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METHODE DES INDICES

souvent se réunissent au milieu. Quelquefois cependant il y a deux maximum de concentration séparés par un intervalle où les chiffres sont clair-semés. M. Bertillon l'attribue à un mélange de deux races dont les caractères se contrarient et en a tiré d'heureuses applications.

Les mesures prises en centimètres et millimètres sont additionnées pour être divisées par le nombre de sujets mesurés. Le quotient est la moyenne. Elle exprime le caractère directement, tel que la largeur du front par exemple, ou n'acquiert de valeur que comparée à quelque autre mesure. Un crâne est large dans certains cas, non par le nombre de centimètres qu'il mesure, mais par rapport au volume du crâne et pour plus de simplicité par rapport à sa longueur. Sa largeur est donc convertie en centièmes de sa longueur. C'est là un indice ou rapport, méthode bien supérieure à celle de Tappréciation directe des mesures absolues. La façon de calculer cet indice n^est pas indifférente ; il y a trois procédés : on calcule chacun des indices isolément et l'on en prend la moyenne [moyenne dex indices). On additionne chacune des séries de facteurs, on prend leurs moyennes et avec elles on calcule l'indice (indice des moyennes) ; ce procédé est meilleur et évite les pertes provenant des décimales. Dans le troisième on additionne encore les facteurs et l'on obtient l'indice avec leurs sommes directement ; il a l'avantage d'économiser une opération, c'est celui dont nous faisons usage.

Les moyennes portent sur des mesures droites, sur des courbes, sur des angles et jusque sur les indications que M. Broca exprime par des chiffres de convention, comme la saillie de l'iuion de 0 à 5.

La première condition d'une bonne mesure est d'être déterminée par des points de repère anatoraiques tellement fixes, que deux observateurs éloignés ne puissent s'en écarter de la moin-

dre quantité, au gré des idées particulières qu'ils poursuivent à tel ou tel moment. Les mesures maximum el minimum sont excellentes à ce point de vue. Celles qui partent d'un point quelconque de la base et se rendent à un endroit facultatif comme le vertox, lorsqu'il n'est pas déterminé par une projection, sont mauvaises. Les mesures qui aboutissent aux bosses pariélales ou frontales sont dans le môme cas, jamais on ne parvient à placer deux fois de suite leur point culminant au même endroit, elles ne fournissent que des mensurations sous toutes réserves. Il vaut mieux sacrifier à l'idée qu'on poursuit que de s'écarter des points de repère, à moins de ne travailler que pour soi seul, et les observateurs qui publient des mensurations, sans préciser leur manière de faire, s'exposent à ne convaincre personne.

Toute mesure doit répondre à un but défini. Les caractères craniométriques, sous ce rapport, sont de deux sortes : rationnels, c'est-à-dire liés à quelque idée physiologique, ou empiriques, c'est-à-dire sans motif apparent.

Soit deux crcànes semblables, mais dont la capacité est différente ; le plus gros aura, toutes choses égales, le front plus développé, la voûte plus arrondie, le crâne postérieur plus ample, le plan du trou occipital plus relevé, la distance de ce trou au bregma plus grande. Gratiolet a partagé les races humaines en frontales, pariétales et occipitales, suivant que le crâne est plus ou moins développé aux dépens de telle ou telle partie. \)c là une première série de caractères subordonnés à la même idée : le développement variable de l'organe caractéristique dans la famille humaine.

D'autres caractères sont regardés, à tort ou a raison, comme hiérarchiques. Us se rapprochent chez les nègres de ce qu'ils sont chez les singes el établissent la transition de ceux-ci aux Européens. Sur le squelette, dans les muscles et dans les

viscères se montrent ainsi des dispositions se rapportant à une attitude demi-inclince comme celle des anthropoïdes. L'esprit est donc porté à considérer ces variations croissantes ou décroissantes comme la preuve d'un perfectionnement graduel de l'organisme, comme si toutes les races humaines dérivaient d'un même type inférieur. Les Boshimans par un grand nombre de caractères occupent de cette façon le bas de l'échelle ; les Mélanésiens, les nègres de Guinée, les Cafres, les races jaunes, etc., leur succéderaient. Mais cette vue de l'esprit, juste pour certains caractères, est absolument contredite par d'autres.

D'autres caractères ne s'expliquent nullement, tels que l'écartement des pommettes, l'aplatissement de la face, la forme elliptique ou hyperbolique des arcades alvéolaires, la saillie des arcades sourcilières, renfoncement de la racine du nez, la disposition en carène du sommet de la tète, etc. Bien des caractères qu'on met, habituellement et à tort, en série sont dans ce cas ; le squelette en fournit de nombreux exemples. Leur fréquence ne nous étonne pas, pour notre part, et nous ajouterons même que c'est là, plus que dans les variations de la boîte crânienne, quel'on trouve les meilleurs signes différentiels entre les races. L'indice nasal de M. Broca nous en fournit entre autres la preuve.

Une idée erronée en effet, c'est que, l'homme se distinguant des animaux, surtout par le cerveau, on doit trouver dans son crâne les caractères fondamentaux propres à séparer les races. L'inverse est plutôt vrai. Evidemment l'homme est essentiellement caractérisé par le cerveau et son enveloppe osseuse. Mais en histoire naturelle, lorsqu'un caractère intervient pour séparer un groupe d'un autre groupe, plus celui-ci est naturel, palpable, important, et moins il est variable dans les divisions et variétés de ce groupe. En botanique, ce n'est pas dans la caractéristique même d'une famille, d'une tribu ou d'un genre, qu'on va cher-

cher des nuances pour en établir les divisions subalternes, c'est dans d'autres parties du végétal. Une labiée se reconnaît à dix pas par sa fleur, comme l'homme par son crâne ; chez tous deux c'est en dehors de leur trait essentiel que se trouvent les différences qui autorisent à y créer des variétés permanentes.

Ces caractères empiriques sont opposés à l'idée monogéniste, ils plaident en faveur de la pluralité originaire de ses groupes principaux.

Quelquefois enfin la pensée qui dirige dans le choix des mesures craniométriques est l'évolution du squelette. Le cerveau et son enveloppe s'accroissent suivant une certaine loi^ les cavités des sens et l'appareil maxillaire suivant un autre. De là un antagonisme possible, une influence susceptible de donner naissance à des particularités qui, se répétant, peuvent être considérées comme des caractères de races.

Mais ce qu'il ne faut pas perdre de vue dans toute la craniométrie, c'est la subordination des caractères. Ainsi le développement de la loge antérieure du cerveau a pour conséquence le refoulement du trou occipital en arrière; l'accroissement du maxillaire en avant, d'où résulte le prognathisme, donne lieu relativement au même résultat. Toutes choses égales, un crâne s'allongeant et se rétrécissant en même temps, gagne proportionnellement en hauteur. Un crâne s'arrondissant diminue au contraire dans le sens vertical. Il est bon de songer aussi à la corrélation dans les caractères, un exemple sur le vivant la fera comprendre. Les yeux bleus s'accompagnent habituellement de cheveux blonds. De même sur le crâne l'aplatissement de la face en totalité, pommettes comprises, entraîne habituellement l'effacement de la glabelle et des arcades sourcilières et l'écrasement de la racine du nez ; ceci rentre dans les caractères harmoniques dont nous parlions tout à l'heure. En

réalité, c'est de cette concordance des caractères que surgit la notion de type.

Bernard de Palissy prétendait que le crâne humain est la figure la plus lourmeatée qui soit dans la nature et exprimait un sentiment que toutes les personnes partagent en abordant pour la première fois les études craniométriques. « 11 me print envie, dit-il, de mesurer la teste d'un homme pour scavoir directement ses mesures et me sembla que la sauterelle, la reigle et le compas me seraient fort propres pour cette affaire, mais quoy qu'il en soit, ie n'y sceu iamais trouver une mesure asseurée {\).y> Bernard de Palissy exagérait, et les choses ne sont pas si compliquées. Isolez parla penséele crâne de la face et considérez le premier comme un œuf à grosse extrémité postérieure dont il s'agit simplement de mesurer les diamètres et les circonférences et le second comme une pyramide dont la base répondrait au visage et le sommet au bord antérieur du trou occipital, déjà les choses se simplifient. Songez ensuite que le crâne est le prolongement de la colonne vertébrale dont l'axe se coude au niveau du bord antérieur du trou occipital en donnant naissance aux trois vertèbres crâniennes et que par conséquent il existe au crâne un point central : le basion, autour duquel s'opèrent toutes les modifications de développement. Rappelez-vous enfin que la tète a une attitude naturelle à laijuelle répond, à la base du crâne, un plan horizontal qui se détermine en trois secondes, et que grâce à ce dernier on peut toujours prendre la position d'un point quelconque par rapport à lui ou par rapport au plan vertical médian. VoiUi la base de la craniométrie. Les systèmes qui rattachent certaines mesures aux trous auditifs ou à tout autre point et le jaugeag(î des cavités no la compliquent guère.

(1) Bernard de Palissy, Œuvres. Paris, 1854, iu-18.

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