- Jet dans quelques cours indigènes, notamment au Congo, d'une certaine vénération sous le nom de dondos. Le docteur Schweinfurth en a vu un grand nombre chez le roi des Monbouttous, sur les bords du Bahr-el-Ghazel. Prichard faisait de leur présence parmi les populations les plus noires du globe un argument considérable en faveur de l'influence des milieux et de la dérivation de toutes les races humaines d'un même couple primitif. Il se complaisait à y revenir, et cependant il était le premier à constater qu'ils avaient les cheveux aussi laineux et les traits aussi nègres que leurs compatriotes de la même tribu. Nous le répétons encore, l'albinisme n'est qu'une monstruosité, un état pathologique ; on en a vu guérir spontanément. On ne saurait donc se mettre trop en garde contre la confusion à laquelle ils peuvent donner naissance dans les récits des voyageurs.
Une affection cutanée dite pityriasis versicolor donne lieu chez les blancs à une décoloration partielle analogue de quelrque? pa-rties de la peau, tandis que le pigment s'accumulant sur d'autres parties les fait paraître plus foncées; les yeux ne sont nullement en cause dans ce cas. Nous pensons que ce qu'on a appelé des nègres pies et décrit comme un albinisme partiel n'est pas autre chose.