CHAPITRE III
Si la science doit être étudiée non pour elle-même, mais pour ses applications, comme art, l'art doit diriger le travail et les méthodes de la science, lui poser ses problèmes et admettre, sinon fixer luimême, son mode de raisonnement logique. Par suite et dans la science qui nous occupe particulièrement, si l'anthropologie existe en vue de l'éthique, c'est à l'éthique que l'on doit penser avant tout dans un chapitre traitant de la « méthode ». Il faut, en premier lieu, déterminer ses besoins et ses nécessités. Ce n'est pas ainsi que l'entendent ordinairement les traités de logique. En fait, les méthodes de morale et d'art sont en général complètement absentes des ouvrages sur la logique. L'auteur espère que les pages qui vont suivre seront le premier acheminement non seulement vers une logique de l'art, mais vers la philosophie de Fart. Car la détermination d'une nouvelle méthode est généralement un pas décisif dans la création d'une nouvelle science. Ce chapitre-ci considérera les méthodes de l'art et de l'éthique tout d'abord en tant que pratique, puis comme prévision et détermination des fins. Nous étudierons ensuite les méthodes des sciences les
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plus abstraites et les plus générales de la vie humaine, c'est-à-dire de l'anthropologie philosophique elle-même, de ranthropostatique et de l'anthropodynamique. Enfin viendront les méthodes des sciences anthropologiques concrètes : V celles qui étudient le présent; 2' celles qui s'occupent du passé.
Il sera bon de donner quelques explications préliminaires. La façon dont l'auteur étudie la méthode est déterminée par deux points de vue et devra être considérée à ces deux points de vue. Elle dépend : r de sa théorie anthropologique générale, qui, naturellement, ne pourra être complètement exposée qu'au cours du volume entier; 2° de ses hypothèses tirées delà philosophie générale et dont la plus importante, dans la question qui nous occupe, est son hypothèse déterministe. A son avis, la méthode à suivre en morale doit reconnaître l'inQuence de la fatalité dans les actions humaines. Ajoutons que nous avons, en apparence, laissé de côté, de propos délibéré, dans ce chapitre, le langage et les conceptions habituelles de la logique, parce que nous sommes convaincus que la logique devrait être écrite de nouveau en se plaçant davantage au point de vue de la nouvelle psychologie. Peut-être le système compliqué des ligures et des modes du syllogisme peut-il être entièrement réduit à un système d'images mentales. Puis le lecteur rencontrera ce qui lui semblera être une erreur plus grande encore dans un ouvrage de logique : une discussion d'imagination, plus à sa place, semblerait-il, en poésie que dans une science exacte. Sur ce point, l'auteur invoquera pour sa défense certaines publications célèbres parues récemment sur l'emploi de l'imagination dans la science. L'art de bien pcnseï ressemble, selon lui, à tous les autres
arts et doit passer par l'état idéal avant d'arriver à l'état pratique et réel. Toute action n'est qu'une adaptation et une réalisation imparfaite d'un idéal. Si l'on sépare strictement et consciemment l'idéal du réel, si, tout en considérant l'idéal comme impossible à atteindre, on admet que le réel est inspiré et guidé par l'idéal, on se trouvera dans les meilleures conditions de succès. Quel est l'idéal dans les méthodes anthropologiques? Etant données notre ignorance et les lois de la pensée telles qu'elles sont connues actuellement, ce serait supposer que notre esprit est doué d'une rapidité et d'une exactitude de conception infiniment puissantes, ce serait croire que nous disposons d'occasions infinies pour recueillir les faits, que nous possédons une puissance énorme et que nous avons sous la main tous les engins propres à nous aider dans nos recherches et à supprimer la distance. Quand je parle de la suppression du temps ou de l'espace, je ne veux pas dire qu'on puisse faire renaître le passé ni voir l'avenir avant qu'il soit devenu le présent. Dans un univers comme le nôtre, de telles spéculations seraient vaines. Mais ayant devant les yeux cet idéal concevable qui se réalisera de plus en plus dans la suite des âges grâce aux travaux scientifiques et philosophiques, la question que nous nous poserons immédiatement sera la suivante : Que pouvons-nous pratiquement faire? Avec notre pauvre intelligence, dont la puissance est si bornée, avec le peu de matériaux dont nous disposons, avec notre isolement relatif en ce qui concerne la division du travail, que vaut-il mieux faire? Quels sont les facteurs essentiels du problème que je puis attaquer avec quelques chances de le résoudre? Quels sont les détails innombrables que je devrai entièrement négliger? C'est autour de ces
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deux énigmes, Fidéal el la réalisable, qu'évoluera toute la discussion future.
Enfin il nous faut poser quelques définitions et énoncer quelques opinions avant de les discuter à fond dans le chapitre x. Nous pouvons grosso modo indiquer le domaine et les divisions de l'éthique en définissant les expressions suivantes : éthique de V univers^ « éthique considérée en tant qu'action», ou pratique; éthique traditionnelle ^ ou « science de la morale » ; « éthique considérée en tant que prévision^^^ éthique pratique, ^n premier lieu, souvenons-nous que dans cet ouvrage Téthique est identifiée plutôt avec l'artqu'avec la science, qu'elle correspond plutôt à l'action qu'à la connaissance, au côté volitif plutôt qu'au côté réprensentatif de la nature humaine. Le domaine de l'action est l'avenir, le domaine de la science ou de la connaissance est le passé et le présent. Tout d'abord, l'éthique de l'univers est la conception la plus large de l'avenir considéré comme objet de pensée. Dans le domaine de l'éthique, comme dans celui de la science, peut rentrer l'univers entier. En vérité, aucun autre mode de conception des choses n'est complet au point de vue philosophique, et il n'y a pas d'autre moyen d'estimer exactement les forces cosmiques, les forces non humaines et les forces humaines qui concourent à la production de la fin morale. Mais ce n'est pas ce que l'auteur se propose d'étudier. Cette façon d'envisager l'éthique supposerait comme condition préliminaire la connaissance parfaite de toute science et de toute philosophie. Le terme àe pratique s'appliquera à une conception plus philosophique de l'éthique bien mieux que le terme d'éthique lui-même, tel qu'il est généralement employé. Embrassant par définition le champ entier de l'action humaine, elle
épuise la conception de l'éthique de la vie humaine, car elle reconnaît comme coopérant à la poursuite de la fin morale des activités qu'on avait jusqu'ici considérées comme dépourvues de toute qualité morale. Jusqu'à un certain point, elle reconnaît aussi la coopération de forces non humaines dans la mesure oii elle étudie l'homme dans ses relations avec le milieu ambiant. Ainsi définie, l'éthique nécessiterait comme préparation préliminaire un emploi des sciences non anthropologiques, emploi impossible dans le présent ouvrage. Par suite, la pratique ne serait pas en morale notre sujet principal, bien que nous dussions souvent l'employer comme un correctif puissant de cette dernière. Le terme d'éthique lui-môme sera restreint au sens vulgaire et signifiera l'art de se bien conduire au point de vue traditionnel. En réalité, l'expression « se bien conduire » comprend la conduite dans toutes les occasions de la vie, mais nous restreindrons le sens du terme de « conduite éthique » ou de « conduite morale » à la conduite qui est accompagnée de la conscience d'une obligation. Il est inutile de dire que l'éthique ou la morale ainsi définies peuvent être étudiées par le philosophe à un point de vue déterministe, c'est-à-dire considérées objectivement. Au point de vue subjectif, au contraire, le sujet considère les actions comme librement accomplies. L'éthique peut se diviser en éthique de prévision et en éthique d'action. La première est cette partie de la morale qui étudie les fins, le souverain bien et les fins relatives. Au point de vue déterministe, le philosophe n'a pas d'autres fins à considérer que les fins inévitables et les résultats naturels des forces cosmiques et humaines actuellement enjeu. Par suite, la détermination de ces fins consiste dans la détermina-
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tion d'une résultante de forces. On peut dire que l'éthique, en tant que prévision, s'applique à tout le domaine de la morale considérée à un point de vue positiviste, puisqu'une philosophie idéale de l'action, établie de la façon idéale précédemment indiquée, pourrait rendre parfaitement compte aussi bien des moyens que des fins. S'il est objectivement vrai que cette philosophie épuise le champ de la méthode en morale, il est subjectivement vrai qu'il y a une éthique pratique, c'est-à-dire une éthique de l'action. Subjectivement, l'idée de fin ou de résultat précède l'idée de moyen ou de cause. Objectivement, la cause précède l'effet. La méthode de cette éthique dont nous avons parlé en dernier lieu, de cet art de l'action, sera étudiée tout d'abord à cause de son peu de rapport avec le reste du chapitre. D'autre part la discussion de la méthode de prévision qui va suivre nous conduit aux lois et aux généralisations dans les sciences servant de base aux prévisions, et nous fait passer en revue les méthodes de toutes les divisions abstraites ou concrètes de l'anthropologie.
Tout d'abord, il faut considérer la marche suivie par l'esprit de l'artiste ou du sujet moral agissant.
Cela a une grande importance pour la grande masse de l'humanité aussi bien dans ses arts et dans ses occupations ordinaires que dans ses efforts pour atteindre à une vie morale. Les efforts de l'humanité recevraient un appui précieux, si la marche essentielle de l'œuvre à accomplir était claire et consciente. Quand les individus bien doués attendent l'inspiration et que la grande masse accumule les erreurs sans avoir conscience d'une méthode meilleure, il semble que le plus grand progrès que puisse accomplir l'évolution humaine
doive suivre l'apparition d un Sluart Mill dans la logique de l'art et d'un Bacon dans la philosophie de l'art. La praxéologie et la pratique, qui sont Tune la science, l'autre l'art de l'action humaine, sont le couronnement de la philosophie de l'avenir. Tout importantes qu'elles soient, il ne leur sera consacré qu'une place restreinte dans ce chapitre, étant données les nombreuses divisions de l'anthropologie qu'il nous reste à étudier. La méthode de la praxéologie sera examinée brièvement dans ses rapports avec celle de l'anthropodynamique. La méthode de la pratique peut se résoudre dans le développement suivant: 1** idées d'une fin; 2" désir de l'atteindre; 3« idée des moyens nécessaires pour l'atteindre, matériaux, moyens, processus ; 4° choix des moyens ; 5° volition à l'état complet ou action. Comme des volitions répétées donnent plus d'habileté par ce que l'action devient rétlexe, il faut ajouter une 6^ phase, l'accoutumance. On peut diviser ces phases en phases purement volitives : la deuxième, la quatrième et la cinquième, et en phases intellectuelles : la première et la troisième. Les premières dépendent des dernières. En d'autres termes, la pensée se transforme mécaniquement en action, avec plus ou moins de facilite selon le degré d'habitude. Par suite, deux choses sont indispensables dans la pratique : 1^ acquérir des idées (idées de fins et de moyens); 2" acquérir de l'habileté (par des désirs, choix, actions répétées); ce sont là les deux parties de l'éducation dans tout art. Le type auquel appartiendra un artiste dépendra de la prédominance de tel ou tel de ces éléments dans son œuvre. Sont-ce les idées? 11 sera un chef de travaux, uji entrepreneur. Est-ce l'habileté mécanique? Il sera un subordonné, un ouvrier habile peut-être, sans grande
initiative. Mais ces deux types ne correspondent pas en art à la faculté d'invention et d'imitation. Le directeur peut être un simple imitateur. Il peut emprunter aux autre ses idées de moyens et de fins grâce à Tobservation ou grâce à ses lectures. La différence entre ses idées et celles du subordonné réside dans le degré de généralité plutôt que dans le mode d'acquisition.
Une invention est naturellement une idée nouvelle, créée jusqu'à un certain point par l'artiste qui est devenu inventeur. Les idées d'invention peuvent se rapporter aux moyens aussi bien qu'aux fins. Elles sont rares comparées aux idées d'imitation, quoiqu'elles ne le soient pas tant que l'ont pensé certains sociologues. Quelle est la logique de l'invention? Nous atteindrons Tessentielle de notre réponse si nous expliquons la formation d'une idée nouvelle. Une idée nouvelle naît toujours de la comparaison de deux idées anciennes. Si nous disons qu'une invention a de la valeur, c est-àdire qu'elle est un moyen pour arriver à certaines fins, il est évident qu'une des idées qui ont du occuper précédemment notre esprit est l'idée d'une fin, grande ou petite. Il est évident aussi que la fécondité de l'esprit dans la production des idées dépendra, toutes choses égales d'ailleurs, de la puissance d'information de l'inventeur. L'invention se réduit donc elle-même, en partie, à un élargissement du milieu, et on doit attendre les idées les plus nouvelles de ceux qui possèdent les combinaisons d'expérience les plus nouvelles. Il est encore d'autres qualités indispensables à l'inventeur : l'élasticité de l'esprit qui caractérise les races jeunes plutôt que les races usées et qui vient d'une surabondance d'énergie. Un grand inventeur est un agent moral. Celui qui invente une machine épargnant une
grande somme d'énergie humaine dans la satisfaction des besoins humains s'identifie lui-même avec les forces maîtresses de l'univers, aussi bien que le fondateur d'une nouvelle religion.
L'éthique, considérée en tant que prévision, a une certaine analogie avec Fart de l'invention : elle cherche à découvrir les forces dominantes de l'univers et à déterminer les fins et les lois auxquelles la pratique doit obéir pour arriver à cette identification, à cette harmonie de l'homme et des forces cosmiques. Avec l'éthique considérée comme prévision nous arrivons à la matière du reste du chapitre. On peut dire que les données que cet art utilise constituent les fins que les spécialistes doivent atteindre dans les sciences anthropologiques. Or c'est la fin qui détermine les moyens à employer dans ces dernières. L'éthique considérée en tant que prévision comprend en un sens la division précédente de l'éthique considérée comme action : car il faut prévoir aussi bien les moyens que les fins. Il faut tout cela pour établir l'enchaînement des causes.
Les connaissances qui sont idéalement nécessaires pour prédire l'avenir immédiat de l'art comprendraient, par suite, la connaissance de l'esprit de l'artiste, de ses idées de fins et de movens, et de son habileté. L'art, par conséquent, n'est art qu'à un point de vue seulement, c'est-à-dire subjectivement; il est science à un autre point de vue, c'est-à-dire lorsqu'on le considère objectivement. Pour l'artiste c'est l'art, pour l'anthropologiste ou le psychologue c'est la science qui explique l'artiste et son œuvre. L'artiste peut bien lui-mêrtie étudier l'art, il peut étudier ses propres actes, à deux points de vue, subjectivement et objectivement, au
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56 AISTHROPOLOGIE PHILOSOPHIQUE
point de vue de la science et au point de vue de l'art. Ce qui est Fart pour l'être agissant dans le présent et dans l'avenir devient, dès que l'on passe du présent au passé, un sujet d'étude pour la science et peut être étudié avec profit par le môme artiste. L'éthique en tant que prévision embrasse la prévision d'un avenir immédiat aussi bien que celle d'un avenir fort éloigné ; en d'autres termes , une discussion des fins relatives aussi bien que des fins absolues. Gomme, dans les pages qui suivront, l'auteur fera souvent usage de ces termes, il faut indiquer brièvement le sens qu'il y attache. L'avenir immédiat commence à l'instant actuel, mais le plus souvent ce terme désignera les années qui vont s'écouler et qui constituent le temps d'expérience de la génération actuelle, mettons par exemple les quinze années prochaines. L'avenir extrême et les fins absolues appartiennent aux ultimes périodes de l'histoire de l'humanité. Nous pouvons leur donner le nom de millénaire final. 11 est admis par hypothèse que les conditions cosmiques mettront un jour un terme à la vie de la race humaine. Dans combien de milliards d'années cela arrivera-t-il ? L'astronome de l'avenir sera plus à môme de le déterminer que celui de notre époque. Ici nous faisons une autre supposition : c'est que les derniers âges seront un millénaire dans le sens attaché jadis à ce mot, à condition que l'évolution humaine continue jusqu'à extinction de la race. Une autre époque à laquelle nous ferons allusion, parce qu'elle est plus près de nous, est celle qui a été décrite dans plusieurs ouvrages utopiques, l'an 2.000.
Gomme nous l'avons déjà fait entendre, il y aura dans notre étude une distinction entre les méthodes idéales et les méthodes pratiquement applicables.
Après avoir considéré les méthodes qu'on peut qualifier d'idéales, nous examinerons les modifications qu'il faut leur faire subir dans nos conditions de travail actuelles. Nous ferons aussi une proposition qui paraîtra un peu 6tran«^e et qui relève de méthodes idéales plutôt que de méthodes pratiques, nous proposerons d'introduire la précision des mathématiques dans la terminologie de la prévision. On trouvera là une ressemblance avec l'application du calcul des probabilités à l'action humaine, calcul dans lequel les philosophes et les logiciens ont commis de grandes erreurs. Mais nous n'avons pas l'intention de faire un exposé de possibilités, mais un exposé scientifique : nous exposerons seulement le degré d'exactitude que le spécialiste reconnaîtra lui-môme à ses conclusions. Nous proposerons les définitions suivantes, arbitraires et très artificielles, de quelques termes usuels : « certain », « le plus haut degré de probabilité », « absolument impossible », indiquent 95 ou 99 fois sur 100 que le jugement est correct ; « très probable », « haut degré de probabilité », 90 à 95 chances sur 100; « probable », 75 chances ; « plutôt probable », « incertain mais probable », 60 chances; « simplement probable », 55 chances; « possible », 50 chances; « impossible », moins de 50. Si ces termes sont employés par un faiseur de prophéties inexact et incompétent, ils n'ont aucune valeur, mais ils en auront une véritable dans les ouvrages d'un spécialiste dont la compétence aura été établie par l'exactitude de ses conclusions et une infaillible sûreté de jugement et d'estimation combinées à une connaissance exceptionnellement approfondie de son sujet d'étude. Elles auraient encore plus de valeur si le spécialiste faisait suivre ses estimations d'une énumération et d'une évaluation des
forces principales qui sont les facteurs du problème. D'autres pourraient ensuite voir par eux-mêmes s'il a négligé des forces d'une haute importance. De plus, le spécialiste fera une distinction entre les questions dont il a une grande expérience et une connaissance approfondie et celles dans lesquelles, de son propre aveu, il y a des éléments de haute importance qui lui ont échappé ou dont il n'a pas déterminé la valeur.
Il y a deux mélhodes pour prévoir ou pour déterminer la fin morale. On peut les désigner par les termes de méthodes directe et inverse de prévision. La méthode directe raisonne en allant des causes aux efTets ; la méthode inverse remonte des elTets aux causes. La méthode directe est la plus idéale pour les prévisions d'un avenir immédiat. La méthode inverse est peutêtre la plus pratique. Etant donné que les causes existent toutes à l'heure actuelle, il suffit, au point de vue idéal, de déterminer l'intensité de chacune des forces concourantes et de déterminer mathématiquement leur résultante. Il est probable que cela ne pourra jamais être réalisé dans le problème humain. Mais, jusqu'à un certain point, on peut déterminer les forces principales, celles qui contribuent le plus à- produire l'effet. Certaines d'entre elles peuvent être réduites à des notations mathématiques, c'est-à-dire à une forme statistique. Par exemple, les résultats de la récente guerre cubaine pouvaient être conjecturés d'après les mouvements de certaines masses, de volume et de vitesse déterminées, d'après le chiffre total des armées, la qualité et la quantité des munitions, la valeur des moyens de transport et de ravitaillement, le chiffre des réserves militaires dont on pouvait disposer. Le choc de pareilles forces se rencontrant ne pouvait donner
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qu'un résultat unique. Mais, même dans ce cas, il y avait des forces indéterminées forts inquiétantes pour les spécialistes : les orages et la maladie, choses si fréquentes sous les tropiques en cette saison et la situation inconnue de la flotte espagnole. Ce ne sont pas seulement les forces militaires des grandes nations qui peuvent être ramenées à des statistiques, mais aussi les forces productrices ayant pour résultat une suprématie industrielle. On peut même évaluer les forces morales et intellectuelles d'un pays par le nombre des églises, des écoles, des publications scientifiques. D'après
ces exemples, on peut deviner la pensée de l'auteur. A son avis, les sciences descriptives concrètes, qui étudient le présent, l'anthropographie, et surtout les sciences dans le genre de la statistique qui font usage des mélhodes mathématiques sont les principales sciences sur lesquelles doit s'appuyer l'art de la prévision. Nous considérons ici que l'anthropographie comprend l'étude, non pas seulement des phénomènes existant au moment présent, mais embrasse toutes les expériences de la génération actuelle, c'est-à-dire, en chiffres ronds, remonte de l'époque actuelle jusqu'à la limite d'une demi-génération, à quinze années par conséquent. Dans ces expériences rentre l'observation des relations dynamiques aussi bien que statiques et une étude des causes et des effets, plus exacte que ne peut l'être une étude basée sur l'histoire et sur les données des autres sciences. Ceux-là seuls auront une idée vraie de la valeur de beaucoup des forces humaines qui participeront ou assisteront à leur action et qui pourront déployer tous leurs talents d'observation à analyser eux-mêmes la situation au lieu de se contenter des données extrêmement incomplètes fournies par les
historiens. Tandis que l'anthropographie est la principale science concrète sur laquelle doit s'appuyer la prévision, ce n'est pas la science abstraite correspondante, l'anthropostatique, qui fournit les lois et les généralisations les plus importantes, mais bien lanthropodynamique. Ce ne sont pas, pour parler exactement, des lois de l'équilibre, car l'équilibre n'existe pas. Toutes les choses sont en mouvement, et les lois du mouvement sont déterminées par la dynamique. L'uniformité de coexistences de faits n'indique nullement que ce sont elles les causes principales et les effets principauxparmi les facteurs coexistants. Nous devons examiner ceux des facteurs qui précèdent et ceux qui suivent; en un mot, nous devons étudier l'histoire, l'évolution, la dynamique. Ces dernières sciences sont des plus utiles à l'anthropographie dans l'art de la prévision. Mais les lois auxquelles on arrive en les employant doivent être contrôlées par d'autres sciences. La psychologie et la physiologie doivent examiner si leurs conclusions sont d'accord avec la constitution humaine. La philosophie générale dira si elles sont d'accord avec la constitution de la nature. En d'autres termes, quand on emploiera l'induction, toutes les considérations déductives devront servirde moyens de contrôle à la méthode directe.
Dans la méthode inverse, on procède absolument de la façon opposée. On arrive par déduction à des hypothèses sur ce que sera l'avenir, et ces hypothèses sont soumises au contrôle des sciences qui étudient les forces existantes. A juger d'après les faits, que doit-on préfé-. rer ? On peut, pour quelques sciences, arriver à formuler ces hypothèses. Parfois elles paraissent avoir leur origine, dans la pure imagination dans l'instinct poétique,
dans l'imagination créatrice plutôt que dans la science. Le genre d'étude qui les fait naître avec le plus d'abondance est peut-être la dynamique. Leundixime: préjuge de l'avenir d'après le passé, est probablement aussi vieille que la philosophie elle-même. L'histoire a toujours été un fonds oii non seulement les hommes d'Etat, mais tous les hommes d'action, ont puisé leur inspiration. La nouvelle hypothèse évolutionniste est celle qui dans toute l'histoire des sciences modernes a suscité le plus de faiseurs d'hypothèses. Mais on se rend compte peu à peu qu'elle ne se suffit pas par elle-même etqu'elle doit être corroborée par d'autres sciences biologiques. Dans tout le bruit fait autour de l'évolution, nous avons oublié qu'une désagrégation accompagne toute évolution ; que toute action est suivie d'une réaction ; que le transformisme ne suit pas toujours exactement la marche de l'évolution.
En résumé, l'art de prévoir doit mettre à contribution toutes les sciences et ne doit négliger aucune étude ayant quelque rapport avec le problème à résoudre. On peut prévoir l'avenir non seulement en étudiant le présent au moyen de Fanthopographie, de l'anthropostatique, de la sociographie, de l'ethnographie, de la démographie, de la statistique, des descriptions, des voyages, des fictions littéraires ; en étudiant le passé au moyen de l'anthropodynamique, de l'histoire, des études préhistoriques, de l'archéologie et de la linguistique, par le moyen des sciences abstraites, telles que la psychologie, la physiologie, la sociologie, Tethnologie, la science de la politique et l'économie politique; mais les sciences non anthropologiques, mathématiques, astronomie, physique, chimie, biologie, et les sciences concrètes qui les accompagnent sont également des
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facteurs actifs du problème en ce sens que Tavenir de l'homme est déterminé par le milieu ambiant aussi bien que par sa constitution.
Dans la méthode directe, le plus essentiel est la connaissance des choses, c'est-à-dire des diverses sciences descriptives concrètes qui répondent aux questions : où? comment? combien? Dans cette méthode, l'énumération statistique est l'idéal. Ces sciences se résument dans Fanthroprographie et la géographie, Tune étudiant l'homme, l'autre étudiant la nature. En second lieu, nous devons connaître le mouvement des choses. Nous puisons en partie ces notions dans les sciences abstraites qui étudient leurs qualités. Toutes les qualités sensibles ne sont que des formes de mouvement. Nous puisons aussi en partie ces notions dans l'histoire elles sciences dynamiques qui indiquent la direction et la rapidité des masses en mouvement. Dans la méthode inverse, nous devrons connaître tout d'abord les lois, les généralisations. 11 serait fort utile de connaître les lois de l'univers si cela était possible, car les fins relatives que nous poursuivons doivent être enharmonie avec les fins absolues. Tout ceci est l'idéal. Dans la pratique, il faudra choisir les éléments essentiels et négliger le reste; il faudra étudier le présent qu'il est nécessaire de parfaitement connaître plutôt que le passé ; étudier par suite plutôt l'anthropographie que l'histoire. Gomme nous l'avons déjà dit, le présent est un champ d'observations et d'expériences dans la sphère delà connaissance exacte, et il nous fournira des généralisations aussi bien dynamiques que statiques.
Dans l'éthique absolue, dans la prévision de la fin dernière, l'idéal serait aussi la méthode directe, si le présent pouvait être complètement connu, et, si l'on
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pouvait utiliser tous les événements passés pour reconstruire les traits généraux de ce passé et montrer la marche de ses forces, ces données seraient suffisantes pour nous aider à prévoir les âges qui nous séparent du millénaire final. Mais, dans la pratique, les sciences abstraites nous sont plus utiles que les sciences con crêtes. Nous ne pouvons savoir si la race ou le monde luimême continueront d'exister aussi longtemps que nous l'avons supposé. Etant donné que nous ne sommes pas des spécialistes en astronomie, pour nous, le meilleur moyen de nous figurer l'avenir est la connaissance de la constitution de l'homme. Aussi longtemps qu'il y aura un homme, l'homme obéira aux mêmes instincts fondamentaux, et, comme de nos jours, il agira en harmonie avec les forces cosmiques, ou bien il cessera d'exister. Mais il ne s'écartera jamais de certaines directions qui lui ont été imprimées dans le passé, comme le montre l'étude de son évolution. Plus les lois qui le gouvernent seront universelles, et plus sa vie morale sera déterminée par elles. Par exemple, si ces lois sont les lois fondamentales de l'univers, la loi de l'indestructibilité de la matière et du mouvement aura pour corollaire cette nouvelle loi : la survivance est la fin éthique absolue. Bien plus, si la loi de l'évolution est vraie en ce qui concerne la race humaine, et l'auteur cherchera à le démontrer dans un des prochains chapitres, cela suffit pour nous prouver que l'évolution, spécialement l'évolution des idées, est une fin éthique secondaire, toujours vraie pour la race humaine, mais non pour tout l'univers considéré dans son ensemble. Pour terminer, d'après tout ce qui a été dit jusqu'ici, nous tirons la conclusion qu'on peut construire un systhème d'éthique négative plus important que tout
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système d'éthique positive. Celte éthique sera négative en ce qu'elle déterminera ce qui ne sera pas fait et ne doit pas être fait. L'éthique positive ne peut dire avec certitude ce qui sera fait, car nous ne sommes pas sûrs de voir persister les conditions qui permettent le jeu des vertus actives. Nous ne sommes pas sûrs que le monde lui-même continuera à exister. Mais nous sommes sûrs qu'il est impossible pour l'homme d'accomplir certaines choses. La constitution de l'homme et delà nature, les limites du temps et de l'espace et les lois de l'univers étant ce quelles sont, nous sommes sûrs que rien de tout cela ne sera changé tant que l'homme et le monde existeront : l'homme ne devra pas et ne pourra pas impunément agir contrairement à elles. Le chemin est clairement indiqué aux vertus passives. Les dix commandements sont le type de la loi morale dans sa formule la plus pratique et lapins compréhensive. « Tu no dois pas faire ceci >- est une formule de la plus profonde sagesse. Les prohibitions constituent, de nos jours comme à l'époque de Moïse, le principal rôle des institutions de contrôle morale, religion, mœurs, gouvernement. Les prédictions positives doivent être toujours suivies d'un « si >,; les prédictions négatives sont plus absolues. Même la fin morale absolue dont nous avons parlé précédemment peut être logiquement exprimée sous forme négative, car elle est le résultat direct d'une généralisation négative, qui est la loi fondamentale de toute science et de toute philosophie, savoir : la matière et le mouvement sont indestructibles. 11 n'y a qu'un pas à franchir pour passer de cette loi au commandement <■ Tu ne tueras point» . La destruction du non-moi est une entreprise trop considérable dont le résultat inévitable est la destruction de mon être individuel.
En comparant les conclusions auxquelles nous sommes arrivés, nous pouvons dire que l'avenir immédiat est plus évident pour nous que l'avenir éloigné et que les fins et les obligations relatives sont plus certaines que la fin éthique absolue. Dans les prédictions, il est plus facile d'indiquer le premier résultat qui sera obtenu que le millième. Nous serons moins gênés dans nos calculs par les grandes forces de l'avenir, qui sont maintenant si insignifiantes qu'on pourrait pratiquement ne pas en tenir compte. Dans la pratique et pour employer le langage traditionnel de l'éthique, nous avons des idées plus certaines sur nos devoirs immédiats que sur le souverain bien, et la religion pratique de la vie de chaque jour est préférable à celle qui n'envisage que le monde futur. L'éthique des masses sera plutôt religieuse qu'absolue ou philosophique. Il leur faut poursuivre certains buts, les buts altruistes par exemple, quoiqu'elles ne puissent se les expliquer rationnellement. Seuls les peuples qui agiront ainsi pourront continuer à vivre. Mais une telle conduite sera soit dictée par des sentiments héréditaires, soit imposée par la sanction de l'autorité. Ce sera donc aux moralistes et à ceux qui gouvernent l'opinion publique, aux inventeurs de systèmes moraux ou religieux, d'avoir une philosophie de l'éthique, une explication consciente des fins absolues. Si leur sagesse ne suffit pas à leur montrer clairement la large ligne de conduite qui s'harmonise avec les forces dominantes de l'univers, eux et leurs peuples seront rejetés ou submergés par le flux incessant du progrès.
Nous pouvons ranger tout ce que Fart demande à la science en deux catégories différentes : l'* les faits ; 2" les lois. L'art considéré comme pratique a besoin de con-
naître des faits relatifs aux corps et aux forces existantes, c'est-à-dire les matériaux et les instruments, dans leurs rapports de situation, de quantité et de nombre. Dans l'éthique considérée comme prévision et dans la délerminaiton des fins, la connaissance de tels faits est une base nécessaire au calcul des résultantes et à l'appréciation des possibilités. Les lois des relations causales, la connaissance de certains couples causaux (c'est-à-dire antécédent et conséquent apparaissant généralement ensemble) est également nécessaire, afin que dans la pratique l'artiste sache que certaines causes sont suivies de certains effets, et afin que dans la prévision le philosophe sache que certains phénomènes sont suivis de certains autres. Les faits mentionnés plus haut seront fournis par l'anthropographie, l'histoire et la géographie, c'est-à-dire par les sciences descriptives et historiques ; les lois seront fournies par l'anthropodynamique, c'est-à-dire par les sciences abstraites qui étudient les phénomènes de succession. La science de l'anthropostatique est, par suite, de valeur très inférieure à la science de l'anthropographie et de l'anthropodynamique. De ces dernières, l'anthropographie est peut-être plus importante dans l'art de la pratique et dans l'éthique relative. L'anthropodynamique est plus importante en éthique absolue.
La discussion des méthodes de l'éthique et des arts anthropologiques a tenu tant de place que nous ne pourrons pas discuter aussi à fond les méthodes des sciences anthropologiques. Mais ce n'est pas d'une aussi grande nécessité. Stuart Mill et plusieurs anthropologistes ont tellement épuisé le sujet qu'il n'y a plus rien de bien neuf à dire. Nous supposerons dans ce chapitre que
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les résultats de cette discussion sont admis d'avance et connus du lecteur. Dans tout ce que nous ajouterons, nous nous placerons plutôt au point de vue anthropologique qu'au point de vue sociologique.
La méthode générale de toute science et de la philosophie elle-même considérée comme science des sciences est la méthode inductive. La déduction est quelque chose de secondaire; idéalement, elle n'est qu'une partie de l'induction. L'esprit idéal, doué de facultés illimitées, dont nous parlions dans une des pages qui précèdent, s'il travaillait sans aucune coopération, édifierait une philosophie complète basée sur la connaissance
complète de tout ce qui existe dans le présent et sur l'interprétation parfaite de toutes les données relatives au passé. La science déductive ne serait pas nécessaire, parce que toutes les sciences seraient développées par induction et que leurs généralisations seraient synthétisées dans les généralisations encore plus hautes de la philosophie. Ce qui nécessite les déductions, c'est la division du travail, bien que les esprits qui travaillent en commun et que leurs conditions de travail soient, par supposition, de nature idéale. Chacun de ces esprits est versé dans tel ou tel domaine de la science, et il dépend des spécialités de chacune des autres divisions, auxquelles il emprunte les généralisations qui lui sont nécessaires dans l'étude de sa spécialité. Admettant la vérité des résultats auxquels sont parvenus les autres, il en déduit d'autres vérités. Les procédés idéaux de la science philosophique en général et de l'anthropologie philosophique en particulier peuvent être divisés en trois phases : observation, classification et lois. La première analyse les phénomènes de première main, non seulement dans l'anthropologie elle-même, mais
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dans toutes les sciences qui sont nécessaires pour comprendre la coopération des forces dont s'occupe l'anthropologie. Elle comprend les observations rétrospectives ou études du passé aussi bien que l'étude du présent. Sa méthode est surtout analytique. Il y a d'étroites relations entre elle et les procédés de classification, qui, eux, sont seulement des moyens intermédiaires mais essentiels à l'établissement des lois : car les lois se servent des concepts. La méthode de la classification est synthétique. On arrive par la synthèse et la généralisation à la troisième phase, la phase des lois de cause et d'effet, c'est-à-dire des lois déterminant l'ordre de succession; mais c'est une synthèse non d'individus, comme dans la classification, mais de ce que nous avons appelé couples causaux ou successions. Ces couples observés dans le présent et dans l'histoire sont comparés et rangés par classes. Le concept de ce genre est notre représentation de ce que nous appelons la loi de cause et d'effet par rapport aux phénomènes en question. Nous pouvons dire ici que des types particuliers concrétisent les conclusions des sciences abstraites, aussi bien que celles des sciences concrètes classificatrices. Dans la science concrète, le type a toutes les qualités qui sont communes à tous les individus et n'a aucune des qualités qui ne sont pas communes à tous. Les sciences abstraites n'étudient qu'une qualité ou qu'un nombre restreint des qualités qui sont l'apanage d'une classe d'êtres particulière. Mais leurs objets d'étude sont également réels, et la méthode idéale de ces sciences est l'induction, l'étude approfondie des individus et la généralisation basée sur cette étude. Considérées à ce point de vue, chaque science concrète et chaque science abstraite traversent
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trois phases : un état descriptif et deux états généralisateurs aboutissant l'un à une classification, l'autre à la détermination des lois. Considérons la dernière phase, celle des sciences explicatives, c'est-à-dire le plus haut développement, ou l'aspect le plus philosophique des sciences abstraites qui étudient la nutrition, la reproduction, et les autres activités humaines, les sciences de l'éducation et du gouvernement, et les autre formes du contrôle, et les sciences plus compréhensives de la physiologie, psychologie, sociologie, morale, et enfin de l'anthropologie philosophique elle-même considérée comme une philosophie basée sur les sciences anthropologiques. La méthode générale de ces sciences devra aboutir à des lois, comme celle de cause et d'effet, et serait, idéalement parlant, le résultat d'une induction compréhensive du présent et de toutes les données relatives au passé. En pratique, quelle est la division du travail qui est applicable dans ce domaine, en considérant spécialement les particularités subjectives des spécialistes de chaque science et leur éducation préliminaire? Il y aura une première division générale à établir entre celles qui emploient la méthode historique et celles qui étudient le présent. Le premier groupe de spécialistes appuie ses généralisations sur les données fournies par un autre groupe d'historiens, spécialistes des sciences concrètes et vérifiant seulement les faits. En comparant l'histoire des différents peuples et des différentes époques, les premiers généralisent les couples de causes, pour employer le terme proposé plus haut; ils construisent une philosophie de l'histoire. Les résultats de la méthode historique ne peuvent pas, dès maintenant,être aussi féconds en généralisation que la science qui étudie le présent, parce
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que les données de cette dernière sont beaucoup plus complètes et que l'on peut faire de fréquentes observations et expérimentations. Une matière bien plus idéale serait accessible à l'historien de lavenir si toutes les observations que le xix^ siècle a rendues possibles étaient enregistrées et conservées à son usage, comme, par exemple, des descriptions des conditions sociales contemporaines à des intervalles réguliers fournies par la statistique et les autres méthodes descriptives mentionnées plus loin. Chaque recensement lui indiquerait d'une façon si minutieuse la nouvelle distribution des forces qu'il lui serait possible d'évaluer, d'une façon assez exacte, les puissances et les directions relatives des mouvements. Les sciences qui étudient le présent nécessitent des spécialisations plus variées par suite de la diversité des matériaux. Quand les données ont été recueillies grâce aux méthodes d'observation, d'expérimentation, d'introspection et de comparaison, par des spécialistes dont la fonction est plutôt de rechercher les faits que de les expliquer, ces données peuvent être résumées en lois générales par les spécialistes plus versés dans chacune des divisions. L'un s'occupera des généralisations en psychologie, un autre en physiologie, un autre en sociologie, un autre en ethnologie, d'autres en statistique; d'autres dans chacune des sciences abstraites qui étudient les activités humaines et les formes de contrôle social, tandis que d'autres encore se consacreront à l'étude des faits provenant de sources plus ou moins scientifiques, biographie, voyages, géographie politique, romans, journaux et autres productions humaines. Quelques autres encore établiront, en s'appuyant sur les sciences non anthropologiques, des règles générales relatives à l'homme et à la nature.
Enfin les généralisations atteintes par toutes ces sciences seront combinées en généralisations plus larges encore par les spécialistes de l'anthropologie générale.
Pratiquement la déduction a une grande importance dans la division du travail, comme moyen de contrôle des généralisations inductives. Il faut rapporter les faits dont un savant s'occupe spécialement aux résultats des études des autres spécialistes. Les généralisations basées sur des données incomplètes doivent être vérifiées à l'aide des généralisations fournies par d'autres domaines de la science. Il y a deux modes de vérification déductive, la première partant d'une généralisation empruntée à une spécialité différente, l'autre partant de généralisations puisées dans sa propre spécialité. Dans l'un et l'autre cas, ce que l'on se propose, c'est de vérifier les généralisations d'une spécialité par les généralisations ou les observations particulières d'une autre spécialité. Comme tous les phénomènes de causalité ne peuvent pas être saisis inductivement dans la pratique, il faut diriger surtout l'attention sur ceux qui révèlent l'action de forces plus considérables. Si toutes ces forces combinées n'arrivent pas à expliquer certains phénomènes importants ou certaines hypothèses, il faut rechercher alors les causes perturbatrices.
Ce que nous avons dit jusqu'ici de la plus haute forme de science, c'est que la phase de généralisation s'étend à la plus grande partie de la méthode des sciences abstraites déjà nommées. Quelques-unes d'elles ne passent pas par les phases inférieures de la classification et de l'observation, mais empruntent entièrement leurs données aux sciences concrètes. D'autres, chez lesquelles l'expérimentation est possible, telles
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que la psychologie et la physiologie, étudient de première main les matériaux sur lesquels elles basent leurs généralisations. A la rigueur, ces deux sciences ainsi que la sociologie sont de nature concrète aussi bien qu'abstraite, parce qu'elles étudient non pas des qualités isolées, mais un groupe important d'êtres réels doués de qualités destinées à être analysées et classées selon la méthode des sciences concrètes. Nous nous occuperons peu des sciences abstraites sous leur aspect statique, car leurs résultats sont de bien peu d'importance pour l'art et pour l'éthique, comparés aux lois de causalité et aux similitudes déterminées par les autres sciences dynamiques. Cependant l'anthropostatique est un moyen de contrôle indirect des couples de causes. Si la statistique pouvait montrer une coexistence régulière des phénomènes qu'on suppose être vis-à-vis l'un de l'autre dans les rapports de cause à effet, cette hypothèse de relations unissant les deux faits se trouverait, par là même, corroborée. Bien plus, les lois qu'on désigne sous le nom de (^ lois d'ordre » , et qui ont trait aux proportions normales et relatives qui doivent unir des facteurs coexistants, ont leur valeur en éthique dans la prévision et dans l'invention. Des conditions statiques des périodes du passé on peut conclure qu'il n'est pas bon de dépasser certaines limites extrêmes dans le développement de certains instincts, de certaines forces, de certaines institutions.
Revenant maintenant à la phase scientifique de la classification et de l'observation, nous entrons dans le domaine des sciences anthropologiques concrètes. Selon les principes posés précédemment, elles peuvent être divisées en sciences du passé et en sciences du présent; les premières se subdivisent non seulement en histoire,
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mais aussi en préhistoire. La science générale qui étudie le présent, l'anthropographie, comprend la démographie, la sociographie, l'ethnographie, la statistique et les matériaux peu scientifiques fournis par les relations de voyages, les romans et les œuvres d'un caractère descriptif. Dans certains cas, mais non dans tous, il est désirable, étant donnée une science concrète, de diviser le travail entre ceux qui classent les faits et ceux qui observent. C'est surtout nécessaire dans la statistique. En faisant un recensement, les efforts de beaucoup de spécialistes sont complètement employés à recueillir des matériaux. La mise en ordre et l'élaboration plus complète de ces matériaux doit être abandonnée aux travailleurs de bureau qui disposent de documents imprimés. Une division semblable du travail est nécessaire en ethnographie entre ceux qui recueillent les faits et ceux qui rangent et classent les immenses collections des bibliothèques et des musées. Mais il ne faut pas établir au hasard des divisions arbitraires entre les spécialistes. Les divisions sont faites uniquement pour des raisons de convenance. Dans certains cas, il sera désirable que les spécialistes ne se contentent pas de classer leurs matériaux, mais qu'ils proposent des hypothèses et établissent des lois au sujet de ces matériaux, c'est-à-dire qu'ils pénètrent dans le domaine de la science abstraite. Ce serait à désirer surtout dans les sciences qui permettent des observations et des expériences nombreuses et répétées. Ici, non seulement les lois supposées peuvent être mises à l'épreuve, mais elles peuvent fournir des hypothèses qui guideront le savant dans ses observations.
Une espèce particulière de classification donne directement des lois, comme nous l'avons indiqué ; les
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généralisations relatives aux couples causaux, suites de causes et d'effets particuliers, forment le sujet des sciences de pure observation. Et, dès que ces couples sont comparés et classés, le but de ces sciences est atteint. Ces sciences formulent, à propos de la régulière apparition de tel ou tel phénomène, des remarques qui peuvent être utilisées [par l'art. La seconde fonction cependant de la classification des sciences, la classification des individus, et non pas celle des couples de causes, en fait un simple enchaînement vers les sciences explicatives, comme cela a été déjà dit. Dans cette formation des concepts, il faut pousser aussi loin que possible l'étude de tous les individus semblables. Pour y arriver, le classificateur doit être au courant non seulement des sciences qui étudient le présent, mais encore de celles qui étudient le passé. De même que la paléontologie a rendu des services dans l'établissement de classifications biologiques, de même l'histoire et la préhistoire ne seront pas inutiles dans les classifications anthropologiques et ethnographiques. Au point de vue idéal, il faudra que le classificateur ait observé lui-même tous les faits et recueilli tous les témoignages. Mais, en pratique, dans les plus importantes divisions des sciences, ce travail n'a été accompli que dans une certaine limite, même par des hommes comme Darwin. Le meilleur succédané sera la connaissance de la bibliographie et des documents touchant à son sujet renfermés dans les bibliothèques et les musées, ainsi que l'utilisation des acquisitions intellectuelles d'autres spécialistes. Le classificateur, aidé par le spécialiste des sciences abstraites, dirige aussi le travail de l'observateur, pose les questions et choisit les dispositifs les plus commodes pour l'observation et
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Tenregistrement des matériaux examinés. Le classificateur qui, en un certain sens, sera chargé de formuler des lois, devra utiliser non seulement les résultats des sciences d'observation les plus précises, mais les matériaux de nature descriptive tels que les romans, la littérature périodique, en un mot, toutes les productions de l'effort humain, les beaux-arts, et les arts utiles, tels que l'architecture et la peinture, les inventions, les machines, les procédés divers.
Les sciences descriptives concrètes étudiant le passé et le présent tendent vers deux grands buts déterminés par l'art, la morale et les sciences connexes de géné^ ralisation et de classification : 1° une description des forces existant et agissant à l'époque actuelle est nécessaire pour servir de base à la prévision et à la pratique; 2° les lois, lois des causes et des effets, sont nécessaires pour la même raison; et, pour arriver à déterminer des lois, il faudra disposer d'une classification. Dans le dernier mode de classification et de généralisation indiqué, l'idéal sera d'observer tous les individus, de les analyser, de les classer et de les enregistrer soigneusement. Gomme cela est impossible dans la pratique, il faudra observer des individus bien choisis, ceux qui représentent le mieux le type moyen de leur classe, puis les individus anormaux et peu habituels permettant de déterminer les limites extrêmes de chaque classe. L'individu type peut être choisi au hasard dans le milieu le plus favorable; ou bien, après une rapide comparaison, après un coup d'œil jeté sur de vastes groupes d'individus, on peut, par de soigneuses mensurations, s'assurer que les types considérés comme représentant la vraie moyenne la représentent en réalité. Toutes les fois que la statistique peut être em-
ployée, elle fournit des déterminations de moyenne des plus satisfaisantes. D'après la loi des « grands nombres », plus une classe d'individus sera étudiée complètement par la statistique, plus les moyennes obtenues se rapprocheront du type exact. Dans les méthodes moins rigoureuses ou recherches sur place oii la statistique ne pourrait être employée, il importe que l'observateur note non seulement ce qu'il considère comme le type régulier, mais aussi les produits anormaux. Pour cela, il faut rechercher non seulement les habitais (c'est-à-dire les milieux de production) réguliers et normaux, mais encore les habitats de types anormaux. Nous apprendrons à connaître ces derniers par les rapports inexacts de ceux qui ne sont pas des spécialistes, et nous pourrons en opérer la vérification. Jusqu'à un certain point, les qualités constitutionnelles et intrinsèques d'un individu indiqueront le milieu où il sera impossible de le rencontrer. L'anthropographie, d'après la définition donnée précédemment, s'étend h tout ce que peut observer l'œil du spécialiste lui-môme, ou, d'une façon plus arbitraire, aux phénomènes de l'époque présente et des quinze dernières années. Une telle combinaison de l'histoire et de la statistique dans le domaine du présent est nécessaire pour atteindre le second but de la science concrète, c'est-à-dire la description des forces dans la mesure oii une force peut être observée en dehors de ses relations temporelles. Ce qu'on appelle « causes », ce sont simplement des phénomènes qui, d'après les observations, précèdent uniformément dans le temps d'autres phénomènes que Ton nomme « effets ». La description exacte des forces comprend d'abord leur localisation dans l'espace, un élément géographique et leur puissance, résultat
de leur masse et leur vitesse. La détermination de la masse comprend une mensuration de quantité et de nombre, la détermination de la vitesse, soit la mesure des mouvements et des changements, soit une description de celles de ces qualités qui sont aptes à engendrer un mouvement. L'idéal, dans toutes ces descriptions,est la méthode mathématique, et, en réalité, la statistique est chargée ici de déterminer et d'enregistrer les cas semblables. La statistique pourrait faire des progrès si, comme nous l'avons déjà proposé, ses observations étaient dirigées par des spécialistes des sciences supérieures, et si on l'uniformisait d'époque en époque au point de pouvoir suivre les différentes forces dans leurs changements de quantité ou de direction. Les méthodes pratiques varient dans chaque science d'observation avec la nature des faits observés et avec le plus ou moins de difficultés que rencontre l'observateur. Dans la statistique, le grand recensement officiel atteint presque l'idéal comme moyen employé, mais n'en approche guère pour ce qui est de la direction ou de l'objet étudié. Même les humbles recherches statistiques d'un simple observateur qui recueille les données de questionnaires scientifiques peuvent avoir une valeur plus grande, sous certains rapports, si elles ont été guidées par une connaissance approfondie des questions à l'étude. De même en ethnologie : l'idéal consiste dans les moyens de la statistique officielle mis en œuvre par une science profonde. Mais les statistiques de ce genre sont rares, et les questionnaires eux-mêmes n'ont encore donné que peu de résultats. Les diverses observations faites par un voyageur peuvent, d'autre part, avoir une très haute valeur si ce voyageur est en même temps un spécialiste en ethnologie ou en socio-
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logie. L'étude sur place ne peut, par sa nature même, s'accommoder delà statistique. Elle nécessite la méthode de travail assez lente, qui consiste à étudier qualitativement quelques individus ou familles sauvages en vivant avec eux, en apprenant leur langue, se conciliant leur confiance, et en jugeant de leurs idées et de leurs facultés par les notations imparfaites de leur linguistique et les vestiges fragmentaires de leurs arts.
L'idéal, dans lanthropogénie, c'est-à-dire dans les sciences concrètes qui étudient le passé comme l'histoire et la préhistoire, serait d'abord de recueillir tous les matériaux imprimés ou manuscrits, traditions orales, folklore, monuments, œuvres d'art et autres témoignages physiques de l'activité de l'homme. Puis il faudrait ajouter à tous ces renseignements, là oii manquent des témoignages directs, les déductions sur la façon dont l'activité de l'homme a pu remplacer dans li chaîne des effets et des causes les anneaux qui nous manquent. Ces déductions sont souvent basées aussi bien sur des phénomènes non anthropologiques que sur des phénomènes anthropologiques. En troisième lieu, il faudrait vérifier les résultats des déductions tirées de la psychologie, de la géologie et autres sciences traitant de l'homme et de la nature et qui indiquent ce qui est possible et ce qui est d'accord avec la nature des choses. Pratiquement, toute œuvre d'histoire, surtout pour la période précédant le xix*^ siècle, époque où les statistiques faisaient défaut, est très imparfaite à cause du manque de témoignages et du manque de cette critique des témoignages que l'on trouve dans les écrivains postérieurs. L'histoire moderne et locale elle-même Irouve beaucoup d'entraves dans Va grande (juaiitité des matériaux et le
manque de lien entre les travaux auxquels se livrent les divers historiens. L'histoire se résout en une interprétation et une critique des documents, conformément aux règles de l'évidence subjective ou objective, et ses résultats sont contrôlés par les autres sciences anthropologiques. Elle doit non seulement utiliser la méthode de recherche dans les bibliothèques, mais puiser aux sources originales, parcourir les revues, les manuscrits, les romans, les descriptions de la vie, en un mot tous les imprimés et tous les matériaux ayant quelque rapport avec le passé. La préhistoire ou histoire de l'homme avant l'époque du langage écrit est une tâche encore plus ardue. Ici l'archéologie doit retrouver les vestiges des productions humaines par la lente méthode des explorations et des fouilles. Les musées fournissent au généralisateur des collections de documents : il faut alors reconstituer la vie antique au moyen de ces faits et par des comparaisons avec les faits semblables qui peuvent se rencontrer dans la vie des peuples encore sauvages. Des expériences pourront faire redécouvrir des arts qui expliqueront l'usage des ustensiles primitifs,et, par déduction, on pourra déterminer d'autres arts et d'autres phénomènes qui ont dû exister à la même époque que les premiers. La vie des animaux supérieurs elle-même pourra nous servir de point de départ pour la reconstruction des anneaux qui nous manquent, pour la reconstruction de la vie sub-humaine et de la vie de l'homme quaternaire. La paléontologie nous fournira non seulement des vestiges d'êtres humains, mais des restes du milieu physique et biologique oii a vécu l'homme primitif et qui a déterminé son existence. Enfin, dans la philologie, nous trouverons des idées fossilisées qui nous permettront de pénétrer
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dans la partie la plus périssable delà nature humaine, les pensées et les sentiments intimes.
Passant en revue le champ immense de l'anthropologie philosophique et les difficultés de méthode auxquelles on se heurte dans certaines de ses parties, nous comprenons plus que jamais la nécessité d'une division du travail, d une coopération intelligente et d une unité de direction, pour arriver à augmenter et à répandre les connaissances anthropologiques. 11 faudra utiliser le grand mécanisme de coopération de la science moderne, associations scientifiques, musées, universités, rapports périodiques, livres. Unir plus étroitement les divers spécialistes du domaine de la science, leur donner la conscience de ce qu'ils sont par rapport les uns aux autres : tel doit être le but des livres du
genre de celui-ci.
Pour conclure, nous émettons quelques propositions sur les sciences elles arts en général. La prévision estello un art ou une science, ou bien faut-il lui assigner un rang à part parmi les divisions habituelles? Par sa méthode, elle ressemble aux sciences déductives, et elle se ditingue des arts en ce qu'elle ne comporte pas de volition. Elle a cependant des ressemblances avec l'art en ce qu'elle se combine parfois avec la pratique dans l'invention, dans un même individu, et en ce qu'elle étudie l'avenir, ce qui sera, et par suite, sous sa véritable forme, elle ne peut d'aucune façon être une science exacte. Puis, sciences et arts sont subjectivement semblables dans leurs principaux procédés, et objectivement ils sont des parties des mêmes procédés. Qu'ils soient intelligence ou volition, ils sont semblables au point de vue déterministe, car ce sont les anneaux d'une même chaîne de causes et d'effets. L'anthropologiste qui étudie
l'art sera obligé de reconnaître que l'intelligence et la volonté sont des causes coagissantes ; il sera obligé de reconnaître une troisième catégorie de causes non humaines qui agissent concurremment avec ces dernières. Si l'une de ces causes multiples faisait défaut, le résultat ne pourrait être atteint.
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