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épuise la conception de l'éthique de la vie humaine, car elle reconnait comme coopérant à la poursuite de la fin morale des activités qu'on avait jusqu'ici considérées comme dépourvues de toute qualité morale. Jusqu'à un certain point, elle reconnait aussi la coopération de forces non humaines dans la mesure où elle étudie l’homme dans ses relations avec le milieu ambiant. Ainsi définie, l'éthique nécessiterait comme préparation préliminaire un emploi des sciences non anthropologiques, emploi impossible dans le présent ouvrage. Par suite, la pratique ne serait pas en morale notre sujet principal, bien que nous dussions souvent l'employer comme un correctif puissant de cette dernière. Le terme d'éthique lui-même sera restreint au sens vulgaire et signifiera l’art de se bien conduire au point de vue traditionnel. En réalité, l'expression « se bien conduire » comprend la conduite dans toutes les occasions de la vie, mais nous restreindrons le sens du terme de « conduite éthique » ou de « conduite morale» à la conduite qui est accompagnée de la conscience d’une obligation. Il est inutile de dire que l'éthique ou la morale ainsi définies peuvent être étudiées par le philosophe à un point de vue déterministe, c’est-à-dire considérées objectivement. Au point de vue subjectif, au contraire, le sujet considère les actions comme librement accomplies. L’éthique peut se diviser en éthique de prévision et en éthique d’action. La première est cette partie de la morale qui étudie les fins, le souverain bien et les fins relatives. Au point de vue déterministe, le philosophe n’a pas d’autres fins à considérer que les fins inévitables et les résultats naturels des forces cosmiques et humaines actuellement en jeu. Par suite, la détermination de ces fins consiste dans la détermina-
tion d’une résultante de forces. On peut dire que l'éthique, en tant que prévision, s'applique à tout le domaine de la morale considérée à un point de vue positiviste, puisqu'une philosophie idéale de l'action, établie de la façon idéale précédemment indiquée, pourrait rendre parfaitement compte aussi bien des moyens que des fins. S'il est objectivement vrai que cette philosophie épuise le champ de la méthode en morale, il est subjectivement vrai qu'il y a une éthique pratique, c'est-à-dire une éthique de l’action. Subjectivement, l'idée de fin ou de résultat précède l’idée de moyen ou de cause: Objectivement, la cause précède l'effet. La méthode de cette éthique dont nous avons parlé en dernier lieu, de cet art de l’action, sera étudiée tout d’abord à cause de son peu de rapport avec le reste du chapitre. D'autre part la discussion de la méthode de prévision qui va suivre nous conduit aux lois et aux généralisations dans les sciences servant de base aux prévisions, et nous fait passer en revue les méthodes de toutes les divisions abstraites ou concrètes de l'anthropologie.
Tout d’abord, il faut considérer la marche suivie par l'esprit de l'artiste ou du sujet moral agissant.
Cela a une grande importance pour la grande masse de l'humanité aussi bien dans ses arts et dans ses occupations ordinaires que dans ses efforts pour atteindre à une vie morale. Les efforts de l'humanité recevraient un appui précieux, si la marche essentielle de l'œuvre à accomplir était claire et consciente. Quand les individus bien doués attendent l'inspiration et que la grande masse accumule les erreurs sans avoir conscience d'une méthode meilleure, il semble que le plus grand progrès que puisse accomplir l'évolution humaine
MÉTHODES ET MATÉRIAUX 63 doive suivre l'apparition d'un Stuart Mill dans la logique de l'art et d'un Bacon dans la philosophie de l’art. La praxéologie et la pratique, qui sont l’une la science, l'autre l'art de l’action humaine, sont le couronnement de la philosophie de l'avenir. Tout importantes qu'elles soient, il ne leur sera consacré qu'une place restreinte dans ce chapitre, étant données les nombreuses divisions de l'anthropologie qu'il nous reste à étudier. La méthode de la praxéologie sera examinée brièvement dans ses rapports avec celle de l'anthropodynamique. La méthode de la pratique peut se résoudre dans le développement suivant: 1° idées d’une fin; 2° désir de l’atteindre: 3° idée des moyens nécessaires pour l'atteindre, matériaux, moyens, processus ; 4° choix des moyens ; 5° volition à l’état complet ou action. Comme des volitions répétées donnent plus d’habileté par ce que l’action devient réflexe, il faut ajouter une 6° phase, l’accoutumance. On peut diviser ces phases en phases purement volitives : la deuxième, la quatrième et la cinquième, et en phases intellectuelles : la première et la troisième. Les premières dépendent des dernières. En d’autres termes, la pensée se transforme mécaniquement en action, avec plus ou moins de facilité selon le degré d'habitude. Par suite, deux choses sont indispensables dans la pratique : 1° acquérir des idées (idées de fins et de moyens); 2° acquérir de l'habileté (par des désirs, choix, actions répétées); ce sont là les deux parties de l'éducation dans tout art. Le type auquel appartiendra un artiste dépendra de la prédominance detel ou tel de ces éléments dans son œuvre. Sont-ce les idées ? Il sera un chef de travaux, un entrepreneur. Est-ce l'habileté mécanique? Il sera un subordonné, un ouvrier habile peut-être, sans grande
initiative. Mais ces deux types ne correspondent pas en art à la faculté d'invention et d'imitation. Le directeur peut être un simple imitateur. Il peut emprunter aux autre ses idées de moyens et de fins grâce à l'observation ou grâce à ses lectures. La différence entre ses idées et celles du subordonné réside dans le degré de généralité plutôt que dans le mode d'acquisition. Une invention est naturellement une idée nouvelle, créée jusqu'à un certain point par l'artiste qui est devenu inventeur. Les idées d'invention peuvent se rapporter aux moyens aussi bien qu'aux fins. Elles sont rares comparées aux idées d'imitation, quoiqu'elles ne le soient pas tant que l'ont pensé certains sociologues. Quelle est la logique de l'invention? Nous atteindrons l’essentielle de notre réponse si nous expliquons la formation d'une idée nouvelle. Une idée nouvelle naît toujours de la comparaison de deux idées anciennes. Si nous disons qu'une invention a de la valeur, c'est-àdire qu’elle est un moyen pour arriver à certaines fins, il est évident qu'une des idées qui ont dû occuper précédemment notre esprit est l'idée d’une fin, grande ou petite. IL est évident aussi que la fécondité de l'esprit dans la production des idées dépendra, toutes choses égales d’ailleurs, de la puissance d'information de l'inventeur. L'invention se réduit donc elle-même, en partie, à un élargissement du milieu, et on doit attendre les idées les plus nouvelles de ceux qui possèdent les combinaisons d'expérience les plus nouvelles. Il est encore d'autres qualités indispensables à l'inventeur : l'élasticité de l'esprit qui caractérise les races jeunes plutôt que les races usées et qui vient d'une surabondance d'énergie. Un grand inventeur est un agent moral. Celui qui invente une machine épargnant une
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grande somme d'énergie humaine dans la satisfaction des besoins humains s'identifie lui-même avec les forces maîtresses de l'univers, aussi bien que le fondateur d'une nouvelle religion.
L'éthique, considérée en tant que prévision, a une certaine analogie avec l'art de l'invention : elle cherche à découvrir les forces dominantes de l'univers et à déterminer les fins et les lois auxquelles la pratique doit obéir pour arriver à cette identification, à cette harmonie de l'homme et des forces cosmiques. Avec l'éthique considérée comme prévision nous arrivons à la matière du reste du chapitre. On peut dire que les données que cet art utilise constituent les fins que les spécialistes doivent atteindre dans les sciences anthropologiques. Or c’est la fin qui détermine les moyens à employer dans ces dernières. L'éthique considérée en tant que prévision comprend en un sens la division précédente de l'éthique considérée comme action : car il faut prévoir aussi bien les moyens que les fins. Il faut tout cela pour établir l’enchainement des causes.
Les connaissances qui sont idéalement nécessaires pour prédire l’avenir immédiat de l’art comprendraient, par suite, la connaissance de l'esprit de l'artiste, de ses idées de fins et de moyens, et de son habileté. L'art, par conséquent, n’est art qu'à un point de vue seulement, c'est-à-dire subjectivement; il est science à un autre point de vue, c’est-à-dire lorsqu'on le considère objectivement. Pour l'artiste c'est l’art, pour l'anthropologiste ou le psychologue c'est la science qui explique l'artiste et son œuvre. L'artiste peut bien lui-même étudier l’art, il peut étudier ses propres actes, à deux points de vue, subjectivement et objectivement, au
point de vue de la science et au point de vue de l'art. Ce qui est l’art pour l'être agissant dans le présent et dans l'avenir devient, dès que l’on passe du présent au passé, un sujet d'étude pour la science et peut être étudié avec profit par le même artiste. L'éthique en tant que prévision embrasse la prévision d'un avenir immédiat aussi bien que celle d'un avenir fort éloigné; en d’autres termes, une discussion des fins relatives aussi bien que des fins absolues. Comme, dans les pages qui suivront, l'auteur fera souvent usage de ces termes, il faut indiquer brièvement le sens qu'il y attache. L'avenir immédiat commence à l'instant actuel, mais le plus souvent ce terme désignera les années qui vont s'écouler et qui constituent le temps d'expérience de la génération actuelle, mettons par exemple les quinze années prochaines. L'avenir extrême et les fins absolues appartiennent aux ultimes périodes de l'histoire de l'humanité. Nous pouvons leur donner le nom de millénaire final. Il est admis par hypothèse que les condilions cosmiques mettront un Jour un terme à la vie de la race humaine, Dans combien de milliards d'années cela arrivera-t11? L'astronome de l'avenir sera plus à même de le déterminer que celui de notre époque. Iei nous faisons une autre supposition : c’est que les derniers âges seront un millénaire dans le sens attaché jadis à ce mot, à condition que l'évolution humaine continue jusqu à extinction de la race. Une autre époque à laquelle nous ferons allusion, parce qu'elle est plus près de nous, est celle qui a été décrite dans plusieurs ouvrages utopiques, lan 2.000.
Comme nous l'avons déjà fait entendre, il y aura dans notre étude une distinction entre les méthodes idéales et les méthodes pratiquement applicables.
MÉTHODES ET MATÉRIAUX 67 Après avoir considéré les méthodes qu'on peut qualifier d'idéales, nous examinerons les modifications qu'il faut leur faire subir/dans nos conditions de travail actuelles. Nous ferons aussi une proposition qui paraîtra un peu étrange et qui relève de méthodes idéales plutôt que de méthodes pratiques, nous proposerons d'introduire la précision des mathématiques dans la terminologie de la prévision. On trouvera là une ressemblance avec l'application du calcul des probabilités à l’action humaine, calcul dans lequel les philosophes et les logiciens ont commis de grandes erreurs. Mais nous n'avons pas l'intention de faire un exposé de possibilités, mais un exposé scientifique : nous exposerons seulement le degré d'exactitude que le spécialiste reconnaîtra lui-même à ses conclusions. Nous proposerons les définitions suivantes, arbitraires et très artificielles, de quelques termes usuels : « certain », « le plus haut degré de probabilité », « absolument impossible », indiquent 95 ou 99 fois sur 100 que le jugement est correct ; « très probable », « haut degré de probabilité », 90 à 95 chances sur 100; « probable », 75 chances ; « plutôt probable », « incertain mais probable », 60 chances ; « simplement probable », 55 chances; « possible », 50 chances; « impossible », moins de 50. Si ces termes sont employés par un faiseur de prophéties inexact et incompétent, ils n’ont aucune valeur, mais ils en auront une véritable dans les ouvrages d’un spécialiste dont la compétence aura été établie par l'exactitude de ses conclusions et une infaillible sûreté de jugement et d’estimation combinées à une connaissance exceptionnellement approfondie de son sujet d'étude. Elles auraient encore plus de valeur si le spécialiste faisait suivre ses estimations d’une énumération et d’une évaluation des
forces principales qui sont les facteurs du problème. D'autres pourraient ensuite voir par eux-mêmes s'il a négligé des forces d’une haute importance. De plus, le spécialiste fera une distinction entre les questions dont il a une grande expérience et une connaissance approfondie et celles dans lesquelles, de son propre aveu, il y a des éléments de haute importance qui lui ont échappé ou dont il n'a pas déterminé la valeur.
Il y a deux méthodes pour prévoir ou pour déterminer la fin morale. On peut les désigner par les termes de méthodes directe et inverse de prévision. La méthode directe raisonne en allant des causes aux effets ; la méthode inverse remonte des effets aux causes. La méthode directe est la plus idéale pour les prévisions d’un avenir immédiat. La méthode inverse est peutêtre la plus pratique. Étant donné que les causes existent toutes à l'heure actuelle, il suffit, au point de vue idéal, de déterminer l'intensité de chacune des forces concourantes et de déterminer mathématiquement leur résultante. Ilest probable que cela ne pourra jamais être réalisé dans le problème humain. Mais, jusqu'à un certain point, on peut déterminer les forces principales, celles qui contribuent le plus à produire l'effet. Certaines d'entre elles peuvent être réduites à des notations mathématiques, c'est-à-dire à une forme statistique. Par exemple, les résultats de la récente guerre cubaine pouvaient êfre conjecturés d'après les mouvements de certaines masses, de volume et de vitesse déterminées, d'après le chiffre total des armées, la qualité et la quantité des munitions, la valeur des moyens de transport et de ravitaillement, le chiffre des réserves militaires dont on pouvait disposer. Le choc de pareilles forcés se rencontrant ne pouvait donner
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qu'un résultat unique. Mais, même dans ce cas, il y avait des forces indéterminées forts inquiélantes pour les spécialistes’: les orages et la maladie, choses si fréquentes sous les tropiques en cette saison et la silualion inconnue de la flotte espagnole. Ce ne sont pas seulement les forces militaires des grandes nations qui peuvent être ramenées à des statistiques, mais aussi les forces productrices ayant pour résullat une suprématie industrielle. On peut mème évaluer les forces morales et intellectuelles d'un pays par le nombre des églises, des écoles, des publications scientifiques. D'après ces exemples, on peut deviner la pensée de l'auteur. A son avis, les sciences descriptives concrètes, qui étudient le présent, l’anthropographie, et surtout les sciences dans le genre de la statistique qui font usage des méthodes mathématiques sont les principales sciences sur lesquelles doit s'appuyer l’art de la prévision. Nous considérons ici que l’anthropographie comprend l'étude, non pas seulement des phénomènes existant au moment présent, mais embrasse toutes les expériences de la génération actuelle, c’est-à-dire, en chiffres ronds, remonte de l’époque actuelle jusqu’à la limite d'une demi-génération, à quinze années par conséquent. Dans ces expériences rentre l'observation des relations dynamiques aussi bien que statiques el une étude des causes et des effets, plus exacte que ne peut l'être une étude basée sur l’histoire et sur les données des autres sciences. Ceux-là seuls auront une idée vraie de la valeur de beaucoup des forces humaines qui participeront ou assisteront à leur action et qui pourront déployer tous leurs talents d'observation à analyser eux-mêmes la situation au lieu de se contenter des données extrêmement incomplètes fournies par les
historiens. Tandis que l’anthropographieestla principale science concrète sur laquelle doit s'appuyer la prévision, ce n’est pas la science abstraite correspondante, l'anthropostatique, qui fournit les lois et les généralisations les plus importantes, mais bien l’anthropodynamique. Ce ne sont pas, pour parler exactement, des lois de l'équilibre, car l'équilibre n'existe pas. Toutes les choses sont en mouvement, et les lois du mouvement sont déterminées par la dynamique. L'uniformité de coexistences de faits n'indique nullement que ce sont elles les causes principales et les effets principaux parmi les facteurs coexistants. Nous devons examiner ceux des facteurs qui précèdent et ceux qui suivent; en un mot, nous devons étudier l'histoire, l'évolution, la dynamique. Ces dernières sciences sont des plus utiles à l’anthropographie dans l'art de la prévision. Mais les lois auxquelles on arrive en les employant doivent être contrôlées par d’autres sciences. La psychologie et la physiologie doivent examiner si leurs conclusions sont d'accord avec la constitution humaine. La philosophie générale dira si elles sont d'accord avec la consüitution de la nature. En d’autres termes, quand on emploiera l'induction, toutes les considérations déduclives devront servirde moyens de contrôle à la méthode directe.
Dans la méthode inverse, on procède absolument de la façon opposée. On arrive par déduction à des hypothèses sur ce que sera l'avenir, el ces hypothèses sont soumises au contrôle des sciences qui étudient les forces existantes. À juger d'après les faits, que doit-on préférer ? On peut, pour quelques sciences, arriver à formuler ces hypothèses. Parfois elles paraissent avoir leur origine, dans la pure imagination dans l'instinct poétique,
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dans l'imagination créatrice plutôt que dans la science. Le genre d'étude qui les fait naître avec le plus d'abondance est peut-être la dynamique. La maxime: préjuge de l'avenir d'après le passé, est probablement aussi vieille que la philosophie elle-mème. L'histoire a toujours été un fonds où non seulement les hommes d'État, mais tous les hommes d'action, ont puisé leur inspiration. La nouvelle hypothèse évolutionniste est celle qui dans toute l'histoire des sciences modernes a suscité le plus de faiseurs d'hypothèses. Mais on se rend compte peu à peu qu'elle ne se suffit pas par elle-même etqu’elle doit être corroborée par d'autres sciences biologiques. Dans tout le bruit fait autour de l'évolution, nous avons oublié qu'une désagrégation accompagne toute évolution ; que toute action est suivie d'une réaction ; que le transformisme ne suit pas toujours exactement la marche de l’évolution.
En résumé, l’art de prévoir doit mettre à contribution toutes les sciences et ne doit négliger aucune étude ayant quelque rapport avec le problème à résoudre. On peut prévoir l'avenir non seulement en étudiant le présent au moyen de l'anthopographie, de l'anthropostatique, de la sociographie, de l'éthnographie, de la démographie, de la statistique, des descriptions, des voyages, des fictions littéraires; en étudiant le passé au moyen de l’anthropodynamique, de l'histoire, des études préhistoriques, de l'archéologie etde la linguistique, par le moyen des sciences abstraites, telles que la psychologie, la physiologie, la sociologie, l'ethnologie, la science de la politique et l’économie politique ; mais les sciences non anthropologiques, mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie, et les sciences concrètes qui les accompagnent sont également des
facteurs actifs du problème en ce sens que l'avenir de l’homme est déterminé par le milieu ambiant aussi bien que par sa constitution.
Dans la méthode directe, le plus essentiel est la connaissance des choses, c’est-à-dire des diverses sciences descriptives concrètes qui répondent aux questions : où? comment? combien ? Dans cette méthode, l'énumération statistique est l’idéal. Ces sciences se résument dans l’anthroprographie et la géographie, l’une étudiant l’homme, l’autre étudiant la nature. En second lieu, nous devons connaître le mouvement des choses. Nous puisons en partie ces nolions dans les sciences abstraites qui étudient leurs qualités. Toutes les qualités sensibles ne sont que des formes de mouvement. Nous puisons aussi en partie ces notions dans l’histoire et les sciences dynamiques qui indiquent la direction et la rapidité des masses en mouvement. Dans la méthode inverse, nous devrons connaitre tout d'abord les lois, les généralisations. Il serait fort utile de connaître les lois de l'univers si cela était possible, car les fins relatives que nous poursuivons doivent être en harmonie avec les fins absolues. Tout ceci est l'idéal. Dans la pratique, il faudra choisir les éléments essentiels et négliger le reste ; il faudra éludier le présent qu'il est nécessaire de parfaitement connaitre plutôt que le passé; étudier par suite plutôt l'anthropographie que l'histoire. Comme nous l'avons déjà dit, le présent est un champ d'observations el d'expériences dans la sphère dela connaissance exacte, et il nous fournira des généralisations aussi bien dynamiques que statiques.
Dans l'éthique absolue, dans la prévision de la fin dernière, l'idéal serait aussi la méthode directe, si le présent pouvait être complètement connu, et, si l’on
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pouvait utiliser tous les événements passés pour reconstruire les traits généraux de ce passé et montrer la marche de ses forces, ces données seraient suffisantes pour nous aider à prévoir les âges qui nous séparent du millénaire final. Mais, dans la pratique, les sciences abstraites nous sont plus utiles que les sciences con erètes. Nous ne pouvons savoir si la race ou le monde luimême continueront d'exister aussi longtemps que nous l'avons supposé. Étant donné que nous ne sommes pas des spécialistes en astronomie, pour nous, le meilleur moyen de nous figurer l'avenir est la connaissance de la constitution de l’homme. Aussi longtemps qu'il y aura un homme, l’homme obéira aux mêmes instincts fondamentaux, et, comme de nos jours, il agira en harmonie avec les forces cosmiques, ou bien il cessera d'exister. Mais il ne s'’écartera jamais de certaines directions qui lui ont été imprimées dans le passé, comme le montre l'étude de son évolution. Plus les lois qui le gouvernent seront universelles, et plus sa vie morale sera déterminée par elles. Par exemple, si ces lois sont les lois fondamentales de l'univers, la loi de l'indestructibilité de la matière et du mouvement aura pour corollaire cette nouvelle loi: la survivance est la fin éthique absolue. Bien plus, si la loi de l'évolution est vraie en ce qui concerne la race humaine, et l’auteur cherchera à le démontrer dans un des prochains chapitres, cela suffit pour nous prouver que l’évolution, spécialement l’évolution des idées, est une fin éthique secondaire, toujours vraie pour la race humaine, mais non pour tout l'univers considéré dans son ensemble. Pour terminer, d’après tout ce qui a été dit jusqu'ici, nous tirons la conclusion qu'on peut construire un systhème d'éthique négative plus important que tout
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système d'éthique positive. Cette éthique sera négative en ce qu'elle déterminera ce qui ne sera pas fait et ne doit pas être fait. L'éthique positive ne peut dire avec certitude ce qui sera fait, car nous ne sommes pas sûrs de voir persister les conditions qui permettent le Jeu des vertus actives. Nous ne sommes pas sûrs que le monde lui-même continuera à exister. Mais nous sommes sûrs qu'il est impossible pour l’homme d'accomplir certaines choses. La constitution de l'homme et de la nature, les limites du temps et de l’espace et les lois de l'univers étant ce quelles sont, nous sommes sûrs que rien de tout cela ne sera changé tant que l’homme et le monde existeront : l’homme ne devra pas et ne pourra pas impunément agir contrairement à elles. Le chemin est clairement indiqué aux vertus passives. Les dix commandements sont le type de la loi morale dans sa formule la plus pratique et la plus compréhensive. « Tu ne dois pas faire ceci » est une formule de la plus profonde sagesse. Les prohibilions constituent, de nos Jours comme à l'époque de Moïse, le principal rèle des institutions de contrôle morale, religion, mœurs, gouvernement. Les prédictions positives doivent être toujours suivies d'un « si »; les prédictions négatives sont plus absolues. Môme la fin morale absolue dont nous avons parlé précédemment peut ètre logiquement exprimée sous forme négalive, car elle est le résultat direct d'une généralisation négative, qui est la loi fondamentale de toute science et de toute philosophie, savoir : la matière et le mouvement sont indestructibles. Il n'y a qu'un pas à franchir pour passer de cette loi au commandement «Tu ne tueras point». La destruction du non-moi est une entreprise trop considérable dont le résultat inévitable est la destruction de mon être individuel,
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