Charles Darwin, Origin of Species
Herbert Spencer, First Principles, New-York, %e édition, chap. xIv-xvII.
2% ANTIROPOLOGIE PHILOSOPHIQUE
de collectivités, les sociétés passent-elles par des phases diverses d'évolution ? Cela est déjà une vérité évidente. Ayons donc bien présent à l'esprit ce que l’on entend par évolution. Dans la prochaine discussion, nous nous reporterons précisément à la formule de Spencert.
Les idées de la survivance des plus aptes et de l'adaptation au milieu sont aussi d’une grande importance en anthropologie. La pédagogie et les subdivisions de l’anthropologie et de la sociologie qui discutent les méthodes de réformes et de progrès sociaux doivent finalement baser leurs principes sur ces généralisations. Elles doivent comprendre l'influence relative de l'hérédité et du milieu dans la détermination du caractère humain.
Nous arrivons enfin au sujet qui contient tous les autres, à la philosophie, la science de toutes les sciences, celle qui élargit toutes les généralisations et prend l'univers pour son champ d'étude. Comme nous l'avons déjà dit, l'anthropologie philosophique et la sociologie ne sont que des subdivisions de la philosophie. Elles ressemblent plus à la philosophie qu'à la science, car elles ne s'occupent que des généralisations des sciences qui leur sont subordonnées et n’entreprennent pas l'étude directe des phénomènes de la vie individuelle ou sociale. En tant que sections de la philosophie, elles doivent être étudiées en tenant compte des autres sectons. L'homme n'est qu'une partie de l'univers et ne peut être étudié qu'avec l'aide des lois qui régissent
L. «L'évolution est une intégration de la matière etune dissipation concomilante de mouvement, pendant laquelle la matière passe d'un état d'homogénéité indéfinie et incohérente à un état d'hétérogénéité définie et cohérente, et pendant laquelle le mouve-
mentnon utilisé passe par une transformation parallèle, » Herbert Spencer, First Principles, 4° édition, New-York, p. 334.
l'ensemble du monde. Toutes les écoles philosophiques, positivistes ‘ou idéalistes, ont eu leur philosophie de la nature humaine, de ses rapports avec les choses ambiantes, de sa destinée et de ses devoirs. On ne peut pas douter que, par la largeur de leurs vues, ces systèmes n'offrent un important moyen de contrôle et de correction et ne fournissent des idées de la plus grande valeur qui servent à compléter et à éprouver les généralisations tirées par induction des sciences anthropologiques et sociales.
C'est la philosophie qui a admis, si elle ne les a pas formulées, les lois physiques, chimiques, biologiques indiquées précédemment, et les a rendues universelles. L'universalité de causation est le dernier mot qui fera de l'anthropologie une science véritable. On ne peut se rendre compte de l'importance capitale de cette loi qu'en considérant la portée qu'elle a dans la doctrine psychologique du libre arbitre et dans les théories sociales et politiques qui s'appuient sur cette doctrine. Mais partout où la science a gagné en certitude, la morale et la religion ont perdu leurs appuis d'autrefois. Jamais le besoin ne s'était fait sentir plus que maintenant d’avoir des vues audacieuses et lointaines, et en même temps de pénétrer sérieusement et respectueusement dans ces vénérables domaines de la pensée. C'est imbu de cet esprit que l'auteur a pris la plume, quelque imparfait que doive être son livre.