PENSÉES PHILOSOPHIQUES, ETC
lufion, beaucoup plus artificielle que la première, n'ajouta à la pureté et à la limpidité de l'idiome, qu'en le dépouillant de presque toutes ses propriétés savoureuses et colorantes. (En effet, quoi de plus insipide et de moins coloré <iue le style des sévères et discrets écrivains du siècle de Louis XIV!)
» Toute chose va à sa fin. Le XVIIl"= siècle filtra et tamisa la langue une troisième fois. La langue de Rabelais, d'abord épurée par Régnier, puis distillée par Racine, acheva de déposer dans X'alambic de Voltaire les dernières molécules de la vase natale du XVII" siècle. (Quel dommage!) De là celte langue du XVIII" siècle, parfaitement claire , sèche, dure, neutre, incolore et insipide. (La langue de Montesquieu, de Buffon, de Jean-Jacques Rousseau, etc. sèche, dure, neutre, incolore et insipide ! Avec quelle irrévérence ) Mais passons :
» Au XIX^ siècle, les esprits ont déserté cet aride sol vollairien sur lequel le soc de l'art s'ébrèchait depuis si longtemps pour de maigres moissons. Au vent philosophique a succédé w» souffle religieux;, et il est apparu des hommes doués de la faculté de créer, et ayant tous les instincts mj'Stérieux qui tracent son itinéraire au génie. (Quels sont ces hommes ? >I. Victor Hugo en connaît un sans doiite, mais il est trop modeste pour le nommer ).
» Il fallait d'abord colorer celte langue ; il fallait lui faire reprendre du corps et de la saveur. Il a donc été bon de la mélanger, suivant certaines doses, avec la fange féconde de la langue du XV® siècle, et nous ne pensons pas qu'on ait eu tort d'infuser Ronsard dans cet idiome affadi par Dorât. »
Dorât est mis ici pour beaucoup d'autres, pour Boileau , par exemple, et pour Racine lui-même, dont le style est admiré, il est vrai , dxins Britannica et dans Athalie, ma is seu lement de ceux qui acceptent les conditions sous lesquelles
il s'est formé. Soil ; mais quelles sont ces conditions? et M. V. Hugo les acccpfel-i\f Nous en donton-^, ou bien nous ne l'avons pas compris.
Cette analyse des transformations de la langue est certainement fort curieuse ; mais de tous les procédés chimiques que l'auteur voudrait lui faire subir , nous n'en connaissons pas de plus ingénieux que celui qui consisterait, pour la rendre plus savoureuse, plus transparente ii y infuser du Ronsard et à la retremper dans la fange de ses vieux mots !
Il ne nous reste plus k examiner qu'un ouvrage en prose de M. V. Hugo, le Rhin, et, quoique nous soyons pressé d'en finir, nous nous y arrêterons un instant, parcequ'il l'a composé dans la maturité de l'àge, et qu'on peut y observer la marche progressive ou rétrograde de son talent, dans le genre descriptif.
Il s'agissait d'en faire deux volumes, sous la forme de lettres à un ami, et il est probable que c'était un engagement pris d'avance avec l'éditeur. La tâche ne laissait pas d'être difficile: où trouver assez de faits à raconter , assez de scènes pittoresques à décrire , pour arriver à un pareil nombre de pages? Mais, avec de l'imagination, on observe en route bien plus de choses qu'un autre , et pour peu qu'à celles que l'on observe, on en ajoute que l'on ait lues, ou qu'on ait inventées, les matériaux ne manquent pas. Voici sans doute comment M. V. Hugo s'y sera pris. Il existe, dans toutes les auberges des villes du Rhin, un recueil de légendes relatives aux événements les plus mer veilleux des temps féodaux; il aura eu occasion de les consulter, de les transcrire, de les enjoliver, et cela même peut-être avant de quitter Paris, attendu que le recueil est traduit en français. C'aura été un bon à compte sur les feuilles à fournir.
Cependant l'église iVAid^-laÇhapelle, bâtie avec Vargent
du diable • la Maûsthunn, où l'archevêque de Ma} once, Hatto, futdévorépar ses sujets trans/brme's onrats ; la rivalité des châteaux- forts du chat et de la souris, et le roman de Pécopin, écrit sur les lieux, à ce que dit M. V. Hugo, n'auraient point suffisamment allongé le récit, et il y a cousu, sous le titre de conclusion, un aperçu (mi dixhuit chapitres, sur la façon dont l'Europe était constituée dans la première moitié du XVIP siècle : singulière conclusion dont on peut dire , logiquement parlant, que si le conséquent est juste, la conséquence ne l'est guère.
Nous ne nous arrêterons ni à celle éonclusion. qui n'est qu'un hors-d'œuvre, ni aux pontes de vieilles fileuses. que nous venons de citer, ni à une foule d'épisodes hisloriqufs <iont le livre est grossi; nous n'en Gnirions pas, et ce serait bien pis si nous nous avisions de suivre le savant touriste dans la description des villes, des châteaux, des églises, des tombeaux antiques, des ruines de toute espèce, qu'il est censé avoir vus sur son passage; description si détaillée, si minutieuse, qu'il en fait lui-même la remarque, et semble craindre qu'on ne lui applique les vers de Boileau :
Il compte des plafonds les ronds et les ovales; Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales.
En effet, ce ne sont bien souvent que des états de lieux, des sortes d'inventaires, et l'on s'étonne qu'il ne se faligue pas lui-même de l'éternelle répétition des termes techniques de l'architecture que l'on croirait être sa science de prédilection et le principal but de son ouvrage; car. à son goût près pour le genre gothique, qu'il préfère ici, comme en littérature, au style grec ou romain, un commissaire nommé par le gouvernement pour aller inspecter, reconnaître et décrire tous les monuments anciens et modernes répandus sur la route de Paris à Francfort, ne s'en serait pas acquitté plus exactement. Il est certain que le rapport ou procès-verbal ile tout ce qu'il a vu. est d'un
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homme versé dans la matière, et ce serait un chapitre qui se joindrait très-convenablement à ceux qu'il a intercalés, surleniêmesujet, dans sa Notre-Dcmic. Plaisanterie à part, personne ne serait plus capable de nous retracer, dans un ouvrage e.v professa, la France artistique, pittoresque et monumentale. Nous regrettons que nos études et surtout nos préjugés ne nous permettent pas de l'apprécier, sousce pointde vue, ainsi qu'il devrait l'être, et nous nous en tiendrons aux choses sur lesquelles, quand on a unpeii voyagé ou un peu lu, on peut se croire capable de prononcer. Toutefois, nous ne prononcerons pas, et c'est un soin que nous laisserons au public.
Ce ne sont pas les événements, mais les sensations et les idées que cherche M. V. Hugo dans ses excursions, et, pourvu qu'en marchant il ait des arbres, de l'herbe, de l'air, de la route devant lui, de la route par derrière, et le ciel par-dessus, il n'en demande pas davantage.
C'est, dit-il, se contenter de peu. Il a raison ; il n'y a guère de voyageur qui n'en ait autant.
Passons en revue quelques-unes des sensations et des idées que font naître en lui les objets qui s'offrent à ses yeux.
A la Ferté-sous-Jouarre, où d'autres peut-être auraient admiré le quai couvert d'une innombrable quantité de ces pierres meulières les plus belles de l'Europe, qui font la richesse de cette petite ville et des environs, ce qui le frappe, c'est un roulier passant le pont, un énorme roulier d'Allemagne, gonflé, sanglé, ficelé, qui avait l'air du ventre de Gargantua traîné par huit chevaux. Au relai, ce senties chevaux qui arrivent avec un bruit de ferraille, et il y a une poule blanche sur la grand'route, une poule noire dans les broussailles, une vieille roue cassée dans îin coin, tandis que les garçons d'écurie et les filles de cuisine font des idylles, que le fumier cajole l'eau devais-
selle, et que, lui, il regarde les jalies petites colonies de coquelicots nains qui font des oasis sur un vieux toit.
En se dirigeant vers Epernai, il aperçoit sur la route une charrette bizarrement chargée. Pour attelage, un cheval et un ànc.Surla voiture des casseroles, des chaudrons, (le vieux coffres. Dans un panier trois enfants, dans un autre, des poules.
C'étaient de pauvres paysans Alsaciens , émigrant pour rAmérique. Ces bonnes gens cheminaient avec une papfaiie insouciance. Les meubles seuls avaient je ne sais quoi de désorienté qui faisait peine. Les poules aussi paraissaient avoir le sentiment de leur malheur.
Au château de Montfort, le voyageur est gracieusement accueilli par la garnison qui se compose en ce moment d'une vieille servante à laquelle il donne trente sols ; puis il regarde les canards et les poules dans les fossés du château, et s'en va.
Les ormes sont une des joies de M. V. Hugo dans ses voyages; tous les autres arbres sont bêtes. Les ormes seuls ont de la fantaisie, et se moquent de leurs voisins, se renversant lorsqu'ils se penchent , maigres quand ils sont touffus, cl faisant toute sorte de grimaces le soir aux passants. Il y en useize sur la route d'Epernai, les plus amusants du monde, qui inclinent sur le chemin leurs perruques ébouriffées.
Epernai, c'est la ville du Champagne, rien de plus, rien de moins.
A Sle-Menehould, ce qu'il y a de plus beau, c'est la cuisine de riiôtel de Melz. Si l'auteur était Rabelais ou Homère, il dirait : celte cuisine est un monde dont cette chenu"née est le soleil. C'est un monde, en effet, où se meut toute une république d'hommes, de femmes et d'animaux, et M. V. Hugo y remarque particulièrement une petite cage où dort un petit oiseau ; on a beau faire rage autour
(le lui; les hommes jurent , les femmes querellent , les eiifauls crient, les chiens aboient , les chats miaulent, l'horloge sonne, le couperet cogne, la lèche-fritte piaille , le lourne-broche grince, les bouteilles sanglolent , les vitres frissonnent, les diligences passent ; la petite boule de plume ne bouge pas. Dieu est adorable. Il donne la foi aux petits oiseaux. Réflexion pieuse, et digne du bon croyant qui, un peu plus loin, va nous dire, à l'aspect du tombeau dtîs trois mages : j'avoue que rien au monde ne me charme plus que ce conte des mille et une nuits enchâssé dans l'Évangile.
Quoi (ju'il on soit, il y a de la vivacité, de la variété, de l'originalité dans ce tableau d'une grande cuisine; c'est le genre descriptif dans tonte sa surabondance , et nous n'y trouvons qu'une chose à reprendre , savoir la comparaison d'une cheminée d'auberge avec le soleil, que l'auteur aurait faite, s'il avait été Homère , mais qui ne serait cei'lainementpas venue à l'imaginaliondu chantre d'Achille, même alors que son âme avait passé dans le corps {ïEnnius.
Vient ensuite au sortir de Sle-Menehould, l'histoire delà Champagne, de ses comtes, de ses hommes illustres, que le touriste savait, et pouvait avoir rédigée avant départir pour l'Allemagne. "
A Sedan, le pavillon où naquit Turenne, a été démoli et rejnplacé par une pierre noire, avec cette inscription en lettres dorées: ici naquit Turenne, ledl septembre 46H ; à propos de quoi M. V. Hugo , surchaigé de son bagage historique, et qui ne néglige aucune occasion de s'en débarrasser en courant , nous raconte tout ce qui se passait l'année où le grand capitaine vint au monde.
Il a traversé Dinant , et la vallée de la Meuse ne lui présente de toutes parts que des houblonnières, des pruniers violets, des pommiers rouges, et les grappes écar-
laies du sorbier des oiseaux , avec les canards et les poules qui jasent sur les chemins.
Naïuur, suivant lui, n'a déjà plus son passé écrit dans sa conliguration, et ce n'est qu'une ville sans architecture , sans monuments, sans édifices, sans vieilles maisons , et qui n'est wj^MZ/fee que de quelques fontaines Louis XV, avec quatre ou cinq églises rucoco !
Où il n'y a pas d'églises, M. V. Hugo lit les enseignes. 11 en a distingué trois à Nauuir: L'Epouse Debarhj ne'gociante; Crucifix Piret, mercier, et Me'nandez Wodon, horloger. A l'entendre , chacune de ces trois enseignes exprime et résume un des grands aspects du pays. L'une dit la langue, l'autre larehgion, l'autre l'histoire. Quel coup-d'œil !
Huy est une des plus jolies villes de la Meuse, liien de plus sévère que ses rochers, de plus riant que ses prairies. Il y a là quelques collines hérissées de ceps et d'échalas. C'est, croitil, le seul vignoble du pays. Erreur, mais qui ne vaut pas la peine d'être relevée. De temps en temps, on rencontre, tout au bord du fleuve, une (abri([ue de zinc, dont la (umée, qui s'échappe de toutes les tuiles, simule un incendie qui commence ou s'éteint; ou bien c'est une alunière avec ses vastes monceaux de terre rougeâlre; ou bien encore, parmi les caquets assourdissants d'une populace de poules, d'oies et de canards, on découvre une maison de briques, égayée d'une vigne grimpante, avec des colombes s\xv son toit, des cages d'oiseaux à ses fenêtres, un petit enfant et un rayon de soleil sur son seuil.
Quand on a passé le lieu appelé la petite flémalle, toute
la vallée semble trouée de cratères en éruption. Vous avez
tout simplement là sous les yeux les hauts-fourneaux de
M. Cockerill. C'est un beau et prodigieux spectacle.
Les roues, les scies, les chaudières , les laminoirs, les
cylindres, les balanciers, tous ces monstres de cuivre, de lùle et d'airain que la vapeur fait vivre d'une vie eCfrayante et terrible, mugissent, sifflent, grincent, râlent, reniflent, aboient , glapissent , déchirent le bronze , tordent le fer , mâchent le granit, et par moments hurlent avec douleur dans l'atmosphère ardente de l'usine , comme des hydres et des dragons tourmentés par des démons dans un enfer.
Voilà une peinture achevée ; et c'est en effet un spectacle qui mérite qu'on s'y arrête un peu plus qu'aux poules, aux canards et aux oies qui jasent sur le chemin.
Liège, la vilie de St-Huberf, jadis église et forteresse, ne prie plus et ne se bat plus. Elle vend et achète. C'est aujourd'hui une grosse-ruche industrielle.
Verviers, ville insigniQante d'ailleurs, se divise en trois quartiers qui s'appellent la Chick-Chack, la Basse-Crotte et la Dardanelle. Le touriste y a vu un petit garçon de six ans, qui fumait magistralement sa pipe sur le seuil de sa maison !
Des mille réflexions que lui inspire , à Aix-la-Chapelle, la vue du tombeau de Charlemagne, nous ne citerons que la suivante; Charlemagne était un de ces rares grands hommes qui sont aussi des hommes grands. 11 avait en hauteur sept fois la longueur de son pied. C'est ce pied de roi que nous avons platement remplacé par le mètre , sacrifiant ainsi d'un seul coup, l'histoire , la poésie et la langue à je ne sais quelle invention dont le genre humain s'était passé six nulle ans. Cette réflexion prouve que M. V. Hugo est encore moins déplacé à l'académie frau' çaise, qu'il ne le serait à celle des sciences.
Sur la route d'Aix-la-Chapelle à Cologne , il n'a rencontré personne, si ce n'est par instants quelque jeune musicien blond , maigre et pâle, le havresac sur le dos , allant aux redoutes de Spa, ou un chasseur local am^ï costumé : chapeau rond vert-pomme, avec grosse cocarde
lilas en satin fané, blouse grise, grand nez, fusil; et, à mi-chemin, dans une jolie petite ville dont il ignore le nom, quatre magnifiques voyageurs assis, croisées ouvertes, au rez-de-chaussée d'une auberge , devant une table pantagruélique encombrée de viandes , de poissons, de vins, de pâtés et de fruits, buvant, coupant, mordant, tordant, dépeçant, dévorant; l'un rouge, l'autre cramoisi, letroisiénic pourpre, le quatrième violet, comme quatre personnifications vivantes de la voracité et de la gourmandise; il lui a semblé voir le dieu goulu , le dieu glouton , le dieu goinfre et le dieu gouliaf, attablés autour d'une montagne de mangeaille.
. Les édifices de Cologne lui fournissent, comme on devait s'y attendre, de nombreuses et savantes pages sur l'architecture. Quanta la ville, examinée en détail , tout, dit-il , vit et palpite: le pont est chargé de passants et de voitures, le fleuve est couvert de voiles, la grève est bordée de mâts. Toutes les rues fourmillent , toutes les croisées parlent , tous les toits chantent.
. A Andernach, il est logé de manière à jouir d'un spectacle ravissant. Il a devant lui, au pied d'une haute colline qui lui laisse à peine voir une étroite tranche du ciel, une belle tour du XIIl" siècle; à sa droite, le Rhin et le village blanc de Lautersdorf; à sa gauche, les quatre clochers byzantins d'une magnifique église du XP siècle , et, sous sa fenêtre , jasent en parfaite intelligence , des poules , des enfants et des canards.
Il y a une seconde belle église dans Andernach ; c'est une nef du XIV° siècle, aujourd'hui transformée en écurie ^e caserne. Au-dessus du portail , on lit : Sancta Maria ora pronobis. Ce sont à présent les chevaux i{m disent cela. ; Devant la façade, de charmants petits enfants, gais et roses» s'ébattent sur la pelouse verte, et font brouter, a.vco de grands cris, un pauvre lapin tout ensemble apprivois*et effarouché.
112 LE RHLV.
Entre tous les fleuves, M. V. Hugo aime le Rhin. Aussi en fait-il le plus pompeux éloge ; le Rhin réunit tout. Il est rapide cojnincle Pvhôiie, large comme la Loire, encaissé comme la Meuse , tortueux comme la Seine , limpide et vert comme la Somme, historique comme le Tibre, roya^ comme le Danube, mystérieux comme le Nil, pailleté d'or comme un fleuve d'Amérique, cowwr^ de fables et de fantômes comme un fleuve d'Asie, et l'imagination du poète y retrouve toute l'histoire de l'Europe, qu'il divise en quatre phases bien distinctes : 1°. L'époque ante-diluvienne et peut-être pre'adamife , les volcans; 2". les luttes delà Germanie et de Rome, où rayonne César; 8". l'époque merveilleuse où surgit Charlemagne; -4". les luttes de l'Allemagne et de la France, que domine Napoléon. Et tout cela est longuement développé. Encore un coup , ce sont de belles et bonnes choses à dire, mais qui pouvaient se dire aux rives de la Seine aussi bien que sur les bords du Rhin.
A Sl-Goar, on se trouve entre le chat et la souris; à sa gauche, on a la souris à demi-voilée, au fond de l'horizon, par les brumes du Rhin; à sa droite, le chat, robuste donjon enveloppé de tourelles. Les deux châteaux ennemis se guettent et semblent se jeter des coups d'œil foudroyants à travers le paysage ; car, lorsqu'un donjon est en ruine, sa fenêtre défoncée regarde encore, mais avec le regard hideux d'MW œil crevé.
En cet endroit, on peut, de sa croisée, voir passer les femmes avec leur bonnet bleu -ciel pareil à une tiare qui aurait été modifiée par un coup de poing, et l'on entend rire et jaser un tas de petits enfants qui viennent jouer avec le Rhin, et qui ont lair indulgent, comme de vieux curés.
Oberwesel, une des villes du Rhin qui a le plus guerroyé, n'est plus qu'un vieux soldat qui s'est fait vigneron- — Son vin rouge est excellent.