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RACE

dividus présentant plus ou moins de caractères communs transmissibles par hérédité, Corigine de ces caractères étant mise de côté et réservée.

Le mot est ainsi neutralisé et pris dans son acception la plus large. 11 s'applique indifféremment aux variétés ou aux sous-variétés plus ou moins démontrées, aussi bien qu'aux espèces en litige. Sous son égide toutes les opinions peuvent se faire jour. Les nègres en général seront qualifiés de races, de même que leurs subdivisions, les Ashantis ou les Mandingues. 11 y aura des races pureS; des races mixtes, des races croisées, des races primaires, secondaires, etc. L'origine des unes se perdra dans la nuit des temps, d'autres se formeront sous nos yeux, d'autres seront la résultante ou la juxtaposition des éléments les plus divers, comme la race française ou la race nouvelle d'Amérique.

Nous restons du reste dans l'esprit des enseignements de notre maître M. Broca. « Quant aux variétés du genre humain, dit-il, elles ont reçu le nom de races qui fait naître l'idée d'une filiation plus ou" moins directe entre les individus de la même variété, mais qui ne résout ni affirmativement, ni négativement la question de parenté entre individus de variétés différentes (1).

Ainsi comprises, les races, autrement dit, les divisions et subdivisions de tout rang de la famille humaine sont en nombre infini et de bonne heure on s'est efforcé de les ranger d'après leurs affinités et leur subordination probables.

Classifications des races. Le premier essai de classification date de 1722. Un Français, F. Dernier, au retour de ses voyages, admit quatre races : les blancs en Europe, les jaunes en Asie, les noirs en Afrique et les Lapons au nord.

Le second est de Linné. Son genre homme comprend trois

(1) D'(cl. encycl. des sciences médicales, t. V, article Anthropologie. Paris, 1866.

espèces : Vhomo sapiens, Vhomn férus et Vhomo monstruosus . L'homme sauvage est muet, hérissé de poils, il marche à quatre pattes. Parmi les hommes monstrueux il y a les microcéphales, les plagiocéphales. Vhomo sapiens comprend quatre variétés : l'Européen aux cheveux blonds, aux yeux bleus et au teint blanc; l'Asiatique aux cheveux noirâtres, aux yeux bruns et au teint jaunâtre; l'Africain aux cheveux noirs et crépus, au teint noir, au nez plat et aux lèvres grosses, et l'Américain au teint basané, aux cheveux noirs et longs et au menton imberbe.

Buffbn songeait peu à classer, il décrivait. 11 reconnut notamment une variété hyperboréenne, une race malaise et distingua les Hottentots des nègres africains en général.

La première division qui ait acquis quelque prestige est celle de Blumenbach. Le professeur de Gœttingue décrivit cinq variétés humaines :1a caucasienne, la mongolienne, l'éthiopienne, l'américaine et la malaise. Il est l'auteur de l'épithète caucasienne, qui s'est maintenue jusqu'à nous et qui provient de ce que le Caucase est voisin du mont Ararat, où s'arrêta l'arche de Noé.

Mais bientôt se lit sentir le mouvement qui devait faire dévier un certain nombre de naturalistes. Trois couples humains seulement ayant survécu au déluge universel, il fallait que toutes les races actuelles en descendissent.

Cuvier admit donc trois races : la blanche ou caucasienne, la mongolique et la nègre. Désormais tranquille, il en multiplia les subdivisions, partagea la première en trois rameaux : l'indopélasgien, l'araméen (sémite) et le scytho-tartare,et comprit dans la seconde les Kalmoucks, les Mandchoux, les Chinois, les Japonais et Coréens et les insulaires primitifs de la Micronésie (îles Mariannes et Carolines). Des divisions de la race nègre il ne parle pas. Mais ne sachant où caser dans sa classification les Malais, les Papous, les Lapons, les Esquimaux et les Américains, il

les rejette hors cadre sans s'expliquer. « La coloration rouge des Américains, dit-il seulement, ne suffit pas pour en faire une 7'ace distincte. »

Cependant l'autorité de Blumenbach contre-balançait celle de Cuvier et sauf quelques dissidents, les classiques se partageaietit entre les cinq races de l'un et les trois races de Tautre. Lacépède, Prichard, Jacquinot, Flourens optèrent pour trois; ce dernier, il est vrai, reconnaissait au-dessous trente-trois types différents.

La première opposition vint, en 1801, de Virey, qui énonça que le genre humain se composait de deux espèces, la blanche et la noire, chacune se partageant en six races et celles-ci à leur tour en familles.

Bory de Saint-Vincent et A. Uesmoulins le suivirent dans cette voie. Le premier déclare qu'Adam était le « père des Juifs seulement et qu'entre les races humaines les différences sont assez grandes pour qu'elles portent le nom (Tespcces •». 11 en admet quinze, dont plusieurs à leur tour comprennent plusieurs races. Ce sont les espèces japhétique ou européenne, arabique, hindoue, scythique (Turcs), sinique (Chinois), hyperboréenne, neptunienne (Malais, Polynésiens et Papous), australienne, colombique et américaine, éthiopienne, cafre, mélanésienne et hottentote. Parmi les races secondaires quelques-unes méritent d'être mentionnées : l'espèce arabique comprenant la race adamique • Juifs et Arabes) et la race atlantique (Berbers).

A. Desnioulins presque en même temps, sinon avant lui, portait le nombre des espèces humaines à seize. Deux qui avaient échappé à Bory s'y remarquent : la kourilienne et la papoue. L'espèce caucasienne y est prise dans une acception autre que par Blumenbach et Cuvier ; elle ne désigne qu'un groupe particulier du Caucase, comme les Mingréliens, les Géorgiens et les Arméniens. Sa division de l'espèce mongolique en race

indo-simiquo, race mongole et race hypcrboréeune, est égale ment digne d'altenlion. 11 est à regretter que A. Desmoulins ait confondu dans son espèce scythique ou européenne la race finnoise, qui en est distincte. Mais dans son groupement se trouvent des rapprochements inattendus que la science n'a pas confirmés, mais qui mériteront peut-être d'être repris im jour.

Reproduire toutes les propositions de classement serait impossible, depuis les quatre races de Leibnitz, les quatre variétés de Kaiit, les cinq groupes partages en vingt-deux familles de Morton ou les neuf centres dWgassiz jusqu'aux classifications récentes, plus considérables, de MM. Fr. Muller etHœckel. Trois seulement nous arrêteront pour finir : celle de M. Isidoi'e, Geoffroy Saint-Hilaire, qui la première fait reposer la classification exclusivement sur la considération méthodique d'un certain nombre de caractères physiques ; celle de M. Huxley, qui a quelque originalité; et celle de M. de Quatrefages qui s'appuie sur des considérations de toute nature, conformément au\ principes de la méthode naturelle.

Les classifications de M. Isidore G. Saint-Hilaire sont au nombre de deux. Dans la première il distribue les onze races principales d'après la nature des cheveux, la forme écrasée ou saillante du nez, la couleur de la peau, la forme des yeux et le volume des membres inférieurs. Dans la seconde il admet des. types humains ainsi caractérisés : le premier ou type caucasique a le visage ovalaire et les mâchoires verticales {orlhognalhe), le second ou type mongolique a le visage large par suite de la proéminence des pommettes {eurijgnalhe), le troisième ou type éthiopique a les mâchoires saillantes [prognathe] et le quatrième ou type hottentot a à la fois les pommettes écartées et les mâchoires saillantes [eurygnathe et prognathe). Le temps n'a pas consacré en tous points cette division, mais les bases en sont excellentes.

lia classification de M. Huxley comprend denx divisions primaires : les ulotrichi aun cheveux crépus, et les leiostrichi, aux cheveux lisses, et ces derniers se subdivisent en quatre groupes. Ils se résument ainsi :

1° Ulotrichi. Couleur variant du jaune brun à la couleur noire la plus foncée. Cheveux et yeux noirs. Dolichocéphalie(tête allongée) à très-peu d'exception près. Exemple : les nègres d'Afrique et les Papous; 2° Leiostrichi : — Groupe australoïde. Peau, cheveux et yeux noirs, cheveux longs et droits. Crâne prognathe à arcades sourcilières très-développées. Exemple : les Australiens, les noirs du Dekkan et [leut-ètre les anciens Egyptiens. — Groupe mongoloïde. Peau jaunâtre, brune ou rouge brun, yeux noirs, cheveux longs, noirs et droits. Crâne mésaticéphale (forme moyenne). Exemple : les Mongols, les Chinois, les Polynésiens, les Esquimaux et les Américains. — Groupe xanlhochro'ique. Peau blanche, yeux bleus, cheveux abondants. Crâne mésaticéphale. Exemple : les Slaves, les Teutons, les Scandinaves et les Celtes blonds. — Groupe mclanochroïquc. Teint pâle, cheveux et yeux noirs. Cheveux longs. Exemple : les Ibériens, les Celtes noirs et les Berbers.

Il y a bien des objections à adresser à ce classement. La forme de la tète, par exemple, n'y est pas exacte. Si les Chinois et les Polynésiens dans le troisième groupe sont mésaticéphales, les Esquimaux sont les plus dolichocéphales du globe et les Mongols parmi les plus brachycéphales.

La classification, ou mieux le plan de classification le mieux compris, en laissant de côté le principe monogéniste sur lequel elle repose, est celle de M. de Quatrefages. L'éminent professeur d'anthropologie du muséum de Paris considère l'ensemble des races humaines « pures ou regardées comme telles » (1) comme

(1) Il ne saurait, en ffet, exister de races pures dans la théorie

une suuche unique émettant trois troncs (le blanc, le jaune et le noir) qui se divisent en branches et celles-ci en rameaux sur lesquels segretïentles familles partagées en groupes. Les branches du tronc blanc sont l'aryenne, la sémitique etl'allophyle (Esthoniens, Caucasiens, Aïnos) ; celles du tronc jaune sont la mongole ou méridionale et l'ougricnnc ou boréale, et celles du tronc noir, la négrito, la mélanésienne, l'africaine et la saab (Hotlentots). Comme exemples de rameaux, nous citerons les trois de la branche aryenne, le celte, le germain et le slave ; les deux de la branche sémitique, le sémite et le lybien; et les deux de la branche mongole : le sinique (Chinois, etc.) et le touranien (Turcs). Comme exemples de familles, la chaldéenne, l'arabique et Tamara du rameau sémite, la première fournissant le groupe hébreu, la seconde le groupe hymyarite et arabe et la troisième le groupe abyssin. M. de Quatrefages admet en outre des grandes races se rattachant plus ou moins à l'un des trois troncs. Ainsi parmi celles se rapportant au tronc jaune des races « à éléments juxtaposés )) (les Japonais) et d'autres « à éléments fondus » (les Malayo-Polynésiens) (1).

monogéniste. Toutes dérivant d'une seule et s'étant produite peu à peu par l'inQuence des milieux, le terme pur- n'a sa raison d'être à aucun instant. Dans la théorie polygéniste, au contraire, un nombre plus ou moins grand de races ont eu à une époque quelconque leur individualité et par conséquent leur type spécial; elle a donc le droit de regarder comme relativement pures celles qui se rapprochent davantage de l'un ou de l'autre de ces types.

(1) Nous ne laisserons pas passer le nom de M. de Quatrefages sans dire toute la libéralité avec laquelle il n'a cessé do mettre à notre disposition, depuis plusieurs années, les magnifiques collections anthropologiques du .Muséum, à nous comme à tout travailleur désireux de faire des recherches dans ces collections, nous lui en conservons une vive reconnaissance. Nous ne partageons pas la totalité de ses idées, mais nous admirons la lucidité et la conviction avec laquelle il les développe dans ses leçons et ses publications si remarquables ; son examen de la

En somme, la plupart de ces classifications ont leur valeur. On les voit tout d'abord nailre timidement, puis se perfectionner et descendre aux détails. Les circonscriptions géogra-phiques attirent Tattention, les traits physiques viennent ensuite, ies données de la linguistique arrivent à leur tour, et enfin des considérations ethniques, historiques, archéologiques et autres. Ce qu^il faut éviter dans ces sortes d'essais, c'est d'être exclusif; ainsi la division de M. F. MuUer essentiellement linguistique. Evidemment il faut puiser à toutes les sources, ce qu'a fait M. de Quatrefages. Peut-être, cependant, n'a-t-il pas suifisamment tenu compte des caractères physiques qui, aux yeux du naturaliste, priment toute autre considération ; Tethnographie, qui ne s'occupe que des peuples, a le droit de les négliger, mais l'anthropologie, qui s'attache à l'histoire naturelle de l'homme et à la détermination de ses groupes zoologiques, doit t'n faire la base de ses classifications (1).

doctrine de Darwin nous a particulièrement frappé et demande à être médité.

(1) \o\r Systt'ma naturœ, par Ch. Linné. Leyde, 1755. — Dissertatio inauguralis de (jeneris humant varietate nntiva, par J.-F. BIumenbacti. GcPtlingen, 1775. In-4o. — f.e règne animal, parle baron Cuvier, 5 vol., t. I, Paris, 1829. — Species des mammifères bimanes et quadrumanes, par R.-P. Lesson. Paris, 1840. In-8o. — Histoire naturelle de l'homme, par J.-J. Virey, 2 vol. Paris, 1801. — Dictionnaire classique d'histoire naturelle, arVicies Biîi.xîses, !1oîiiie,Or\ng, par Bory de Saint-Vincent, t. Vlll, 1825. et t. XII, 1S27. — Histoire fiaturelle des races humaines, par A. Desmoulins. Paris. 1826, in-8". — Manuel de physiologie, par J. Muller, trad. franc., 2 vol. Paris, 1845. — Cours de physiologie, par P. Bérard, t. I. Paris, 1848, etc., etc. — The races ofmen and their distribution, par Ch. Pickering, 2 vol. in-4o. Boston, 1848 et 1854. — Types of Mankind, par Noit et Gliddon, p. 618. Philadelphia, 1 vol., 1854. — Tah\ea» de la première classifination, d'Isidore G. Sainl-llilaire, in Etudes sur l'histoire naturelle, par Camille Delvaille. Paris. — Sur la classification anthropologique, par Isidore-G. Saint-llilaire, in Mémoires de la Société d'anlhro-

Aussi exposcrons-noiis,aviint de reprendre cette question, tout ce qui a trait aux caractères physiques, qui tiennent le premier rang, et aux caractères physiologiques, qui en découlent. Quant aux caractères ethniques, archéologiques et linguistiques, nous leur consacrerons aussi une place, mais moindre, la Bibliothèque des sciences conlempornincs consacrant à chacun un volume spécial.

Les caractères physiques qui dilTérencient les races sont (le deux ordres : anatomiques, s'étudiant dans les laboratoires, et extérieurs, s'obscrvant sur le vivant.

Les deux sont loin d'avoir la même valeur dans la phase actuelle de la science anthropologique. Au laboratoire tout se fait avec soin et méthode, au compas et à la balance dans les limites du possible, les observateurs ont tout le calme et toutes les connaissances désirables. En pays lointain, c'està-dire sur le vivant, il en est autrement. Le simple voyageur a d'autres préoccupations très- naturelles, il a les préjugés des gens du monde, il se laisse influencer par les circonstances de son expédition et les dispositions actuelles de son esprit, ou bien il ignore ce qu'il faut observer, et passe indifférent à côté de faits qui résoudraient peut-èlre les questions les plus controversées. Aussi les renseignements qui arrivent de loin, quelquefois de l'endroit exactement le plus favorable, n'ont-ils pas toujours le même degré de certitude que les faits beaucoup plus modestes appréciés dans le silence du cabinet.

Les instructions publiées par les sociétés savantes ont pour objet de suppléer précisément à ce manque de préparation du voyageur ordinaire, et de lui faire connaître les desiderata de la

pologie, t. I, 18G0. — Anatomie comparée des vertébrés, par Th.-II. Huxley, trad. franc. Paris, 1875. — Dict. encT/clop. des sciences méd., article Races humainks, par de Quatrefages, année 1873.

science et la manière de regarder. Mais l'observation des moindres caractères est souvent difficile. Un savant, comme le docteur Beddoe. dressera des listes très-instructives de la couleur des cheveux ; un homme du monde, doué également de Tesprit d'observation, en fera bientôt autant à l'aide du tableau des couleurs dressé par la Société d'anthropologie ; un autre encore, comme Quételet ou le médecin familier avec l'anatomie, relèvera trèsexactement les proportions du corps ; mais on ne peut en exiger autant des voyageurs ordinaires, les plus nombreux. Ilss'imaginent avoir beaucoup fait, lorsqu'ils ont inscrit sur leur carnet qu'à telle date ils ont rencontré un indigène ayant le visage allongé, les cheveux frisés, le nez écrasé ou le teint foncé. De tels renseignements sont insuffisants en général. Les expéditions du genre de celles de la Novarra ou de Peterraann au Nord, dans lesquelles des hommes spéciaux sont chargés de chaque ordre d'observation, sont rares, en France surtout, fautil le dire? Les Péron, les Pickering, les d'Orbigny, les Humboldt, les Gustave Fritsh se citent. C'est à peine si l'on trouve quelque chose à glaner pour l'anthropologie dans les voyages de Livingstone. En histoire naturelle, c'est tout différent; ce qu'on y demande surtout, c'est de rapporter des échantillons de plantes et d'animaux qui sont étudiés ensuite. En anthropologie, à part les os et les cheveux, on ne peut agir de même. Peu importe aussi en ethnographie, il est facile de recueillir les mœurs et coutumes et de connaître la répartition des tribus, les Klaproth, les Barrow, les Eyre n'y font pas défaut.

De là, l'infériorité relative dans laquelle se trouve l'étude physique du vivant, tandis que les études du laboratoire sont florissantes. Mais parmi celles-ci, il en est auxquelles la nature des choses a forcément donné une certaine prééminence. La première condition pour un laboratoire, c'est d'avoir des pièces, et les plus communes y sont celles qui donnent le moins d'em-

CRANIOLOGIE. 221

barras et se conservent le mieux, comme les os, et surtout les crânes qu'on envoie plus volontiers.

Les os, d'autre part, ont l'avantage de représenter tout ce qui reste de nombreuses générations éteintes. Un terrain sec, sablonneux et un heureux hasard vous mettent en présence d'individus ayant vécu, il y a des milliers d'années, lorsque les races étaient moins mélangées, ou même il y a dix et vingt mille ans, lorsqu'elles se rapprochaient davantage des types primitifs. On ne sera donc pas surpris de Timportance qu'a prise l'étude du squelette et en particulier du crâne dans Tanatomie comparée des races. Sa prétention légitime en effet est d'intervenir un jour en première ligne dans leur classification.

La craniologie forme ainsi le premier chapitre de l'anthropologie des races humaines.

Les différences que présentent les crânes sont les unes légères, les autres considérables, les unes mieux appréciables ii la vue, les autres très-accessibles aux mensurations. De leur ensemble constaté rapidement ou avec méthode résulte le type spécial de chaque crâne, ou le type général du groupe auquel il appartient. Quelques-unes des différences sont cependant assez frappantes pour caractériser à elles seules la race et permettre de reconnaître d'emblée la provenance de la pièce. Telles sont la longueur et la hauteur excessives du crâne des Esquimaux, ou la disposition d u vertex en carène, associée à une grande profondeur de la racine du nez sur le crâne de Tasmaniens. La craniologie, en un mot, est, dans sa phase actuelle, une science d'analyse et de patience plus qu'une science de synthèse.

Nous parlerons d'abord des caractères descriptifs qui s'estiment à l'œil ou à l'aide de procédés simples qu'on a toujours sous la main ; puis de ceux qui exigent des procédés de précision.

Caractères descriptifs. — Un crâne étant soumis à l'étude, il s'agit en premier lieu d'en déterminer l'âge, le sexe, tt de voir

22i CARACTÈRES DESCRIPTIFS.

s'il n'est le siège d'aucune déformation posthume, artificielle ou pathologique. On s'attachera entre autres, pour les mettre à part, à reconnaître les crânes pctils que nous avons appelés des demimicrocéphales, et ceux trop gros par hydrocéphalie ancienne. Ce que nous avons dit à ces divers égards, p. 179 et 18'6, suffit largement.

On notera ensuite s'il ne présente aucune anomalie anatomique, comme une suture supplémentaire partageant en deux l'un des os pariétaux ou malaires, la persistance des sutures intermaxillaires, de la médio-frontale ou de l'interpariétale; — ou des os worraiens exceptionnels et volumineux, comme l'os épactal, qu'on croyait spécial aux anciennes races du Pérou, et qui, pour cette raison, fut appelé Vos Incœ; du reste, il est souvent double et présente de grandes variations ( 1) ; — ou bien les deux trous pariétaux, de 2 centimètres parfois de largeur, sur lesquels M. Broca a attiré l'attention ; situés de chaque côté de la suture sagittale, à l'unionde ses quatre cinquièmes antérieurs et de son cinquième postérieur, ils sont dus à l'agrandissement anormal des simples trous vasculaires qu'on rencontre communément en ce point (2) ; — ou encore le troisième condyle occipital, l'apophyse jugulaire, etc.

Parmi les caractères les plus importants à constater ensuite se trouvent :

(1) A vrai dire l'os épactalel los iulerpariélal se montrent tous deux plus fréqueraraent dans les anciennes races du Pérou, à en juger par les soixante crânes d'Ancou que posseJe le laboratoire de M. Broca. Ces deux os sont faciles à distinguer : les deux extrémités de la suture inlerpariétale persistante qui donnent lieu au second, aboutissent à l'asterion, c'est-à-dire à l'angle externe de l'occipital, tandis que les sutures tranversales qui donnent lieu à Tune des variétés d'os épactal aboutissent à des parties plus élevées de la sulure larabdoïde.

(2) Sur la perforation congénitale et symétrique des deux pariétaux, par Paul Broca, in Bull. Soc. anthrop.,2<' série, t. II, 1875.

1° Vétal des xnlures crâniennes, dont les dentelures, trèscompliquées dans les races supérieures, sont simples dans les races infériem'es ;

2° La saillie de rinion ou protubérance occipitale externe, dont M. Broca exprime le degré par cinq chiffres, le 5 répondant à son maximum, et le 0 à son effacement complet ;

3" La disposilion du plâréon en H ou en X, la première répondant au cas ordinaire, dans lequel les grandes ailes du sphénoïde s'articulent directement avecle pariétal dans une étendue variable que M. Broca mesure avec le compas ; le second au cas particulier, dans lequel le temporal vient toucher le frontal, en repoussant les deux os précédents en haut et en bas ;

4" L'endroit de la face où aboutit le -prolongement du trou ou du plan du Irou occipital ; dans les races blanches cet endroit occupe la moitié supérieure du squelette du nez ; dans les races noires il tombeaux environs de l'épine nasale ou au-dessous. ]\L Broca désigne par les voyelles A E 1 0 U les différents points ainsi rencontrés: A désignant le point alvéolaire; E, l'épine nasale; I, l'endroit répondant à l'insertion du cornet inférieur des fosses nasales; 0, celui auquel aboutit le bord inférieur de l'orbite prolongé sur la ligne médiane, et U, le point médian situé à la hauteur de l'os unguis(l). Dans quelques cas, le plan atteint la racine du nez au point nasal qu'on désigne alors par N. Une simple règle post-e sur le plan du trou occipital, ou une aiguille à tricoter, donne en un clin d'oeil cet élément d'appréciation du crâne, qui n'est autre que l'inclinaison du plan du trou occipital, dont l'angle se prend plus exactement avec le goniomètre occipital. La lettre N répond à un angle de Daubenton de— lia— 13;Uà— 5à— 7;OàO degrés ; Ià-+-2à-+-y; EàH-7à-|-HetAà + 13à-i-17 degrés.

(1) Mémoire cité, sur les Angles occipitaux.

Voir, pour plus de détails, p. 54 et chap, IX. On y verra que la direction ou Finclinaison du plan du trou occipital, appréciée rapidement par ce procédé ou rigoureusement avec le goniomètre, est l'un des caractères les plus précieux pour distinguer le nègre de l'Européen. M. Broca a imaginé à l'usage du laboratoire, et pour remplacer avec avantage la règle

24. — Crochet occipital de M. Broca, pour déterminer l'endroit de la lace où aboutit le plan du trou occipital prolongé.

quelconque que nous indiquons, une tige recourbée dont la courbe passe au-dessous du maxillaire supérieur et qui porte le nom de crochet occipital (fig. 24).

Les caractères suivants, plus difficiles à exprimer et qui défient jusqu'ici toute mensuration, contribuent à caractériser la physionomie d'un crâne et suffisent parfois pour en faire reconnaître la provenance. Ce sont :

1° Le degré à'aplalisscment et de verticalité des fosses temporales, si remarquable sur certains crânes de nègres, tandis que sur d'autres, comme ceuxdes.Lapons, ces fosses sont petites et renflées,

2° Le degré de courbure et de prolongement en arrière de la crête temporale, dont le contour dessine l'étendue des insertions du muscle temporal. Cette crête va ordinairement en s'écartant de la ligne médiane à partir de la ligne sus-sourcilière.

mais dans les races inférieures elle va au contraire parfois en se rapprochant, à ce point qu'en arriére du bregma elle peut n'être distante de la suture sagittale que de 2 centimètres ; ce dernier cas a été rencontré sur des Néo-Calédoniens et sur d'anciens crânes des tumulus de la Floride, il rappelle beaucoup la disposition analogue des anthropoïdes du sexe féminin ;

3° La saillie que font la glabelle et les arcades sourcilières. Faible sur toutes les femmes, comme nous l'avons dit, faible sur les nègres d'Afrique en général, chez les Malais et dans presque toutes les races jaunes, elle est prononcée au contraire dans les races blanches et plus encore chez les Australiens, les Tasmaniens et les Néo-Calédoniens ;

4" La courbure et la saillie du front. Tantôt les bosses frontales sont effacées, très -basses, et le front fuit rapidement en arrière, comme dans la race préhistorique du Neanderthal (platycèplialie) ; tantôt, au contraire, le front est droit et élevé, les bosses frontales saillantes : les femmes ont en général ce type plus que rhomme ; il est accusé chez nos ancêtres du Périgord; à un degré plus prononcé il se rencontre sur beaucoup de nègres, notamment dans la belle série de ]Subiens que M. Broca a exhumée lui-même sur lesbordsdu Nil;

D° La conformation arrondie, en plate- forme ou en crête, de la voûte. Une courbe occipito-frontale régulière et élevée, coïncidant avec un front et une région bipariétale élargis, est un signe de supériorité, suivant Gratiolet ; elle diminue fortement chez les microcéphales. L'horizontalité de la ligne du sommet à partir des bosses frontales est un caractère peu satisfaisant. La disfusilion en crête, lorsqu'elle est prononcée, a son maximum dans la moitié antérieure de la suture sagittale parfois déprimée, et se termine au bregma, aux bosses frontales alors réunies en une seule, ou plus bas en simulant une suture médiu-fiontale synostosée en relief. Suivant que les côtés

sont aplatis et inclinés, convexes, ou excavés puis renflés, la voûte est dite en toit, en ogice ou en carène ; la première est commune en Océanie, la seconde passe à tort pour luibiluelle aux races mongoles, la ti'oisicme se rencontre parmi les Polynésiens et les Tasmaniens ;

6° La courbe que décrit la partie postérieure du crâne à partir d'une ligne s'étendant d'une bosse pariétale à l'autre. Il suffira d'en signaler l'aplatissement général, très commun cliez les Malais, aplatissement vertical dont le centre répond ordinairement au lambda ou un peu plus haut; puis un aplatissement analogue, mais incliné et partant de plus haut, indiqué par Morton comme caractéristique des crânes américains. La portion sus-lambdoïdienne de cette région forme d'habitude un plan doucement incliné ; celle qui lui fait suite ou sus-iniaque, ou sus-occipitale, est au contraire arrondie avec régularité, mais aussi assez fréquemment plus ou moins saillante et globuleuse, conique même. Sur les crânes de l'époque de la pierre polie provenant de la caverne de IHomme-Mort dans la Lozère, on y voit un renflement qui ne l'occupe pas en entier. D'autres fois toute la région sus-iniaque est soulevée et l'on est embarrassé dédire s'il s'agit d'un caractère de race ou d'une déformation rachitique ou par hydrocéphalie ;

7° L'inclinaison de la partie sous-iniaque Je V occipital ou son renflement et la quantité dont elle dépasse au-dessous du plan du trou occipital. M. Broca a signalé comme l'un des caractères des crânes d'Orrouy. de l'époque de la pierre polie, une dépression sui generis, située sur le trajet de la suture lambduïde entre Tastérion elle lambda. Le volume des apophyses mastoïdes, une saillie sus-mastoïdienne spéciale qui fait suite à la racine longitudinale de l'arcade zygomatique et rejoint en se contournant en haut et en avant la partie postérieure de la Ugne courbe temporale, etc., sont aussi à examiner.

A la face, les c-iractcres qu'on ne peut apprécier qu'à la vue, ne manquent pas non plus. Ainsi, les os malaires sont tantôt petits et f^rèles (races européennes), tantôt massifs et saillants en dehors (races mongoles). Ledéjetlement en dehors, en avant et même en haut de leur angle externe, inférieur et antérieur, a quelque chose de si caractéristique chez les Esquimaux qu'à ce seul trait on peut toujours reconnaître leur crâne.

La saillie ou l'aplatissement de la racine du nez ; la profondeur de Péchancrure que forme cette racine, faible chez les Arabes, moindre encore chez les nègres d'Afrique et dans toutes les races jaunes, très-profonde chez les Autraliens et Néo-Calédoniens; l'excavation des fosses canines, médiocre chez les Chinois, forte chez les Mélanésiens et la plupart des Européens, sont également utiles à noter. Nous avons signalé comme l'un des traits de la race tasmanienne un mouvement de bascule du maxillaire supérieur, qui fait que sa partie supérieure plonge en arrière sous le crâne. Npus avons aussi décrit les nombreuses différences que présente le bord inférieur des narines antérieures sur le squelette : à lèvre unique et tranchante et en forme de cœur de carte à jouer, chez les Européens ce bord s'émousse, se dédouble, et l'épine nasale diminue chez les nègres d'Afrique ; il est remplacé chez les Chinois et quelques autres races jaunes par une double gouttière qui s'exagère et descend très-bas chez les Mélanésiens, au point qu'entre les fosses nasales et la face antérieure de l'arcade alvéolaire il n'y a plus de ligne de démarcation sensible ; ce qu'on observe d'ailleurs chez les singes anthropoïdes, qui sous ce rapport ressemblent plus aux nègres d'Afrique qu'à ceux d'Océanie.

Dans la configuration générale de la tète il est d'autres traits que l'œil apprécie facilement. M. Pruner-Bey a insisté sur les rapports harmoniques ou disharmoniques des diverses parties du crâne et de la face. Un crâne allongé d'avant en arrière,

et simultanément élevé est déjà harmonique par lui-même, mais la face est-elle simultanément longue de haut en bas et étroite rharnionie est complète ; tels sont le crâne esquimau, le crâne kymri. Dans l'ordre inverse on peut citer le crâne lapon, le crâne auvergnat, qui sont courts d'avant en arrière et de haut en bas tant du crâne que de la face et au contraire larges. Comme exemple de disharmonie, se présente le célèbre crâne de la pierre taillée, de Cro-raagnon; il est allongé d'avant en arrière, tandis que sa face est raccourcie de haut en bas. D'autres caractères marchent parallèlement ; ainsi la voûte palatine est plutôt allongée dans les crânes longs et élargie dans les crânes larges.

Les craniologistes ont tous parlé, peut-être à l'excès, de crânes et de faces aux formes gracieuses, aux contours adoucis, réguliers, etc., l'Arabe offrant le modèle de ce genre, et la femme s'opposant à l'homme sous ce rapport. Us ont parlé inversement de traits heurtés, rudes, de physionomies franches comme chez les Mélanésiens et les Australiens. Entre les deux il y aurait aussi, pour la face, des traits mous, efïacés, comme ceux des Chinois et des Malais. Ce sont là des expressions dont il faut se défier, le sentiment individuel y a trop de prise. Ces contours réguliers que l'on a de la tendance à donner comme le type du beau se rencontrent dans toutes les races, notamment chez l'Européen, aussi fréquemment que l'inverse. Les hommes de la caverne de l'Homme-Mort sont dans le premier cas, celui de Cro-Magnon et les Auvergnats dans le second; les uns ou les autres seront quaUfiés de beaux au gré de l'observateur (1).

(1) La meilleure démonstrallou des écarts au.xquels on arrive en substiluanl la méthode du seuliraent à la méthode rigoureuse des mesures se trouve dans un mémoire publié celle année. M. Manlegazza et deux amis qu'il ne nomme pas disposent deux cents crânes en série, suivant les idées qu'ils se font du beau. Ils s'inspirent du Jupiter Olympien,

Jusque dans ces derniers temps cette méthode du regard était la plus suivie en craniologie. Elle est commode en effet ; on y porte un jugement immédiat comme s^il s'agissait d'une peinture : telles lignes, tel coloris, telle école. Blumenbach en est le père.

Un peu avant lui Camper avait fondé ce qu'on appelait la méthode des lignes et des angles, pris sur la projection du crâne de profil ; son angle facial n'en est qu'un des éléments.

Blumenbach suivit une autre méthode, celle de la norma vcrliealis. A cet cfTet, il disposait sur le sol une série de crânes « de manière que les os malaires se trouvent sur une même ligne horizontale, comme cela a lieu quand les crânes reposent sur la mâchoire inférieure », et les regardait successivement Toeil placé au-dessus du vertex. 11 appréciait de cette façon la largeur ou l'étroitessedu contour de la voûte, sa longueur, sa forme générale, la saillie du front ; il constatait si les arcades zygomatiques et les mâchoires étaient visibles et de combien elles dépassaient ; dans les races blanches, ces parties sont en général cachées, dans les races noires elles débordent plus ou moins. I admit ainsi trois espèces de crânes qu'il représente par un Géorgien, un Toungouse et un nègre de Guinée.

La méthode de la norma veriicalis est restée l'une des plus journellement employées lorsqu'on veut se rendre compte rapi-

dans lequel le? proportions sont conventionnelles et qui a notamment un angle facial comme il ne s'en rencontre que chez les hydrocéptiales, rapprochent pêle-mêle les crânes des deux sexes et de toutes races, et concluent que les mesures données |)ar la craniométrie ne concordent pas avec leurs idées esthétiques. Que M. Mantegazza ait été découragé par l'insuccès que lui ont donné certaines mensurations, notamment l'angle facial de Camper, nous le comprenons; ce n'est pas une raison pour abandonner la méthode scientifique. Avant de posséder une bonne mesure, il faut savoir en sacrifier dix. L'illustre anthropologiste regrette que la craniométrie ne démontre pas la hiérarcliie des races telle qu'il la comprend. Reste à savoir si ce n'est pas la craniométrie qui a raison.

dément de la forme générale du crâne et que l'on essaye de préjuger de l'indice céphalique sans le secours d'aucun instrument. Mais au lieu de faire reposer le crâne sur la base à la

Fig. 2b. — Norma verticalis de Blumenbach, prise avec le stéréographe. Crâne brachycéphale d'Auvergnat. Indice céphalique de 85.46.

façon de Blumenbach, on le tient à distance avec les mains, de façon que Toeil puisse embrasser à la fois les extrémités de ses deux diamètres anléro-postérieur et transverse maximum. Le regard, en un mol, doit être perpendiculaire au plan horizontal passant parla glabelle d'une part et àun point situé 2 centimètres environ au-dessus de linion de l'autre. Les deux figures ci-jointes montrent les deux formes principales de tète que Ton constate de cette manière.

M. Owen y ajouta celle de la vue de la base, qui à ses yeux

et à ceux de Prichard donnerait de meilleures indications. On > reconnaît le circuit que font les arcades rygomatiqucs, la situation du trou occipital par rapport aux extrémités antérieure et

Fîg. 26. — Norma verticalis de Blumpnb.ieh, prise avec le stéréographe. Crâne dolichocéphale de Basque espagnol (Province du Guipuscoa). Indice eéphali- . que de 74.19.

postérieure du crâne, la forme de la voûte palatine, etc. Mais M Owen avait pour but de comparer l'homme avec les singes anthropoïdes.

Prichard réunit les trois SAStémes.la vue de profil, celle d'en haut et celle d'en bas, et y ajouta celle de face ; il ne parle pas de la vue d'arrière, qui a cependant sa valeur. 11 admit trois espèces de crânes : l'ovale, la pyramidale et la prognathe, division dont M. Pruner-Bey s'est inspiré.

La première, ou ovale, répond à notre type européen : front bien développé, maxillaires et arcades zygomatiques donnant au visage une forme ovale; front et os malaire presque dans le même plan, bords alvéolaires et dents incisives verticaux.

La seconde, ou pyramidale, s'observe, dit- il, chez les Mongols et davantage chez les Esquimaux. La projection en dehors des arcades zygomatiques en est le trait principal. « Les os malaires proéminent en avant, mais surtout en dehors, et décrivent avec les arcades zygomatiques un vaste segment de cercle ; le diamètre maximum transverse de la face est à la hauteur de ces os; deux lignes partant de la base, tangentes aux tempes et se rencontrant au-dessus du front, forment avec ce diamètre transverse une figure triangulaire ; la face est losangique et de plus large et plate ; la surface antérieure des os nasaux, Tespace intersurcilier, les os malaires et le bord alvéolaire sont presque [neirly] dans le même plan ; enfin au sommet de la pyramide se voit la crête fronto-sagittale décrite tout à l'heure (i). »

La troisième, ou prognathe, répond au type nègre : crâne comprimé sur les côtés, muscles temporaux insérés très-haut et déterminant à la fois rallongement et l'aplatissement latéral du crâne, os malaires projetés en dehors, mais surtout en avant, prognathisme.

Cette partie est une des mieux faites de Fouvrage en cinq volumes de Prichard.

Quelque frappants que soient certains de ces caractères, ils seraient insuffisants pour asseoir les bases d'une science exacte, et la craniologie, réduite à eux, justifierait difficilement le rang élevé qu'elle tient dans les sciences anthropologiques. Leur ap-

(t) Researches intû the Physical HistoryofMankind,ç3ir5.-C. Prichard, 5 vol., 1856-47.

CRANIOMETRIE. 233

prédation est en effet tout individuelle dans la généralité des cas et subordonnée à la disposition d'esprit de l'observateur, à ses dernières impressions, à son degré de mémoire des yeux. Ils ne peuvent être transcrits que par des périphrases toujours imparfaites. Suivant la manière dont la lumière frappe le crâne, les choses prennent d'autres physionomies, et M. Broca montre quotidiennement à ses élèves de quelles illusions on peut être le jouet de cette façon avec l'un des caractères de premier ordre de la craniologie. Qu'on élève le crâne à la hauteur de son regard ou qu'on le regarde sur le sol, les appréciations varient ; quelques millimètres d'inclinaison de plus ou de moins le feront paraître prognathe ou non. Le plan de Blumenbach est particulièrement défectueux ; la présence ou l'absence des dents, le volume dos apophyses mastoïdes, la configuration de la portion de l'occipital qui est en arrière du trou font tout changer d'aspect. Même pour des à peu près il faut substituer le plan de la base déterminée par l'attitude naturelle, ou alvéoiocondylien.

La cranjologie n'existe donc que parce qu'elle est en possession de procédés d'examen réellement scientifiques et de caractère pouvant s'exprimer avec précision; la méthode est longue et laborieuse, mais les verdicts en sont certains, ils ont besoin d'être interprétés, mais ils ne trompent pas. Cette partie de la craniologie porte le nom de craniométrie et n'est qu'une branche de l'anthropométrie.

L'anthropométrie est l'étude du corps humain par des procédés mathématiques. Vostéomélric en est l'application au squelette en général, la craniométrie au crâne en particulier, la pelcimétrie au bassin, etc. Quetelet en a tiré le meilleur parti sur le vivant,

Craniométrie. — Les premiers essais de mensurations sur l'homme furent pratiqués, en négligeant les artistes qui jusqu'au

234 CARACTÈRES CRANIOMETRIQUES.

siècle dernier n'établissaient aucune distinction entre les races, par Daubenton, Camper, Sœmmering, White. La craniométrie ne prit cependant son essor qu'avec Morton ; depuis elle s'est propagée dans toutes les parties du monde civilisé, elle a ses adeptes en Patagonieavec le docteur Moreno et au Caucase avec le professeur Smirnow. Les travaux sur le crâne de MM. Thurnam, B. Davis, Busk, Carter Blake, en Angleterre, sont bien connus; ceux également de MM. Mantegazza, Calori, Nicolucci eu Italie; de Wagner, van der Hoeven, von Baer, Lucae, Ecker, Virchow, Weclker dans TEurope orientale; de Gratiolet, Broca, de Quatrefages, Bertillon, Hamy en France. De toutes parts les collections de crânes se multiplient. Parmi les plus célèbres on remarque celle de Morton à Philadelphie, qui comptait 1045 crânes en 1837; de M. Barnard Davis à Shelton, qui s'élève aujourd'hui environ à 1700, et celles de Paris, qui collectivement réunissent au-delà de 6 000 crânes.

Caractères craniométriques. — La craniométrie est née de l'obligation, pour connaître une race, d'en étudier un graod nombre de représentants et d'en prendre la moyenne afin d'atténuer l'influence des cas particuliers. Vous débarquez dans une ville et voyez un individu blond ; en conclurez-vous que tous ses habitants sont blonds ? Non. Vous parcourrez plusieurs quartiers, dresserez un ensemble d'observations et en ferez le calcul. Il en est de même en craniométrie; un seul crâne donne par hasard le type de la race, mais il peut aussi être l'exception et induire en erreur. Les caractères dont l'ensemble constitue le type cherché pourront même n'être bien exprimés que sur des crânes différents. La première condition des études craniométriques est donc un nombre suffisant de pièces. Une fois la science faite, le type connu,'un, deux, trois crânes interviendront très à propos pour apprendre quelque chose de plus, mais jusque-là il faut être réservé. Dans une fouille, l'archéo-

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